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Fiscalité béninoise: Le numérique révolutionne la mobilisation des recettes

Economie
L’administration fiscale béninoise est en pleine mutation grâce au numérique L’administration fiscale béninoise est en pleine mutation grâce au numérique

Grâce à la digitalisation progressive de ses services, l’administration fiscale béninoise a enregistré des recettes record en 2025, tout en améliorant la qualité de ses prestations et la confiance des contribuables. Les téléprocédures, désormais largement déployées, apparaissent comme l’un des principaux moteurs de cette transformation du fisc béninois.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 12 mai 2026 à 06h52 Durée 3 min.
#fiscalité

Le Rapport d’activités 2025 de la direction générale des Impôts (Dgi) met en évidence l’impact croissant des outils numériques sur les performances fiscales du pays. La Dgi a mobilisé 1 348,31 milliards F Cfa de recettes brutes, soit 102,84 % des objectifs assignés. Sur dix ans, les recettes fiscales intérieures ont été multipliées par plus de trois, passant de 381,06 milliards en 2016 à 1 348,31 milliards en 2025, soit une progression de 253,83 % et une croissance moyenne annuelle de 15,4 %.

Cette performance s’appuie largement sur l’accélération des réformes numériques. Le dépôt électronique des déclarations atteint désormais 100 % pour plusieurs impôts majeurs, notamment l’Impôt sur les sociétés (Is), l’Impôt sur les bénéfices d’affaires), la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva), les droits d’accise intérieurs ainsi que l’Impôt sur les traitements et salaires (Its). Les paiements électroniques représentent 96,81 % des transactions pour l’Is, 98,43 % pour l’Iba et la Tva, et 99,28 % pour l’Its.

La digitalisation restructure progressivement l’ensemble de l’écosystème fiscal. En 2025, la plateforme e-services a été étendue aux Centres des impôts des petites entreprises (Cipe) d’Abomey-Calavi, Porto-Novo et Parakou. La Dgi a également procédé à la dématérialisation complète des procédures d’enregistrement des actes.

Confiance accrue des contribuables

Selon le directeur général des Impôts, Nicolas Yénoussi, cette modernisation vise à replacer « les contribuables-partenaires au cœur des réformes », à travers l’extension des téléprocédures et la dématérialisation des enregistrements.

L’enquête de perception de l’intégrité 2025 révèle que 95,8 % des entreprises considèrent désormais la Dgi comme une administration intègre, contre 92,1 % en 2023. Chez les personnes physiques, ce taux atteint 88,1 %, contre 82,7 % deux ans plus tôt. Les meilleurs niveaux de satisfaction concernent précisément les services digitalisés : 97,9 % pour la digitalisation des procédures, 97,1 % pour l’immatriculation en ligne et 97,5 % pour le guichet électronique des états financiers.

La révolution numérique améliore aussi l’efficacité du contrôle fiscal. En 2025, le nombre de contrôles sur pièces a progressé de 26 %, passant de 1 926 à 2 436 opérations, et les montants recouvrés ont plus que doublé (,34 %). Les vérifications générales de comptabilité ont augmenté de 28 %, tandis que les contrôles ponctuels ont progressé de 12 %. Ces performances sont liées à une programmation fondée sur l’analyse des risques et à une exploitation accrue des données numériques.

Dans la même logique, des travaux ont été engagés avec la Douane et plusieurs structures publiques afin de sécuriser l’utilisation des Identifiants fiscaux uniques (Ifu) et de limiter les usages frauduleux.

L’informel, prochain chantier

Malgré ces avancées, l’un des principaux défis reste l’intégration du secteur informel dans le champ fiscal. Le Rapport d’activités 2025 fait de la fiscalisation de l’informel une mission explicite de la Dgi, aux côtés de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales.

Les outils numériques, notamment le Système intégré de gestion des impôts du Bénin (Sigibé), doivent désormais permettre d’identifier progressivement les acteurs informels et de favoriser leur entrée dans le système fiscal.

Au-delà des performances financières, l’expérience béninoise illustre comment la digitalisation peut transformer durablement la gouvernance fiscale. En automatisant les procédures, en renforçant la transparence et en facilitant les interactions avec les usagers, le numérique devient un levier majeur de consolidation des finances publiques.

Le défi de 2026, c’est d’élargir l’assiette fiscale à l’informel, véritable « nouvelle frontière » du fisc béninois.