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''Plus loin, ensemble'': Monsieur le président, n'oubliez pas ce que vous avez vu

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Djamila Idrissou Souler Djamila Idrissou Souler

Aucun dispositif institutionnel, aussi bien conçu soit-il, ne peut produire d’impact  durable sans l’adhésion et l’engagement des populations. On ne peut pas construire un pays contre les mentalités.

Par   Djamila Idrissou Souler, le 15 avr. 2026 à 14h46 Durée 3 min.
#Élection présidentielle 2026 au Bénin #Romuald Wadagni

Le 12 avril dernier, les Béninois ont fait un choix.

Un choix clair, un choix assumé.

Un choix qui engage une trajectoire.

Monsieur le président élu, je vous adresse donc toutes mes félicitations.

Mais au-delà des félicitations, je vous écris parce que, comme beaucoup de Béninois, j’attends. J’attends que ce mandat aille véritablement plus loin, comme l’indique votre slogan : Plus loin, ensemble.

Oui, nous devons le reconnaître, des bases ont été posées, des transformations

visibles ont été engagées.

Et le Bénin a changé.

Cependant, à mes yeux, le prochain cap est maintenant ailleurs. Le développement ne peut plus être une vitrine. Il doit devenir une réalité vécue, partout. Car, si la décentralisation est aujourd’hui une réalité institutionnelle dans notre pays, elle peine encore à produire pleinement ses effets dans le quotidien des populations, notamment dans les territoires les plus reculés.

Pas dans les discours, pas dans les projections.

Dans les faits.

Lors de votre tournée nationale, vous avez vu ce que nombre d’entre nous ne voient plus, ou refusent de voir. En cela, ces tournées sont toujours bénéfiques.

Vous avez traversé des routes qui secouent plus qu’elles ne relient.

Vous avez longé des écoles sans toit, sans bancs, sans conditions dignes d’apprentissage. Vous avez croisé des enfants livrés à eux-mêmes.

Vous avez parfois senti cette odeur persistante d’insalubrité.

Mais surtout, vous avez regardé.

Des regards chargés d’attente.

Des mains tendues.

Parfois, des silences qui en disent long.

Une énergie, une dignité, une résilience qui forcent le respect malgré la rudesse du quotidien.

Alors, monsieur le président, n’oubliez pas.

N’oubliez pas ces visages.

N’oubliez pas ce que vous avez ressenti, au-delà des mots, au-delà des discours.

Car c’est là, il me semble, que se joue l’essentiel.

Ce mandat ne sera pleinement réussi que si ces réalités changent concrètement.

Pouvoir apprendre dans une école digne.

Pouvoir se soigner sans parcourir des kilomètres.

Pouvoir vivre dans un environnement sain.

Pouvoir espérer sans devoir partir.

Le développement ne peut pas rester une perception, il doit devenir une expérience vécue, partout. C’est pour cela que je suis convaincue d’une chose : la décentralisation ne peut plus être un principe affiché. Elle doit devenir un levier réel, opérationnel, mesurable. Nous devons désormais franchir un cap : passer d’une décentralisation administrative à une décentralisation réellement vécue par les citoyens.

Il faut donner enfin aux territoires les moyens d’agir, responsabiliser les acteurs locaux. Exiger des résultats et mettre fin, sans détour, aux défaillances persistantes. Parce qu’on ne peut pas continuer à parler de développement harmonieux, si des pans entiers du pays restent à la marge.

Mais ceci dit, je tiens à être tout aussi claire sur un point.

L’État ne peut pas tout. Et l’État ne doit pas tout.

Et à ce propos, il est évident selon moi que l’un des plus grands chantiers de ce mandat sera celui du changement des mentalités.

Et c’est un chantier difficile. Profond. Inconfortable. Car, tant que nous ne comprendrons pas que nous sommes, chacun, responsables d’une part de ce que devient ce pays, les efforts de l’État auront leurs limites.

Que faire d’un parent qui retire sa fille de 11 ans de l’école pour la marier ? Que faire de ceux qui refusent les règles élémentaires d’hygiène et installent leurs activités au milieu des déchets ? Que faire de cette attente permanente vis-à-vis de l’État, jusque dans les gestes les plus élémentaires du quotidien ?

Aucun dispositif institutionnel, aussi bien conçu soit-il, ne peut produire d’impact durable sans l’adhésion et l’engagement des populations. On ne peut pas construire un pays contre les mentalités.

C’est ici que le mot ensemble doit changer de dimension.

Ensemble, ce n’est pas un slogan. Ce n’est pas un mot de campagne. C’est une exigence.

Cela signifie que chacun doit faire sa part. Que le civisme n’est pas une option. Que l’éducation ne se délègue pas entièrement. Que la propreté ne se décrète pas.

Ensemble, c’est comprendre que le développement commence devant sa propre porte.

Monsieur le Président élu, les Béninois ont donné une direction.

Ils ont collectivement dit oui à l’ambition. Oui à la rigueur. Oui à la transformation.

Mais aujourd’hui, ils attendent plus.

Ils attendent de ressentir, dans leur quotidien, les fruits de cette dynamique. Ils attendent que le progrès descende, qu’il se diffuse, qu’il s’ancre.

Et je tiens à le dire avec force : le Bénin ne s’arrête pas à Cotonou.

Vous l’avez dit vous-même : “Tant qu’il reste un Béninois qui n’a pas encore senti les fruits de la croissance dans son ménage, c’est qu’il reste encore du travail à faire.”

Et c’est précisément dans cette réalité, loin des vitrines et au plus près des vies, que se jouera la réussite de votre mandat.

Consultante en management des organisations