La Nation Bénin...
Face aux menaces sécuritaires, climatiques et pressions humaines sur les espaces naturels, African Parks Bénin veut faire de l’information un levier de mobilisation pour la conservation. Mardi 20 octobre dernier, l’Ong a réuni une vingtaine de professionnels des médias autour des enjeux de préservation de la biodiversité et de la gestion des parcs nationaux de la Pendjari et du W.
La conservation de la biodiversité ne se joue pas uniquement sur le terrain. Elle se construit aussi dans l’espace public à travers les récits journalistiques qui expliquent les réalités et renforcent l’engagement citoyen. C’est autour de cette conviction qu’African Parks Bénin a organisé, mardi, un atelier de sensibilisation et d’échanges avec des professionnels des médias intéressés par les questions de conservation de la biodiversité.
L’initiative vise à mieux faire connaître les enjeux liés aux parcs nationaux et à renforcer le dialogue entre les acteurs de la conservation et ceux qui relaient l’information auprès du public.
A l’ouverture des travaux, Hugues Akpona, directeur régional Afrique de l’ouest d’African Parks, a rappelé l’importance écologique du complexe W-Arly-Pendjari, qui s’étend sur le Bénin, le Burkina Faso et le Niger.
Les médias, acteurs de la conservation
Au cœur de la rencontre, la place des médias dans la sensibilisation du public. Les participants ont suivi une communication animée par la journaliste Cécile Goudou, intitulée « Raconter la conservation à l’ère du digital : comment susciter l’engagement citoyen pour la biodiversité à travers l’information?».
Les échanges ont porté sur les moyens de rendre les questions de conservation plus accessibles, d'intéresser les citoyens à la protection de la nature et d'utiliser les outils numériques pour élargir la portée des messages. Une autre communication faite par Bertin Doko, assistant communication et multimédia à African Parks Bénin, a permis aux participants de découvrir le modèle de gestion d’African Parks et les résultats obtenus dans les parcs concernés. Un film documentaire consacré à la gestion adaptée des parcs nationaux a également été projeté.
Pour Hugues Akpona, le travail journalistique peut contribuer à faire évoluer le regard du public sur les espaces protégés, à condition de reposer sur des informations vérifiées et contextualisées. «Un reportage juste, une enquête rigoureuse peuvent changer le regard qu’un citoyen porte sur un parc national», a-t-il confirmé. Il a, dans le même temps, mis en garde contre les conséquences de la circulation rapide des rumeurs et des images sorties de leur contexte, particulièrement sur les réseaux sociaux. Sur des sujets sensibles comme l’insécurité, l’accès aux ressources naturelles ou les relations entre les gestionnaires et les populations, il estime que « vérifier, croiser les sources et contextualiser n’est pas une option ».
Mohamed Kouchele, directeur commercial d’African Parks Bénin, a aussi insisté sur la responsabilité des professionnels des médias face à la multiplication des canaux d’information, à l’essor des réseaux sociaux et au développement de l’intelligence artificielle. Il leur a rappelé l’importance d’utiliser ces outils avec discernement et de prendre le temps de recueillir les éléments nécessaires avant toute publication.
Il a en outre attiré l’attention sur les initiatives qui se poursuivent à l’intérieur des parcs malgré la suspension temporaire du tourisme. Cette interruption affecte les revenus liés à la fréquentation des parcs, mais n’a pas entraîné l’arrêt des activités de conservation ni des actions en faveur des communautés. Les appuis communautaires et les activités génératrices de revenus portés par les coopératives constituent, selon lui, autant de sujets susceptibles d’être davantage documentés par les médias.
À travers cette rencontre, African Parks Bénin entend ainsi encourager un traitement plus documenté des enjeux de biodiversité en donnant aux journalistes des éléments pour comprendre les actions menées, les difficultés rencontrées et les perspectives de conservation. L’idée est de faire comprendre aux populations béninoises que la préservation des parcs concerne les ressources naturelles, les moyens de subsistance des riverains et la transmission de ce patrimoine aux générations futures.
L’atelier se veut un cadre d’échanges permanents plutôt qu’une simple rencontre institutionnelle. Les réponses du directeur régional aux questions des participants, lors des travaux, ont permis de favoriser une meilleure compréhension des réalités du terrain.
Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ce complexe W-Arly-Pendjari constitue, d’après Hugues Akpona, l’un des derniers grands refuges de la faune sauvage en Afrique de l’Ouest. En guise d’exemple, le directeur régional a évoqué la présence d’environ 4650 éléphants dans les parcs de la Pendjari et du W, ainsi que la concentration d’une grande partie des lions de la région dans ce complexe transfrontalier. Il a également indiqué que le territoire béninois abrite la seule population de guépards encore documentés dans la région.
« Si ces espèces disparaissent du Wap, elles disparaissent aussi de l’Afrique de l’Ouest », a averti Hugues Akpona. Pour lui, la préservation de ces espaces engage la responsabilité du Bénin dans la sauvegarde d’un patrimoine naturel d’importance continentale.
Quatre défis pour préserver les parcs
Cette responsabilité se heurte toutefois à plusieurs contraintes. Le directeur régional a identifié quatre défis majeurs, à savoir l’insécurité dans la zone, la pression exercée sur les ressources naturelles par les activités humaines, les effets du changement climatique et la nécessité de consolider la confiance entre les gestionnaires des parcs et les communautés riveraines.
L’agriculture, l’élevage et la transhumance figurent parmi les activités susceptibles d'accentuer les pressions sur les espaces protégés. À ces difficultés s’ajoute la question de l’adhésion des populations locales, essentielle à la pérennité des efforts de conservation.
« Un parc ne dure que s’il a du sens pour ceux qui en bénéficient», a souligné Hugues Akpona. La protection de la biodiversité doit ainsi prendre en compte les besoins des communautés qui dépendent des ressources naturelles, notamment l’eau, les pâturages, le miel et le karité.
Depuis la prise en charge de la gestion du parc national de la Pendjari en 2017, puis de celui du W en 2020, African Parks travaille aux côtés du gouvernement béninois et des communautés pour renforcer la protection de ces espaces. Le directeur régional a toutefois reconnu que les avancées enregistrées ne signifient pas que tous les problèmes sont résolus.
Responsables d’African Parks Bénin et professionnels des médias réunis autour des enjeux de conservation de la biodiversité et de l’engagement citoyen