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Economie circulaire: Le pari audacieux du Bénin pour 2035

Environnement
Il est impératif de promouvoir des initiatives de recyclage et sensibiliser la population aux bonnes pratiques de gestion des déchets Il est impératif de promouvoir des initiatives de recyclage et sensibiliser la population aux bonnes pratiques de gestion des déchets

Face à l’urgence climatique et à la pression croissante sur ses ressources, le Bénin change de cap. Dans le prolongement du Programme d’action du gouvernement (Pag II), le pays déploie un ambitieux plan pour l’économie circulaire sur la période 2025-2035. Ce virage stratégique, assumé et structurant, ambitionne de rompre avec le modèle économique classique à bout de souffle pour un modèle qui répond mieux aux défis contemporains.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 19 févr. 2026 à 07h40 Durée 3 min.
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Pour faire face aux défis environnementaux majeurs, le Bénin a mis en place son plan d’action décennal pour l’économie circulaire (2025-2035). Il vise, selon les autorités du ministère du Cadre de vie, à dissocier la croissance économique de la consommation de ressources non renouvelables et de la production de déchets, en repensant les modes de production et de consommation.

Ce plan pour l’économie circulaire crée de nouvelles opportunités économiques qui contribuent à réduire les émissions de carbone. Il ambitionne de mettre en place « un cadre normatif et institutionnel solide pour soutenir cette transition, en alignant les stratégies nationales avec les Objectifs de développement durable (Odd), notamment l’Odd 12 sur la consommation et la production durables et l’Odd 13 sur la lutte contre le changement climatique ». Ainsi, le document élaboré sur 10 ans favorisera une transition vers une économie plus résiliente, permettra de renforcer la gestion des déchets, l’agriculture durable, une utilisation plus optimale des ressources et une production et une consommation responsables.

En effet, le modèle économique linéaire actuel, pratiqué depuis des décennies, centré sur l’agriculture traditionnelle et la consommation excessive de ressources, engendre une pression croissante sur l’environnement à travers des problèmes comme l’accumulation des déchets plastiques, la déforestation, la pollution des secteurs des transports et de la construction. A cela s’ajoute une gestion peu efficace des déchets solides ménagers sur l’ensemble du territoire national. Ces défis sont exacerbés par la dépendance du pays aux importations de produits manufacturés et aux intrants agricoles, qui constituent un écueil à la capacité de production locale, freinant ainsi son essor économique.

Cette démarche vise à « optimiser la valorisation des ressources locales tout en préservant l’environnement», et sa mission est « d’offrir un cadre cohérent pour une transition équitable vers l’économie circulaire en alignant les actions et les activités des communautés, des secteurs public et privé, des universités, du secteur informel et des sociétés civiles ». Elle permettra la mise en place des règlementations, le développement de l’innovation et encouragera les investissements pour une transformation des secteurs prioritaires identifiés.

L’économie circulaire propose une rupture nette avec le modèle économique classique, vieux et inefficace. Elle opte pour une production faite autrement et mieux, pour un nouveau type de consommation et davantage de recyclage. Elle entend transformer les déchets en richesse et faire de la contrainte environnementale un levier de prospérité durable.

Pour José Didier Tonato, ministre du Cadre de vie et des Transports, chargé du Développement durable, qui a préfacé le document, le plan d’action pour l’économie circulaire est non seulement nécessaire pour la gestion écologique mais aussi essentiel pour une transition économique, sociale et culturelle vers un modèle durable comme envisagé par le Programme d’action du gouvernement. « L’élaboration de ce plan d’action réorienterait la politique industrielle du pays, passant d’un modèle linéaire à un modèle où les ressources sont réintroduites dans le cycle économique, participant ainsi à une croissance durable et décarbonée. C’est aussi une réponse directe aux engagements que nous avons pris dans le cadre de l’Accord de Paris, de l’Agenda 2030 des Nations Unies et de notre propre Contribution déterminée au niveau national (Cdn). C’est une occasion pour notre pays de reconsidérer désormais les déchets comme des ressources et non des problèmes», explique l’autorité ministérielle.

