La Nation Bénin...

Energies renouvelables au Bénin: Des efforts réalisés, mais…

Environnement
La Centrale solaire photovoltaïque d'Illoulofin  inaugurée en juillet 2022 La Centrale solaire photovoltaïque d'Illoulofin inaugurée en juillet 2022

Le sous-secteur des Energies renouvelables (EnR) a connu un essor marqué avec les réformes étatiques et autres réalisations qui ont favorisé l’accès des populations à l’électricité, notamment l’électricité propre. Le rapport 2025 sur le développement durable au Bénin note que de 2000 à 2025, plusieurs initiatives ont permis au pays d’opérer des transformations positives dans le sous-secteur. Malgré les belles avancées, des défis restent à relever pour atteindre la transition énergétique.

 

Par   Ariel GBAGUIDI, le 05 févr. 2026 à 06h56 Durée 3 min.
#énergies renouvelables #développement durable

Le secteur de l’énergie constitue un levier central de la croissance économique, de la transformation structurelle et du développement durable. Au Bénin, il occupe une place stratégique dans les priorités du Programme d’action du gouvernement (Pag I et II). D’importants investissements et des réformes institutionnelles, administratives et réglementaires ont été engagés afin d’améliorer l’accès à l’électricité et renforcer la résilience du secteur face aux changements climatiques. Ces efforts se sont traduits par la mise en œuvre de plusieurs projets d’électrification. Grâce à ces initiatives, la proportion de la population ayant accès à l’électricité est passée de 34,5 % en 2018 à 65 % en 2022, selon le rapport 2025 sur le développement durable au Bénin.

Malgré ces progrès, note le document, le Bénin demeure confronté à d’importants défis énergétiques. Le pays reste fortement dépendant des importations d’électricité du Ghana et du Nigeria, tandis que les énergies fossiles et traditionnelles (bois de feu, charbon de bois, produits pétroliers) dominent encore la consommation énergétique. Cette situation met en évidence la nécessité de renforcer l’autonomie et la stabilité énergétiques à travers le développement des Energies renouvelables (EnR). Ces dernières, issues de sources naturelles renouvelables, offrent des avantages économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux majeurs. Elles constituent une alternative durable face à la raréfaction et à l’instabilité des énergies fossiles, favorisent l’inclusion des populations rurales et enclavées, réduisent les risques sanitaires liés à la pollution et contribuent à la création d’emplois. Les EnR participent également à l’autonomisation des femmes et des jeunes et à la réduction des inégalités de genre, tout en limitant les émissions de Co2 et la dégradation des forêts.

Cependant, la part des EnR dans le mix énergétique béninois demeure faible. En dépit des ambitions affichées et des réalisations ces dernières années, elles représentaient moins de 5 % de la consommation globale et électrique entre 2018 et 2023, souligne le rapport. Le développement du sous-secteur est freiné par des défis comme les coûts élevés des équipements, une faible sensibilisation des populations, une application insuffisante des textes et un déficit de données fiables. Dans ce contexte, des investissements accrus et un engagement renforcé de l’État apparaissent indispensables pour réussir la transition énergétique et soutenir un développement durable et inclusif au Bénin, estiment les auteurs du document: Janvier Egah, Enseignant-chercheur au département d’Economie et Sociologie rurales à la faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou, et Hortensia Acacha, maître de conférences, directrice du Partenariat et de la Promotion de la Recherche scientifique et de l’Innovation à la direction générale de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Celle-ci intervient  aussi à l’Ecole nationale d’Economie appliquée et de Management de l’Université d’Abomey-Calavi.

Etat des lieux

Le rapport constate que depuis 2020 principalement, le sous-secteur des énergies renouvelables au Bénin connaît une transformation majeure grâce à des réformes institutionnelles et juridiques, notamment la Ponader, le Code de l’électricité et la création de la Société béninoise de production d’électricité (Sbpe). Ces mesures ont renforcé la régulation, accéléré la transition énergétique et soutenu la lutte contre le changement climatique. Elles ont permis la réalisation de projets structurants, comme la centrale solaire d’Illoulofin, progressivement étendue jusqu’à 75 MW, ainsi que le développement de mini-réseaux solaires hybrides grâce au programme Mca-Bénin II clôturé en 2023. A cela s’ajoutent les projets d’éclairage public solaire et bien d’autres initiatives encourageantes.

Intégré aux priorités du Pnd, le développement des EnR vise à réduire les importations d’électricité et améliorer durablement l’accès à l’énergie à l’horizon 2030-2045, avec des mesures incitatives telles que l’exonération fiscale des équipements solaires. Cette dynamique, analysent les auteurs du rapport, a favorisé l’implication d’une diversité d’acteurs publics et privés, nationaux et internationaux, ouvrant de solides perspectives de réduction de la dépendance énergétique du pays.

Décryptant la structure de la consommation des énergies, ils constatent qu’elle est restée presque inchangée entre 2019 et 2022. En effet, lit-on, la biomasse est restée la forme d’énergie la plus consommée au Bénin (53,9 % en 2022). Elle est suivie des produits pétroliers dont la consommation est restée statique entre 2019 et 2022 (entre 40,1 et 40,7 %). Toujours sur la même période, la structure de la consommation énergétique au Bénin est restée fortement dominée par la biomasse, tandis que les sources d’énergie utilisées pour la production d’électricité ont connu une transition de l’hydroélectricité vers le gaz naturel de 2018 à 2022. La répartition des différentes sources d’énergie destinées à la production d’électricité a fortement évolué entre 2018 et 2022. En 2018, l’hydroélectricité était la source la plus utilisée, représentant 32,6 % de la production d’électricité. De 2019 à 2022, le gaz naturel est devenu la principale source, atteignant 72,1 % de la production en 2022. L’énergie solaire photovoltaïque est restée la source la moins utilisée de 2018 à 2022, mais son utilisation a tout de même progressé, passant de 1,8 % en 2018 à 3,3 % en 2022. Ainsi, de 2018 à 2022, le mix énergétique reste principalement tourné vers l’utilisation d’énergies fossiles, qui représentent environ 95,5 % de la production totale d’électricité en 2022. Les acteurs du rapport se désolent du fait que les énergies géothermiques et éoliennes n’aient pas été utilisées pour produire de l’électricité au Bénin de 2018 à 2022.

Opportunités et perspectives

La transition vers les énergies renouvelables au Bénin représente une opportunité stratégique, économique, environnementale et sociale. La volonté du gouvernement d’assurer l’autosuffisance et la souveraineté énergétique, appuyée par des réformes institutionnelles, des projets publics, le soutien des partenaires techniques et financiers, ainsi que des engagements internationaux (Odd, Accord de Paris), favorise le développement des EnR, salue le rapport. Celles-ci permettent de réduire la dépendance aux énergies fossiles, de limiter la déforestation, de lutter contre le changement climatique et de stimuler l’emploi, notamment pour les jeunes et les femmes.

Cependant, pour concrétiser pleinement ce potentiel, le document met l’accent sur plusieurs perspectives clés telles que la mobilisation accrue d’appuis techniques, matériels et financiers, le renforcement du cadre institutionnel et réglementaire à travers des mesures incitatives mieux connues et accessibles, et le développement du capital humain, de la recherche et de l’innovation. La formation, la professionnalisation des métiers des EnR et la production locale d’équipements apparaissent comme des leviers essentiels pour rendre les EnR plus accessibles, durables et intégrées au développement économique du Bénin.