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Face à l’aggravation simultanée du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, l’Ocde appelle à dépasser les approches sectorielles et à repenser l’action publique de manière intégrée.
Dans son rapport Perspectives de l’environnement sur la triple crise planétaire : Enjeux, évolution et liens entre les politiques publiques, publié en 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) dresse un diagnostic alarmant, tout en proposant une feuille de route pour des réponses plus cohérentes et plus efficaces. Le document rappelle que le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution ne constituent pas des défis isolés. Ces problèmes partagent des déterminants communs, notamment la croissance démographique, l’expansion économique, l’évolution des modes de production et de consommation, ainsi que l’utilisation intensive des ressources naturelles.
Selon les projections de l’Ocde, si les politiques actuelles demeurent inchangées, le produit intérieur brut (Pib) mondial devrait plus que doubler entre 2020 et 2050, entraînant une hausse significative des pressions exercées sur l’environnement. L’agriculture resterait le principal moteur du changement d’affectation des terres, responsable de près de 87 % de la conversion supplémentaire des surfaces naturelles, tandis que la consommation d’énergies fossiles continuerait d’augmenter, malgré une progression rapide des énergies renouvelables. Dans ce contexte, les avancées technologiques et comportementales ne suffiraient qu’à ralentir et non enrayer la dégradation de l’environnement.
Aggravation à l’horizon 2050
Les analyses prospectives contenues dans les Perspectives de l’environnement montrent qu’en l’absence de réformes majeures, la température moyenne mondiale pourrait atteindre environ 2,1 °C au-dessus des niveaux préindustriels dès 2050. Le changement climatique deviendrait alors le principal facteur de perte de biodiversité, dépassant l’impact du changement d’usage des terres. L’indice d’abondance moyenne des espèces terrestres poursuivrait sa baisse, traduisant la disparition d’habitats naturels sur plusieurs millions de kilomètres carrés.
S’agissant de la pollution, le tableau est contrasté. Si certaines émissions atmosphériques comme le dioxyde de soufre devraient diminuer, contribuant à une amélioration relative de la qualité de l’air, d’autres formes de pollution progresseraient fortement. Les émissions d’ammoniac augmenteraient de plus de 40 %, tandis que les déchets plastiques mal gérés passeraient de 83 à 138 millions de tonnes, accentuant la contamination des sols, des eaux et des écosystèmes marins.
L’un des apports majeurs du rapport réside dans l’analyse des politiques publiques existantes. En examinant les rapports biennaux de transparence climatique et les stratégies nationales pour la biodiversité de dix pays, l’Ocde constate que les liens entre climat et biodiversité sont relativement bien pris en compte. En revanche, la pollution demeure largement traitée de manière sectorielle. Les arbitrages potentiels entre politiques, notamment lorsque certaines mesures climatiques peuvent avoir des effets négatifs sur la biodiversité ou générer de nouvelles formes de pollution, restent encore insuffisamment anticipés.
Une feuille de route
Pour répondre à la triple crise planétaire, l’Ocde plaide pour une approche intégrée de l’action publique. Le rapport identifie six leviers politiques majeurs, parmi lesquels le renforcement de la recherche et de l’évaluation scientifique, une meilleure intégration des trois enjeux dans les systèmes de suivi et de reporting, ainsi qu’un alignement plus cohérent des financements publics et privés.
La transition vers des énergies propres, le développement de l’économie circulaire et la transformation des systèmes alimentaires sont présentés comme des domaines clés dans lesquels les synergies peuvent être maximisées, à condition d’une planification rigoureuse et d’une anticipation des effets indirects sur la biodiversité et la pollution.
En somme, traiter séparément le climat, la biodiversité et la pollution revient à passer à côté de solutions durables, selon l’Ocde. A l’heure où les impacts environnementaux menacent directement la santé humaine, la croissance économique et la stabilité sociale, elle appelle les gouvernements à dépasser les logiques en silos pour bâtir des politiques publiques réellement cohérentes, fondées sur la science et capables de répondre durablement à l’ampleur de la crise planétaire.
L'aggravation du changement climatique appelle à repenser l'action publique