La Nation Bénin...
Le Conseil des ministres a acté la création du Fonds de développement industriel, doté d’un capital de 100 milliards de francs Cfa. Fonds propres pour les entreprises, garantie partagée avec les banques, usines clés en main dans les pôles territoriaux : le ministre, Porte-parole du gouvernement en a détaillé l’architecture et les ambitions.
Cent milliards de francs Cfa. C’est le capital du Fonds de développement industriel que le gouvernement a décidé de mettre en place, et dont le porte-parole a présenté les grandes lignes. L’objectif affiché est clair : accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale par l’industrie et faire émerger des entreprises béninoises de taille significative, capables de s’imposer au-delà des frontières.
La décision ne se limite pas à une déclaration d’intention. Les statuts de la société qui portera le Fonds ont été approuvés. Les ministres chargés de l’Économie et des Finances, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé ont reçu instruction de prendre toutes les dispositions nécessaires à sa formalisation et à son opérationnalisation. Aucune date de démarrage n’a en revanche été communiquée.
Le Fonds poursuit trois missions principales : apporter aux entreprises industrielles les fonds propres qui leur font défaut, partager avec le système bancaire le risque du crédit d’investissement et mettre à leur disposition un bâti industriel immédiatement exploitable, sur l’ensemble du territoire national. C’est autour de ces trois missions que le gouvernement a bâti l’architecture de l’outil.
Trois guichets, trois métiers
Le dispositif repose sur trois guichets. Leurs instruments et leurs horizons diffèrent, mais leur action sera coordonnée au service d’un même objectif.
Le premier, baptisé Bénin Industrial Invest (Bii), accompagnera les entreprises dans la durée. Il leur apportera des fonds propres et des quasi-fonds propres de long terme, afin de financer des projets structurants dont la rentabilité se mesure sur une période plus longue que celle du crédit bancaire disponible.
Le deuxième, la Facilité de garantie industrielle (Fgi), vise le système financier. Mobilisable auprès des banques et des sociétés de crédit-bail partenaires, cette garantie permettra de partager le risque des prêts de long terme, du crédit-bail d’équipement et du financement des exportations. Il s’agit, selon le gouvernement, de desserrer la contrainte de crédit qui pèse sur l’investissement industriel.
Le troisième, Usines prêtes à l’emploi (Upe), est le plus concret. Il prévoit un programme national d’usines clés en main implantées sur les pôles territoriaux de développement. L’exécutif en attend une réduction significative du délai nécessaire à un investisseur pour démarrer sa production.
Sortir des zones existantes
Au-delà de sa mécanique financière, le Fonds traduit un choix d’aménagement du territoire. Le gouvernement entend porter l’effort industriel au-delà du périmètre des zones existantes, au plus près des bassins de production de matières premières. L’élargissement recherché est double : davantage de filières, et une couverture géographique plus étendue.
Cette orientation s’appuie sur un bilan que l’exécutif juge positif. La dynamique d’industrialisation engagée ces dernières années aurait fait naître des filières jusque-là absentes du pays. Deux exemples ont été mis en avant. La chaîne textile-habillement transforme désormais localement le coton produit au Bénin. La fabrication de carreaux de céramique illustre, selon le gouvernement, la capacité de l’économie nationale à traiter une matière première locale jusqu’au produit fini.
Le pari de la taille critique
Le diagnostic qui fonde la décision tient en une idée : pour affronter la concurrence régionale et internationale, les entreprises industrielles doivent atteindre un seuil critique non encore effectif. Il leur manque des fonds propres, le crédit d’investissement reste difficile d’accès et l’installation d’une unité de production demande du temps. Chacun des trois guichets répond à l’un de ces freins.
Le texte adopté décline cette logique en cinq objectifs. Il s’agit de doter les entreprises de fonds propres de long terme, de desserrer la contrainte de crédit en partageant le risque avec les banques, de réduire le délai d’implantation grâce à un parc d’usines prêtes à l’emploi, d’accompagner l’émergence de champions nationaux et d’assurer la diffusion territoriale de l’industrialisation. Les trois premiers relèvent de l’outillage financier et matériel. Les deux derniers fixent le cap politique.
Ce cap est assumé sans détour. Le Fonds doit accompagner l’émergence de champions industriels nationaux, capables de s’intégrer aux chaînes de valeur régionales et mondiales et de porter le nom du Bénin sur les marchés internationaux.
Pour encadrer l’emploi de ces ressources publiques, le Conseil a prévu une gouvernance conforme aux meilleures pratiques internationales en matière de fonds publics d’investissement. Son contenu exact n’a pas été détaillé. Restent également à connaître la répartition des 100 milliards entre les trois guichets, les critères d’éligibilité des entreprises et la liste des pôles appelés à accueillir les premières usines.
La société qui portera le Fonds dispose désormais de ses statuts. Il lui reste à recevoir ses premiers dossiers.