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Léon XIV en France : Un million de fidèles dans la rue, une ferveur inédite et un message de vérité

International

Quatre jours memorables ! Du 25 au 28 septembre 2026, le Pape Léon XIV a effectué sa première visite apostolique en France, la première visite officielle d'un souverain pontife à Paris depuis Benoît XVI en 2008. Un parcours de Paris, Saint-Denis à Lourdes puis à Metz, qui a réuni plus d'un million de personnes sur l'ensemble, sans le moindre incident majeur. Un record de rassemblement pacifique qui dit beaucoup de l'état d'une nation et de la vitalité persistante de la foi catholique. Mais au-delà de l'effervescence, le langage de vérité du pontife aura marqué les esprits.

Par   Anselme Pascal AGUEHOUNDE, le 27 sept. 2026 à 17h56 Durée 3 min.
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Léon XIV est arrivé à Orly à 10 heures, vendredi matin, accueilli par le président Emmanuel Macron et son épouse. A cet instant, toutes les cloches des églises de France ont sonné pendant sept minutes. Le symbole était voulu. La France, fille aînée de l'Église, accueillait le premier pape américain de l'histoire, mais qui n'oublie pas ses origines familiales normandes et béarnaises, comme il l'a rappelé lui-même.

La première étape était le Palais de l'Élysée. Dans la salle des fêtes, devant cinq cents personnalités parmi lesquelles l'ancien président Nicolas Sarkozy, les anciens premiers ministres Gabriel Attal, Jean-Pierre Raffarin et Michel Barnier, le premier ministre Sébastien Lecornu et de nombreux cardinaux, Emmanuel Macron a prononcé un discours d'accueil très personnel.

Le chef de l'État a parlé d'un grand honneur et d'une grande joie pour la République. Reprenant une citation de l'Ecclésiaste, il a déclaré : "C'est pour la République française un grand honneur et aussi une grande joie que de vous accueillir aujourd'hui sur notre sol. Confrontés souvent au spectacle des misères du monde, beaucoup de nos compatriotes ressentent, avec votre visite en France, une espérance. Oui, comme il est dit dans l'Ecclésiaste, il ne faut pas s'attrister comme ceux qui n'ont pas d'espérance". Emmanuel Macron a insisté sur le lien singulier entre la France et l'Église catholique et a défini sa vision de la laïcité. Il a martelé que "la laïcité française n'est nullement la négation de la religion" et que "la République se fait un devoir de permettre à chacune et à chacun, en conscience, de penser et d'exprimer son point de vue dans toutes les sphères de son existence, de croire ou de ne pas croire".

Dans sa réponse, prononcée dans un français impeccable, Léon XIV a développé une réflexion sur ce qu'il a appelé la juste laïcité. "La juste laïcité ne consiste pas à exclure la religion de l'espace public", a-t-il déclaré. "Cette véritable laïcité n'exclut pas la dimension religieuse mais sait au contraire en tirer parti comme d'une ressource éducative". Il en a tiré une conséquence directe pour l'enseignement : "C'est pourquoi l'école catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d'un pays comme la France".

Le pape s'est montré offensif sur les sujets de société. Deux mois après l'adoption définitive par le Parlement français de la loi créant un droit à l'aide à mourir, il s'est dit "préoccupé par ces tendances de la société qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives, promouvant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes ou l'offre de mort programmée". Sur l'intelligence artificielle, il a lancé une formule qui a marqué les esprits, empruntée à l'écrivain Georges Bernanos : "Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du paradis des machines qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique".


De l'Unesco à Notre-Dame, la question humaine préoccupe

A 15 heures, le même jour, Léon XIV est devenu le deuxième pape à se rendre au siège de l'Unesco, après Jean-Paul II en 1980. Devant les représentants des États membres, il a posé la question qui a structuré tout son discours : "Que signifie être humain ?" Le pontife a alerté sur les risques de déshumanisation liés aux conflits, aux inégalités et aux nouvelles technologies. Il a rappelé que "la paix ne peut se construire par les seuls traités, ni par des compromis entre des forces opposées" et que "la paix est authentique lorsqu'elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d'un simple contrat". Évoquant l'intelligence artificielle, il a insisté : "Nos efforts dans ce domaine doivent veiller à ce que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, plutôt que de devenir un instrument de plus de domination et d'injustice". Il a appelé à une vigilance particulière pour les jeunes : "En cette ère numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais être une opportunité d'exploitation. Préservons leur liberté de penser et de discernement. Les êtres humains ne peuvent vivre sans sens. Le sens est l'oxygène de l'esprit".

