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En dépit de l’avancée de l’inclusion financière avec près de 80 % des adultes disposant désormais d’un compte financier dans le monde, l’Ocde estime que l’accès ne suffit plus. Dans un rapport publié cette année, elle plaide pour des produits financiers mieux conçus, mieux encadrés et réellement utiles au bien-être des consommateurs.
En matière d’inclusion financière, l’enjeu n’est plus seulement d’ouvrir des comptes, mais de s’assurer que les produits proposés répondent réellement aux besoins des consommateurs, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde). Dans son rapport intitulé « Supporting financial access and inclusion through quality financial products », l’institution considère que la progression spectaculaire de l’accès aux services financiers au cours de la dernière décennie ne garantit ni l’usage actif des services ni l’amélioration du bien-être financier.
Selon les données du Global Findex, une base de données mondiale sur l’inclusion financière élaborée par la Banque mondiale, citées par l’Ocde, la proportion d’adultes de 15 ans et plus disposant d’un compte bancaire ou auprès d’un service de monnaie mobile est passée de 50 % en 2011 à près de 80 % en 2024. Le rapport souligne qu’en 2024, 8 % des adultes disposant d’un compte dans le monde ne l’utilisaient pas activement. Ces chiffres montrent que l’accès formel au système financier ne suffit pas. L’inclusion peut rester superficielle si les produits sont inadaptés, trop chers ou mal compris. Bien qu’ayant un compte, bon nombre d’usagers continuaient à recourir à des services financiers alternatifs souvent plus coûteux.
Risques d’une inclusion mal encadrée
L’organisation met en garde contre les effets pervers d’une expansion rapide sans protection adéquate. L’exemple du crédit numérique au Kenya est cité : la croissance fulgurante des prêts digitaux a exposé de nombreux emprunteurs à des pratiques peu transparentes, à des fraudes et à des risques de surendettement.
L’Ocde rappelle qu’une inclusion financière mal encadrée peut engendrer de nouveaux préjudices. A l’inverse, l’exclusion financière constitue elle-même un risque : les personnes exclues se tournent vers des acteurs informels, sans supervision ni mécanismes de recours.
Face à ces constats, l’Ocde met en avant deux principes introduits en 2022 dans les Principes de haut niveau du G20/Ocde sur la protection des consommateurs de produits financiers : ceux relatifs à l’accès et à l’inclusion (Principe 3) et à la qualité des produits financiers (Principe 8).
Un produit financier de qualité est défini comme un produit conçu pour répondre aux intérêts et objectifs des consommateurs ciblés et contribuer à leur bien-être financier. Cela suppose, selon le rapport, une véritable gouvernance des produits : identification d’un marché cible, évaluation des risques, suivi tout au long du cycle de vie et contrôle des pratiques de distribution.
L’Ocde estime que la simple obligation de transparence ne suffit plus dans des marchés complexes. Les régulateurs sont invités à renforcer la supervision et, si nécessaire, à intervenir lorsque certains produits présentent un risque significatif pour les consommateurs.
Défi du numérique
La digitalisation a joué un rôle clé dans l’expansion de l’inclusion financière, notamment grâce à la monnaie mobile et aux paiements numériques. En Afrique subsaharienne, environ 40 % des adultes détiennent un compte de monnaie mobile, devenu un moteur essentiel de l’inclusion.
Mais le rapport souligne aussi les risques : exclusion des personnes peu familiarisées avec les outils numériques, biais dans les décisions automatisées de crédit, recul des points de service physiques. Entre 2020 et 2022, le nombre d’agences bancaires pour 100 000 adultes a diminué de plus de 20 % dans le monde.
Pour l’Ocde, l’innovation doit aller de pair avec la protection et le maintien d’alternatives, notamment l’accès au cash pour les populations les plus vulnérables.
Au-delà des indicateurs d’accès, l’Ocde insiste sur la finalité ultime des politiques publiques: le bien-être financier. Celui-ci est défini comme la capacité des individus à gérer leurs obligations, faire face aux chocs, poursuivre leurs objectifs et se sentir confiants dans leur situation financière.
L’organisation appelle les Etats à intégrer l’inclusion, la protection des consommateurs et l’éducation financière dans une stratégie cohérente. Car, conclut-elle, ouvrir des comptes ne suffit pas : il faut des produits utiles, sûrs et adaptés pour que l’inclusion devienne réellement synonyme de progrès économique et social.
En matière d’inclusion financière, l’enjeu est de s’assurer que les produits proposés répondent aux besoins des consommateurs