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Réformes fiscales au Bénin: L'impôt minimum mondial pour sécuriser les recettes

Economie
La Direction générale des impôts pour moderniser l’administra- tion fiscale et renforcer la mobilisation des recettes publiques La Direction générale des impôts pour moderniser l’administra- tion fiscale et renforcer la mobilisation des recettes publiques

Le Bénin lance son troisième programme « Inspecteurs des impôts sans frontières » (Iisf), dédié à l’impôt minimum mondial. Une initiative qui positionne le pays en pionnier en Afrique dans l’appropriation de cette réforme fiscale internationale.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 24 mars 2026 à 07h00 Durée 3 min.
#Réformes fiscales #économie

Le Bénin confirme son ambition de s’adapter aux mutations de l’économie mondiale. Avec le lancement de son troisième programme « Inspecteurs des impôts sans frontières » (Iisf), la Direction générale des impôts (Dgi) se place à l’avant-garde des réformes fiscales sur le continent. Ce programme fait du Bénin le premier pays africain à consacrer une initiative Iisf à la mise en œuvre de l’impôt minimum mondial (Imm), un mécanisme issu du cadre inclusif Ocde/G20 visant à lutter contre l’érosion de la base imposable des États. Dans un environnement marqué par la mondialisation des échanges et la mobilité accrue des capitaux, cette initiative traduit une volonté de ne pas subir les transformations en cours, mais de les anticiper et de s’y adapter. Le programme Iisf s’appuie sur un partenariat stratégique avec la Direction générale des finances publiques (Dgfip) de la France. Cette collaboration entre administrations fiscales illustre l’importance croissante de la coopération internationale dans la lutte contre l’optimisation fiscale agressive des multinationales. À travers ce dispositif, les cadres de la Dgi bénéficieront d’un transfert de compétences sur des questions complexes liées à la fiscalité transfrontalière. L’objectif est de renforcer leur capacité à analyser les pratiques des entreprises multinationales et à sécuriser les recettes fiscales nationales. Cette approche collaborative s’inscrit dans la dynamique de l’Iisf 2.0, qui met l’accent sur l’accompagnement technique et le renforcement des capacités des administrations fiscales des pays en développement. Le programme repose sur une méthodologie structurée autour de quatre axes majeurs. Il prévoit d’abord le renforcement des connaissances des agents de la Dgi sur les règles de l’impôt minimum mondial, un domaine particulièrement technique et en constante évolution. Il vise ensuite à évaluer l’impact des activités des multinationales et des dispositifs d’incitation fiscale existants. Cette analyse permettra de mesurer l’efficacité réelle des politiques fiscales actuelles. Le troisième pilier concerne l’appui à la prise de décision, en s’appuyant sur des données concrètes et des analyses approfondies. Enfin, le programme prévoit un accompagnement dans la mise en place d’un cadre juridique, administratif et opérationnel adapté aux exigences du nouvel environnement fiscal international.

Enjeu majeur

L’impôt minimum mondial constitue l’un des outils les plus ambitieux mis en place pour lutter contre l’érosion de la base d’imposition. Il impose un taux minimum d’imposition aux multinationales, limitant ainsi les stratégies de transfert de bénéfices vers des juridictions à faible fiscalité. Pour les pays en développement comme le Bénin, l’enjeu est de préserver les recettes fiscales tout en restant attractifs pour les investisseurs. La mise en œuvre de cette réforme nécessite une compréhension fine des règles internationales et une capacité d’analyse des données fiscales, notamment en ce qui concerne les taux effectifs d’imposition et les incitations fiscales accordées aux entreprises. Dans cette dynamique, le Bénin a bénéficié de l’appui de partenaires régionaux. Une mission d’experts du Forum africain d’administration fiscale (Ataf) s’est ainsi rendue à Cotonou du 16 au 20 février 2026 pour accompagner la Direction générale des impôts dans l’évaluation des multinationales opérant sur le territoire. En collaboration avec l’Agence de promotion des investissements et des exportations (Apiex) et le ministère de l’Économie et des Finances, cette équipe a analysé les régimes d’incitation fiscale existants et calculé les taux effectifs d’imposition. Ces travaux permettront de déterminer si les avantages fiscaux accordés aux entreprises contribuent réellement au développement économique ou s’ils exposent le pays à des pertes de recettes dans le cadre du nouveau système fiscal mondial. L’un des principaux défis pour le Bénin consiste à trouver un équilibre entre l’attraction des investissements étrangers et la protection de sa base fiscale. Grâce aux analyses en cours, des éléments tangibles existent pour ajuster la politique fiscale et garantir une meilleure efficacité des mesures incitatives. A travers cette mise en œuvre de l’impôt minimum mondial, le Bénin se présente comme un pays déterminé à renforcer la transparence, la justice fiscale et la crédibilité de son administration. Cette initiative pourrait également renforcer la confiance des partenaires techniques et financiers, tout en améliorant l’image du pays auprès des investisseurs. À terme, le programme Iisf pourrait contribuer à transformer durablement la gestion de l’impôt sur les sociétés au Bénin, en la rendant plus efficace, plus équitable et mieux adaptée aux réalités de l’économie mondiale.