La journée s'est poursuivie par un bain de foule dans le centre de Paris, où près de 300 000 personnes s'étaient massées, puis par les vêpres à Notre-Dame de Paris, restaurée après l'incendie de 2019. Léon XIV est le premier pape à y entrer depuis le sinistre. Devant 8 000 fidèles, il a déclaré : "C'est pour moi une joie d'en avoir franchi le seuil", saluant la splendeur du résultat de la restauration.

Le soir, le Stade de France a offert l'image la plus forte de cette première journée. 80 000 jeunes de 17 à 35 ans, venus de tous les diocèses, ont rempli l'enceinte pour une veillée de prière, entre chants et témoignages de catéchumènes, autour du pape. Entre les prestations de la jeune chanteuse Monroe qui a interprété Regarde et l'Ave Maria de Cacini, Natasha St-Pier et Grégory Turpin qui ont exécuté ensemble un morceau spécialement composé pour l'événement, Glorious et ses belles mélodies populaires, Anisha Jo ; le rappeur gospel Tagra..., le pape, du haut de ses 71 ans, a été profondément ému par la vigueur de la jeunesse et son espérance contagieuse. Selon la Conférence des évêques de France, le nombre d'adultes demandant le baptême est passé de 12 400 en 2023 à plus de 21 000 en 2026. Face à eux, Léon XIV a lancé : "Vous êtes les saints de la France... Soyez des missionnaires de l'Évangile dans cette société" et a appelé à "mener le combat pour la foi, un combat qui n'utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l'oppression".


Concorde, Lourdes et Metz : le temps des foules et du recueillement

Le samedi 26 septembre restera comme le point d'orgue populaire. La matinée a commencé à la Maison Bakhita, centre d'accueil pour migrants, où le pape a invité à "voir ceux qui sont invisibles". Puis à l'Institut Catholique de Paris, devant les nouveaux baptisés.

L'après-midi, la place de la Concorde a accueilli une messe géante, avec un autel dressé face aux Champs-Élysées et des écrans géants sur deux kilomètres. Près de 800 000 fidèles se sont massés le long du parcours. Le dispositif était exceptionnel avec 17 000 bénévoles, 15 000 policiers et gendarmes et 2 500 journalistes accrédités. Le budget global de la visite est estimé à 27 millions d'euros hors sécurité, financé par l'Église et les dons des fidèles. Et pourtant, aucun incident, aucune violence. Une foule immense, familiale, métissée, de tous âges, a prié dans un silence impressionnant. C'est ce record de rassemblement pacifique qui a frappé les observateurs, dans une France habituée aux tensions sociales.

Le soir, le pape a rejoint Lourdes. Il s'est recueilli dans le silence à la grotte de Massabielle, puis le dimanche, devant 150 000 fidèles, il a célébré la messe en invitant à prier pour "que cessent les guerres et que la paix s'installe entre les peuples en conflit". A Lourdes également, il s'est recueilli devant l'œuvre L'Enfant qui pleure, symbole des victimes d'abus sexuels dans l'Église, et a rencontré sept victimes en entretiens individuels. Le voyage s'achève ce lundi 28 septembre à Metz, à la cathédrale Saint-Étienne, en hommage à Robert Schuman, père fondateur de l'Europe en voie de béatification. Un choix hautement symbolique pour lier foi et destin européen.

Cette visite a montré trois choses. Socialement, elle a rassemblé bien au-delà des seuls pratiquants réguliers, avec une jeunesse en quête de sens très présente. Politiquement, elle a permis un dialogue serein entre la République et le Vatican sur la paix, le multilatéralisme et les ruptures technologiques. Spirituellement, elle a apporté la preuve que la foi catholique, dans une société sécularisée, conserve une capacité d'attraction et une onction qui permettent de rassembler près d'un million de personnes dans la paix.