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Gouvernance et démocratie en Afrique: Sans indépendance, pas de garantie réelle des droits

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La solidité des institutions dépend de leur capacité à résister aux tentations hégémoniques La solidité des institutions dépend de leur capacité à résister aux tentations hégémoniques

Réunis à Cotonou pour la conférence sociale trimestrielle de l’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp), universitaires, acteurs politiques et religieux ont été interpellés par une analyse sans concession du professeur Théodore Holo sur les dérives du pouvoir et les exigences de la démocratie.

Par   Isidore GOZO, le 20 avr. 2026 à 07h04 Durée 3 min.
#Démocratie et gouvernance

La salle était pleine, attentive, presque suspendue aux mots du professeur Théodore Holo. Ce jeudi 16 avril 2026, l’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a donné le ton de son deuxième rendez-vous trimestriel avec une conférence qui n’a laissé personne indifférent. Le thème, à la fois dense et crucial ‘’ Les institutions publiques : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif’’, a servi de fil conducteur à une réflexion profonde sur l’Etat et l’avenir de la démocratie sur le continent africain.

Devant un auditoire composite, rassemblant universitaires, cadres de l’administration publique, membres de la société civile et figures politiques, l’ancien président de la Cour constitutionnelle a livré une leçon magistrale, nourrie par son expérience et son rôle historique lors de la Conférence nationale des Forces vives de 1990. D’entrée, il a replacé le débat dans une perspective historique, remontant aux années 1960, époque marquée par l’adhésion de nombreux États africains à la théorie développementaliste. Selon lui, cette doctrine, née à la fin des années 1950, a profondément influencé les jeunes États indépendants, les poussant à concentrer le pouvoir entre les mains de l’exécutif. « Le développement supposait la suppression de l’opposition et la marginalisation des libertés publiques », a-t-il rappelé. Résultat: l’instauration de partis uniques, dirigés par des chefs d’État tout puissants, contrôlant à la fois les sphères législative et judiciaire. Mais cette centralisation du pouvoir n’a pas tenu ses promesses. L’échec économique et les aspirations croissantes des peuples à plus de liberté ont conduit, dans les années 1990, à un basculement vers le renouveau démocratique. Pour Théodore Holo, ce tournant historique repose sur deux piliers fondamentaux : la démocratie et l’État de droit.

Une démocratie sous vigilance

La démocratie, a-t-il expliqué, ne se résume pas à une simple délégation du pouvoir par le peuple. Elle implique une gouvernance exercée dans l’intérêt général, par des représentants investis pour une durée déterminée. « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » prend ici tout son sens, même dans un contexte où la participation directe de millions de citoyens est impossible. Mais c’est surtout la notion d’État de droit qui a retenu l’attention. Pour le conférencier, il s’agit d’un principe cardinal, garantissant les libertés fondamentales et assurant que toute violation soit sanctionnée par une justice indépendante. Cette exigence suppose une séparation claire des pouvoirs, mais aussi leur équilibre.

Le pouvoir judiciaire, en particulier, joue un rôle clé. Entre juridictions constitutionnelles, chargées de veiller à la conformité des lois, et tribunaux ordinaires, appelés à trancher les litiges, la justice doit rester libre de toute influence. «Sans indépendance, il n’y a pas de garantie réelle des droits », a insisté Théodore Holo.

Dans une envolée presque solennelle, il a rappelé que la limitation du pouvoir des gouvernants est indissociable de la protection des citoyens. Une idée consacrée dès 1789 par la Déclaration des droits de l’homme, dont l’article 16 affirme qu’une société sans garantie des droits ni séparation des pouvoirs ne saurait être considérée comme une Constitution.

Au-delà de l’analyse théorique, c’est un véritable appel à la vigilance qu’a lancé l’ancien juge constitutionnel. Dans un contexte politique en constante évolution, la solidité des institutions dépend, selon lui, de leur capacité à résister aux tentations hégémoniques.

Hommage et prières pour le président élu

Le père Arnaud Eric Aguénounon, directeur de l’Iajp Chant d’oiseau, a rendu un hommage appuyé au président élu Romuald Wadagni. Dans une intervention empreinte de solennité, il a élevé des prières à son intention, implorant sagesse et discernement pour la conduite des affaires de l’État. Il lui a également souhaité un plein succès dans l’exercice de ses fonctions républicaines, au service du peuple béninois.