La Nation Bénin...
L'Afrique est à un carrefour. Celui de passer de marché de consommation à un espace de transformation, de cocréation de richesses sur la sphère mondiale. Longtemps objet des décisions prises ailleurs, elle revendique désormais sa place au cœur du système international. L'Initiative pour la Gouvernance mondiale, proposée par le président chinois Xi Jinping, vient à point nommé pour repositionner l’Afrique au cœur de la gouvernance mondiale, qu’elle soit économique, politique, environnementale ou sociale. Mais au-delà du discours, que peut concrètement en attendre le continent ?
Présentée comme une proposition visant à réformer et à rendre plus équitable le système de gouvernance mondiale, l’Initiative pour la Gouvernance mondiale s'articule autour de principes qui résonnent fortement en Afrique : le respect de la souveraineté, le multilatéralisme véritable, l'égalité de tous les pays quelle que soit leur taille, et le refus de la confrontation des blocs. Pour un continent qui a trop souvent subi le poids du veto et des conditionnalités, la promesse est séduisante. Car elle rejoint le besoin africain d'une autre gouvernance. Le système actuel montre ses limites pour l'Afrique. Au Conseil de sécurité des Nations Unies, l'Afrique, qui représente plus d'un milliard quatre cents millions d'habitants, n'a toujours pas de siège permanent. Sur le plan financier, la réforme des institutions de Bretton Woods est réclamée depuis deux décennies. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale accordent encore à l'ensemble du continent africain un droit de vote inférieur à celui d'un seul pays européen.
La question de la dette en est l'illustration la plus criante. Lorsque la Zambie, le Ghana ou le Tchad ont cherché à restructurer leurs dettes, ils se sont heurtés à un cadre commun du G20 jugé lent et déséquilibré, où les intérêts des créanciers privés priment sur les besoins de développement. L'Initiative pour la Gouvernance mondiale propose précisément de repenser cette architecture en prônant une gouvernance plus juste et plus inclusive.
Autre exemple concret : la gestion des pandémies et du climat. Pendant la crise de la Covid 19, l'Afrique a reçu moins de trois pour cent des doses de vaccins produites mondialement durant les premiers mois. Sur le climat, le continent qui émet moins de quatre pour cent des gaz à effet de serre est celui qui subit le plus durement les inondations, les sécheresses et la désertification. Le principe d'une responsabilité commune mais différenciée, au cœur de l'initiative chinoise, rejoint la position défendue par l'Union africaine.
Le Bénin, laboratoire d'une nouvelle approche
Depuis quelques années, le Bénin a fait le choix d'une gouvernance axée sur les résultats et l'attractivité. Pour financer son Programme d'action du gouvernement, Cotonou a besoin d'un accès stable aux marchés de capitaux et d'une coopération qui ne se résume pas à de l'aide. Dans cette perspective, la coopération avec la Chine dans le cadre de l'Initiative pour la Gouvernance mondiale offre une alternative. La modernisation du port de Cotonou, la Route des pêches, la zone économique spéciale de Glo Djigbé ou encore les infrastructures numériques sont financées selon une logique de co-développement d'infrastructures plutôt que de conditionnalités politiques. Le Bénin y voit une application du principe de respect mutuel prôné par l'initiative.
Mais l'enjeu dépasse le bilatéral. En tant que membre actif de la Cedeao et de l'Union africaine, le Bénin porte la voix d'une Afrique qui veut peser sur la réforme de la gouvernance mondiale. Lors du dernier sommet Chine-Afrique à Pékin, la délégation béninoise a insisté sur la nécessité de transformer les promesses de soutien à l'industrialisation en transferts de technologie réels. C'est tout le défi de l'initiative : passer du discours sur l'équité à des mécanismes contraignants.
Entre opportunité et vigilance
L'Initiative pour la Gouvernance mondiale n'est donc pas une simple offre chinoise. Elle est un miroir tendu aux aspirations africaines. Elle offre au continent une tribune pour exiger une réforme du Conseil de sécurité, une meilleure représentation dans les institutions financières et un commerce mondial plus équitable.
Toutefois, l'Afrique doit y entrer non comme un bénéficiaire passif, mais comme un acteur stratégique. L'enjeu n'est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais d'utiliser toutes les initiatives disponibles pour faire avancer l'agenda 2063 de l'Union africaine. Cela suppose une coordination africaine forte, une exigence de transparence sur les contrats et une capacité à dire non quand les intérêts ne sont pas alignés. Pour le Bénin comme pour le reste du continent, la question n'est plus de savoir si la gouvernance mondiale doit changer. Elle est de savoir quel rôle l'Afrique jouera dans sa réécriture.
Pour le Bénin comme pour le reste du continent, la question n'est plus de savoir si la gouvernance mondiale doit changer ; mais plutôt quel rôle l'Afrique jouera dans sa réécriture