La Nation Bénin...
Alors que le Bénin renforce progressivement la gratuité dans le public, la multiplication des établissements privés et la diversité des frais exigés aux familles posent la question de l’encadrement d’un secteur devenu incontournable. L’expérience chinoise, qui place la scolarité obligatoire hors de la logique lucrative, ouvre une piste de réflexion pour le système éducatif béninois.
L’éducation n’est pas un bien ordinaire. Elle constitue à la fois un droit fondamental et un investissement collectif dont les effets dépassent largement la seule famille de l’élève. C’est précisément cette conception qui donne un intérêt particulier à l’évolution récente de la politique éducative chinoise.
En 2021, Pékin a profondément réorganisé son enseignement privé. Les établissements privés intervenant dans le champ de la scolarité obligatoire ne peuvent plus fonctionner selon un modèle lucratif. La réforme s’est accompagnée d’un encadrement beaucoup plus strict des activités de soutien scolaire privé.
L’objectif affiché était notamment de réduire la pression scolaire et financière pesant sur les familles et de recentrer l’éducation obligatoire sur sa mission fondamentale.
Et si le Bénin allait à cette école ?
Il est vrai que le Bénin dispose d’un secteur privé qui participe à l’offre éducative. Aussi, ces établissements privés sont-ils soumis à des procédures d’autorisation et à des règles de fonctionnement. Mais une question demeure : jusqu’où peut aller la marchandisation de l’éducation lorsqu’il s’agit de la formation de base de l’enfant ?
Dans certaines familles, les dépenses liées à la scolarité ne se limitent pas au montant officiellement annoncé à l’inscription. Frais d’inscription, contributions diverses, uniformes, activités, examens ou autres prestations peuvent alourdir la facture annuelle. Or, l’absence d’une lisibilité suffisante des coûts peut compliquer la comparaison entre établissements et fragiliser les ménages.
Le sujet mérite d’autant plus d’attention que le gouvernement béninois a récemment élargi la gratuité de la scolarité dans le secondaire public aux filles, à partir de la rentrée 2026-2027. Cette mesure pose, en creux, la question de l’articulation entre l’ambition d’un enseignement public accessible et le rôle du privé.
S’inspirer de l’expérience chinoise ne signifierait donc pas nécessairement interdire les écoles privées ni supprimer leur dimension entrepreneuriale. Une approche adaptée au contexte béninois pourrait plutôt consister à définir plus clairement ce qui relève de l’éducation de base comme mission d’intérêt général.
Plusieurs pistes pourraient alimenter la réflexion : rendre obligatoire l’affichage public et standardisé de l’ensemble des frais exigibles ; instaurer une grille de frais clairement contrôlée pour certains niveaux ; renforcer les inspections pédagogiques et administratives ; publier régulièrement la liste des établissements autorisés ; sanctionner effectivement les établissements en infraction ; améliorer les conditions d’exercice des enseignants du privé ; et mettre en place un mécanisme de contrôle permettant aux parents de signaler les abus.
Une autre piste serait d’étudier un statut particulier pour les établissements privés assurant l’éducation de base, avec des obligations renforcées en matière de tarifs, de qualité pédagogique, de qualification des enseignants et de transparence financière. En contrepartie, les établissements respectant ces normes pourraient bénéficier d’incitations ou de partenariats publics clairement encadrés.
La question centrale dépasse finalement celle du privé. Elle concerne la capacité de l’État à garantir à chaque enfant béninois, de la maternelle à la classe de troisième, un socle éducatif accessible, de qualité et financièrement soutenable pour les familles.
L’enseignement privé peut continuer à compléter l’offre nationale. Mais la puissance publique pourrait renforcer son rôle de régulateur afin que les impératifs économiques ne prennent pas le pas sur les exigences pédagogiques et sociales.
L’expérience chinoise ne constitue ni un modèle à reproduire intégralement ni une recette universelle. Elle rappelle cependant un principe qui mérite d’être débattu au Bénin : lorsqu’une société considère l’éducation de base comme un bien essentiel, la recherche de rentabilité ne peut être le seul critère qui organise son fonctionnement.
Le véritable enjeu serait alors de trouver l’équilibre entre liberté d’entreprendre, qualité de l’enseignement, protection des familles et droit de chaque enfant à une éducation de base accessible.