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Intelligence artificielle et développement: Le risque d’un monde à deux vitesses

Economie
Dans de nombreux pays en développement, en revanche, l’automatisation pourrait surtout favoriser le capital au  détriment du travail Dans de nombreux pays en développement, en revanche, l’automatisation pourrait surtout favoriser le capital au détriment du travail

L’intelligence artificielle est en passe de redessiner l’économie mondiale. Mais sa croissance fulgurante pourrait accentuer les fractures entre pays riches et pays en développement, faute de stratégies inclusives et d’une gouvernance mondiale équitable.

 

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 14 janv. 2026 à 07h35 Durée 3 min.
#Intelligence artificielle

Le marché mondial de l’intelligence artificielle (IA) pourrait atteindre 4 800 milliards de dollars d’ici 2033, selon le Rapport sur la technologie et l’innovation 2025 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced). En dix ans, sa valeur aurait été multipliée par 25, passant de 189 milliards de dollars en 2023 à un niveau sans précédent.

Ainsi, l’IA s’imposerait comme la principale technologie d’avant-garde, représentant près de 29 % du marché mondial des technologies de pointe, contre seulement 7 % une décennie plus tôt. Une ascension fulgurante qui concentre déjà les richesses et les capacités d’innovation entre quelques mains.

Car les bénéfices de l’IA ne sont pas répartis équitablement. En 2022, seules 100 entreprises, principalement situées aux Etats-Unis et en Chine, représentaient 40 % des dépenses mondiales de recherche et développement des entreprises. Ces deux pays détiennent également 60 % des brevets en intelligence artificielle et produisent environ un tiers des publications scientifiques mondiales dans ce domaine.

La domination est aussi frappante à l’échelle des multinationales. Les géants de la tech tels qu’Apple, Nvidia et Microsoft affichent chacun une capitalisation boursière d’environ 3 000 milliards de dollars, soit l’équivalent du produit intérieur brut de l’ensemble du continent africain, selon la Cnuced.

Pour l’Organisation, cette concentration risque d’élargir les fossés technologiques et d’exclure durablement de nombreux pays en développement de la nouvelle économie numérique.

Un retard qui coûte cher

L’intelligence artificielle transforme déjà le marché du travail. Et son impact sera massif. A l’échelle mondiale, jusqu’à 40 % des emplois pourraient être affectés par l’IA. Les économies avancées sont les plus exposées, avec environ 33 % des emplois concernés, contre 24 % dans les économies émergentes et 18 % dans les pays à faible revenu.

Mais le risque n’est pas le même pour tous. Dans les pays développés, près de 27% des emplois pourraient être renforcés par l’IA, grâce à des gains de productivité et à une complémentarité accrue entre technologies et compétences humaines. Dans de nombreux pays en développement, en revanche, l’automatisation pourrait surtout favoriser le capital au détriment du travail, accentuant les inégalités et fragilisant l’avantage comparatif de la main-d’œuvre à bas coût.

Pendant ce temps, une grande partie du monde reste en marge. Moins d’un tiers des pays en développement disposent aujourd’hui d’une stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle. En 2023, près de deux tiers des économies développées avaient déjà franchi ce cap, contre seulement 30 % des pays en développement hors les pays les moins avancés, et 12 % parmi ces derniers.

Ce retard stratégique compromet leur capacité à tirer parti de l’IA pour stimuler la croissance, l’innovation et l’emploi. Pour y remédier, la Cnuced identifie trois priorités claires : investir dans les infrastructures numériques et énergétiques, promouvoir les données ouvertes et renforcer les compétences en IA, notamment par l’éducation et la formation tout au long de la vie.

Agir maintenant ou subir demain

Selon la Cnuced, 118 pays, pour la plupart en développement, sont absents des principales initiatives internationales de régulation et de gouvernance de l’intelligence artificielle. A l’inverse, seuls les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) participent à l’ensemble de ces cadres.

Ce déséquilibre pose un problème fondamental de légitimité et d’équité. « Il faut déplacer l’attention de la technologie vers les personnes», a plaidé Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, appelant les Etats à co-créer un cadre mondial de l’IA centré sur l’humain.

Pour éviter que l’IA ne devienne un nouveau facteur de fragmentation mondiale, transparence accrue des entreprises, infrastructures partagées, innovation ouverte et coopération internationale, notamment Sud-Sud, figurent parmi les leviers proposés.

Par ailleurs, la Cnuced appelle à des politiques de l’emploi proactives, fondées sur la formation, la reconversion et l’adaptation des compétences, afin d’éviter une fracture sociale durable. Pour l’organisation, l’intelligence artificielle peut être un formidable moteur de progrès et de prospérité partagée. Mais sans choix politiques forts, elle risque d’accélérer la marche vers un monde à deux vitesses.

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