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À l’heure des grands bouleversements géopolitiques, la Chine revendique un rôle central dans la stabilisation du monde. Devant des experts internationaux, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du Séminaire 2025 sur la situation internationale et la diplomatie chinoise, le 30 décembre dernier, Wang Yi, membre du bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois et ministre des Affaire étrangères, a dressé le bilan de la diplomatie chinoise en 2025 et esquissé une vision offensive fondée sur le multilatéralisme, la paix, le développement partagé et la réforme de la gouvernance mondiale.
L’année 2025 revêt en effet une portée symbolique particulière. Elle marque à la fois le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre mondiale antifasciste et celui de la fondation des Nations Unies. Dans ce contexte mémoriel fort, le chef de la diplomatie chinoise estime que le monde se trouve à un nouveau tournant historique, confronté à des choix décisifs entre paix et guerre, ouverture et repli, coopération et confrontation. Wang Yi dresse un constat sans détour de l’état du monde. Selon lui, l’année écoulée a été marquée par une multiplication des conflits régionaux, une recrudescence des tensions géopolitiques, une remise en cause profonde des règles du commerce international et une montée inquiétante de l’unilatéralisme et du protectionnisme. Les guerres tarifaires, souligne-t-il, ont sérieusement perturbé l’ordre économique mondial, tandis que les conflits armés ont atteint un niveau inédit depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
« Dans ce contexte instable, la Chine revendique un positionnement clair. Celui d’un acteur de stabilité, engagé en faveur du multilatéralisme, du règlement pacifique des différends et d’un monde multipolaire plus équilibré», déclare Wang Yi, appelant la communauté internationale à faire des choix responsables.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine affirme assumer ses responsabilités en matière de paix et de sécurité internationales. Selon Wang Yi, Pékin s'attelle à promouvoir un nouveau type de relations entre grandes puissances, fondé sur le respect mutuel, la coexistence pacifique et la coopération gagnant-gagnant. Sur le dossier ukrainien, il note que la diplomatie chinoise revendique une posture active mais équilibrée. Guidée par le principe en quatre points proposé par le président Xi Jinping, la Chine a œuvré à la création d’un « groupe des amis pour la paix » et soutient toute initiative allant dans le sens d’un règlement politique durable. Wang Yi évoque l’ouverture d’une « fenêtre pour les négociations », tout en reconnaissant que le chemin vers une paix globale et contraignante reste ardu. « Les relations entre grandes puissances occupent une place centrale dans ce bilan. Les relations sino-américaines, bien que traversées par des turbulences, ont selon Pékin conservé une stabilité dynamique », affirme le ministre des Affaires étrangères. Wang Yi insiste sur les échanges réguliers entre les présidents Xi Jinping et Donald Trump, qui auraient permis de fixer un cap stratégique pour éviter la confrontation. La Chine réaffirme néanmoins sa fermeté sur ses intérêts vitaux, notamment sur la question de Taïwan, qualifiée d’’’affaire intérieure’’ relevant de la souveraineté nationale. Parallèlement, il ajoute que les relations sino-russes sont présentées comme un pilier de stabilité stratégique, fondé sur la confiance mutuelle et une coordination de haut niveau. Les relations avec l’Union européenne, à l’occasion du 50e anniversaire de leur établissement, sont réaffirmées comme un partenariat stratégique, tandis que l’élargissement des Brics illustre, selon Wang Yi, la montée en puissance du Sud global.
