La Nation Bénin...
Pour la première fois depuis plus d’une décennie, la progression de la représentation des jeunes dans les parlements nationaux marque un coup d’arrêt. Selon le rapport biennal de l’Union interparlementaire (Uip), la participation des jeunes dans les parlements nationaux, la part des élus âgés de 30 ans ou moins, plafonne à 2,8 %, un niveau inchangé depuis 2023.
Ce ralentissement, inédit depuis le début du suivi en 2014, intervient dans un contexte de mobilisation croissante des jeunes générations, qui réclament une place accrue dans les processus décisionnels. Plus préoccupant encore, 37,1 % des chambres parlementaires dans le monde ne comptent aucun représentant de cette tranche d’âge, alors même que près de la moitié de la population mondiale a moins de 30 ans.
Ce décalage alimente une crise de légitimité des institutions représentatives, d’autant plus aiguë que la "génération Z" exprime, à travers manifestations et mobilisations, une défiance grandissante face aux systèmes politiques traditionnels. L’Uip souligne que l’absence de renouvellement générationnel fragilise non seulement la qualité de la représentation démocratique, mais aussi la capacité des parlements à appréhender des enjeux contemporains tels que la transformation numérique ou les mutations du marché du travail. La situation des jeunes femmes est particulièrement préoccupante : leur part recule, passant de 1,4 % à 1,2 % des parlementaires, confirmant la persistance de barrières structurelles et culturelles.
Quelques pays font toutefois figure d’exception. L’Arménie, le Turkménistan ou encore l’Équateur enregistrent des niveaux de représentation des jeunes nettement supérieurs à la moyenne mondiale, souvent à la faveur de réformes institutionnelles ou de quotas. Ces exemples illustrent l’efficacité de politiques volontaristes, à l’heure où l’Uip plaide pour l’abaissement de l’âge d’éligibilité, la mise en place de mécanismes de mentorat et l’introduction de quotas pour favoriser l’accès des jeunes aux fonctions électives.
En Afrique, la situation apparaît contrastée. Si l’Afrique subsaharienne affiche une proportion de jeunes parlementaires de 30 ans ou moins de 2,3 %, légèrement inférieure à la moyenne mondiale, elle se distingue en revanche par une part relativement élevée de parlementaires âgés de 40 ans ou moins, atteignant 20,4 %. Cette dynamique s’explique en partie par la jeunesse démographique du continent, mais aussi par des évolutions politiques récentes dans certains pays. Au Sénégal, par exemple, les dernières élections ont permis l’entrée d’une nouvelle génération d’élus, illustrant un renouvellement progressif de la classe politique. Par ailleurs, plusieurs États africains s’inscrivent dans la dynamique de la campagne de l’Uip « Oui à plus de jeunes au parlement !» La Zambie a notamment structuré un groupe parlementaire dédié aux jeunes, tandis que le Tchad a lancé en 2025 une campagne nationale inspirée de cette initiative. Toutefois, ces avancées demeurent inégales et fragiles, confrontées à des obstacles persistants, notamment les conditions d’éligibilité, le manque de ressources et les pressions politiques.
Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière les obstacles qui freinent l’engagement des jeunes: règles d’éligibilité restrictives, préjugés liés à l’âge, mais aussi exposition accrue aux violences en ligne. À l’inverse, les pays ayant instauré des limites de mandat ou des quotas de jeunes affichent des résultats nettement supérieurs, confirmant l’importance de réformes structurelles pour inverser la tendance. La diffusion de la campagne « Oui à plus de jeunes au parlement ! » dans des pays comme l’Équateur, l’Inde, le Pakistan, la Serbie ou encore l’Uruguay témoigne également d’une prise de conscience progressive, bien que les effets restent encore hétérogènes.
Organisation mondiale des parlements nationaux fondée en 1889, l’Uip compte aujourd’hui 183 Parlements membres et 15 organismes parlementaires régionaux. Elle œuvre en faveur de la démocratie, de la paix et du développement durable, tout en accompagnant les institutions législatives dans leur modernisation et leur ouverture.
À l’approche de sa 152e Assemblée, qui se tiendra à Istanbul (Turquie) du 15 au 19 avril 2026, l’organisation placera la participation des jeunes au cœur de ses travaux, sous le thème « Cultiver l’espoir, consolider la paix et assurer la justice pour les générations futures ». Cette réunion sera également marquée par l’élection d’un nouveau Secrétaire général appelé à succéder au Camerounais Martin Chungong, dont le dernier mandat s’achèvera le 30 juin 2026. Élu pour la première fois en 2014, ce dernier est entré dans l’histoire en devenant le premier Africain et le premier non-Européen à occuper cette fonction.
Cinq candidats ont été retenus pour lui succéder, illustrant une diversité géographique notable : quatre femmes, de nationalités grecque, roumaine, suédoise et sénégalaise, et un homme, de nationalité sud-coréenne. Cette configuration inédite reflète à la fois les dynamiques de renouvellement au sein de l’organisation et les attentes croissantes en matière de représentativité et d’équilibre régional au sommet de la gouvernance parlementaire mondiale.
Les jeunes parlementaires du Royaume-Uni