Cinq secteurs prioritaires

Pour enclencher ce virage à 180°, cinq secteurs stratégiques ont été ciblés. Il s’agit de l’agriculture et la foresterie, les déchets solides ménagers, les plastiques, le transport et la mobilité, et la construction.

L’agriculture, pilier de l’économie nationale, représentant 23 % du Produit intérieur brut (Pib) et employant près de 28 % de la population, est à la croisée des chemins. « Ce secteur crucial pour le développement du pays, souffre de problèmes majeurs comme la déforestation et une gestion inefficace des ressources naturelles», indique le plan d’action pour l’économie circulaire. Celui-ci mise sur l’agroécologie et l’agroforesterie pour régénérer les terres tout en garantissant la sécurité alimentaire. Le secteur des déchets solides ménagers, de son côté, fait face à une réalité qui ne dit pas son nom. A peu près « 1317 tonnes de déchets produits chaque jour ». Si dans le grand Nokoué, la collecte et le recyclage ont vu le jour, en milieu rural, ils demeurent largement insuffisants. « La sensibilisation ainsi que les infrastructures de valorisation doivent être considérablement améliorées pour éviter l’accumulation des déchets et la pollution environnementale », rappelle le document.

Les plastiques à usage unique sont un autre front critique. Le renforcement des capacités de recyclage et la promotion d’alternatives durables deviennent un impératif pour freiner le drame environnemental qui se dessine chaque jour. « Le secteur des transports et de la mobilité est confronté à des équipements vieillissants et une dépendance accrue aux véhicules polluants, avec une faible gestion des déchets provenant de véhicules hors usage. Il est impératif d’encourager des solutions de mobilité durables et de renforcer les systèmes de gestion des déchets liés aux transports », lit-on. Dernier secteur prioritaire, la construction. « Avec sa forte dépendance aux matériaux importés, elle génère une empreinte écologique élevée », constate de document qui propose « l’introduction de matériaux recyclés et la promotion de la construction durable comme priorités pour limiter les impacts environnementaux du secteur ».

Une feuille de route structurée

Le plan d’action décennal pour l’économie circulaire s’articule en trois phases à savoir : court, moyen et long termes. L’on retient essentiellement que les premières années seront consacrées à l’alignement des politiques publiques, au renforcement des compétences et à la mobilisation des acteurs. Viendront ensuite les projets d’envergure et les investissements dans des infrastructures modernes et adaptées.

Au total, 34 objectifs déclinés en 134 actions concrètes balisent la trajectoire vers 2035. Le financement reposera sur une combinaison de ressources nationales, d’investissements privés et de partenariats régionaux et internationaux.

La gouvernance sera assurée en deux temps. Une équipe technique dédiée à l’économie circulaire de 2025 à 2027, avant la création d’une Agence nationale de l’économie circulaire appelée à piloter la transformation jusqu’en 2035. Le document inclut un plan de mise en œuvre et un cadre de suivi-évaluation.

Une ambition continentale

Au-delà d’une simple réforme environnementale, ce plan incarne un projet de société. Il vise à renforcer l’indépendance économique du Bénin, stimuler l’innovation, créer des emplois durables et préserver les ressources pour les générations futures. « Il constitue une véritable opportunité pour le Bénin de transformer ses secteurs clés vers la circularité, de renforcer son indépendance économique et de contribuer à un développement durable et inclusif », précise le document.

Le document ajoute qu’en adoptant ce modèle d’économie circulaire, le Bénin pourra non seulement réduire sa dépendance aux ressources non renouvelables mais aussi favoriser la création d’emplois durables tout en préservant son environnement pour les générations futures. Des initiatives existent et font leurs preuves. La mise en œuvre du plan d’action devrait permettre au Bénin de devenir, le leader de l’économie circulaire en Afrique francophone à l’horizon 2035, et une source d'inspiration pour d’autres pays du continent.