Le voisinage asiatique
Autre axe fort du discours, le voisinage de la Chine, considéré comme une priorité stratégique. Dans un monde incertain, l’Asie est décrite comme un pôle de croissance et de prospérité reconnu. Wang Yi rappelle que les relations entre la Chine et ses voisins se trouvent dans la meilleure période de l’histoire moderne. La tenue de la première Conférence centrale sur le travail relatif au voisinage depuis la fondation de la Chine nouvelle marque, selon lui, un tournant majeur. Pékin y a défini l’objectif de construire avec ses voisins un foyer pacifique, tranquille, prospère, beau et amical, fondé sur la notion de communauté d’avenir partagé. Les déplacements du président Xi Jinping en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, en Asie du Nord-Est et en Russie ont renforcé cette dynamique, tout comme l’organisation du Sommet de Tianjin de l’Organisation de coopération de Shanghai (Ocs), qui a débouché sur une stratégie décennale ambitieuse. Le message est clair. Être voisin de la Chine est présenté comme une opportunité, et non une menace.
Face à l’accélération des transformations du système international, la Chine se veut une force de proposition. Wang Yi met en avant la vision de la communauté d’avenir partagé pour l’humanité, cœur de la Pensée Xi Jinping sur la diplomatie. Cette approche vise à promouvoir un ordre international plus juste, fondé sur l’égalité souveraine, le multilatéralisme et la primauté du droit international. L’Initiative pour la gouvernance mondiale, lancée par le président Xi Jinping, est présentée comme une contribution majeure de la Chine à la réforme de la gouvernance mondiale. Soutenue par plus de 150 pays et organisations internationales, elle ambitionne de renforcer le rôle central des Nations Unies et de répondre aux défis contemporains, notamment dans les domaines de la médiation internationale et de la gouvernance de l’intelligence artificielle. Wang Yi n’élude pas les questions mémorielles et historiques. Il critique fermement l’attitude du Japon, accusé de ne pas avoir pleinement assumé son passé militariste, et appelle à une vigilance accrue face à toute tentative de remise en cause des acquis de l’après-guerre.
Un moteur du développement mondial
Sur le plan économique, la Chine se présente comme un moteur essentiel de la croissance mondiale. Malgré un contexte international difficile, son économie continue, selon Wang Yi, de faire preuve de résilience et d’innovation. Avec une contribution estimée à près de 30 % de la croissance mondiale, supérieure à celle du G7 réuni, la Chine revendique un rôle central dans la relance du développement global. L’Initiative « la Ceinture et la Route » demeure un instrument clé de cette stratégie. De la réhabilitation du chemin de fer Tanzanie-Zambie à la progression du corridor Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan, en passant par la ligne de fret Chine-Europe, Wang Yi met en avant des projets structurants, qualifiés de corridors d’or. La politique d’ouverture de la Chine se traduit également par des mesures concrètes à savoir : exemptions de visas élargies, traitement tarifaire zéro pour les pays les moins avancés et africains, et organisation de grandes foires internationales. Ces initiatives visent à renforcer les échanges humains et économiques et à partager les opportunités de développement.
Enfin, Wang Yi insiste sur le rôle de la Chine comme défenseur de la justice internationale. Refusant la loi du plus fort, la diplomatie chinoise affirme s’opposer à l’hégémonisme et soutenir les pays victimes d’injustices. Sur les dossiers sensibles, de Gaza à l’Iran en passant par le Myanmar, Pékin revendique une approche impartiale et non interventionniste, privilégiant la médiation. La question palestinienne est abordée avec gravité. Wang Yi réaffirme que la solution à deux États reste la seule voie viable et que la cause palestinienne ne peut être marginalisée.
Cap sur le XVe Plan quinquennal
À l’horizon 2026, début du XVe Plan quinquennal, la diplomatie chinoise se fixe des objectifs ambitieux : renforcer l’appui stratégique au développement national, promouvoir une coexistence pacifique entre grandes puissances, approfondir les partenariats avec le Sud global, et contribuer activement à la réforme de la gouvernance mondiale. Pour Wang Yi, le message est sans équivoque. Il affirme que le courant de notre époque est irréversible. Sous la direction du président Xi Jinping, la Chine entend poursuivre son ascension diplomatique, non pour dominer, mais pour construire un monde de paix durable, de sécurité universelle et de prospérité partagée.
Wang Yi