La Nation Bénin...
Invité à la neuvième conférence
présidentielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève, le
président ivoirien, Alassane Ouattara, a exposé les leviers de la croissance de
son pays et défendu une mondialisation plus inclusive. Son intervention,
organisée en marge du Bilan mondial 2026 de l’Aide pour le commerce, a pris
place dans un contexte marqué par les tensions commerciales et le risque de
fragmentation de l’économie mondiale. Il a plaidé pour un modèle de
développement fondé sur l’investissement productif, la transformation locale
des matières premières et un meilleur accès aux marchés régionaux et
internationaux. L’expérience ivoirienne illustre, selon lui, le potentiel des
réformes économiques, des investissements dans les infrastructures et des
politiques industrielles pour renforcer la place des économies en développement
dans les échanges mondiaux.
La
conférence présidentielle s’est déroulée en marge du Bilan 2026 de l’Aide pour le commerce (2026 Aid for Trade) organisé
au siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève. Cette
rencontre internationale rassemblait des acteurs du commerce et du
développement, notamment des ministres, des dirigeants d’organisations
internationales et des experts, venus examiner les résultats des initiatives en
faveur du développement des échanges, analyser l’évolution des besoins des
économies en développement et renforcer les partenariats destinés à leur
permettre, en particulier aux pays les moins avancés (PMA), de mieux exploiter
leur potentiel commercial.
En
présentant le chef de l’État ivoirien, la directrice générale de l’OMC, la
nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, a rappelé le parcours d’Alassane Ouattara et
souligné la dynamique économique de la Côte d’Ivoire figurant parmi les
économies les plus dynamiques du continent africain au cours de la dernière
décennie.
Le commerce international, levier de transformation économique
Pour
Alassane Ouattara, le commerce international constitue un moteur de croissance,
en ouvrant de nouveaux marchés, en facilitant la diffusion des technologies et
en favorisant l'intégration des entreprises aux chaînes de valeur mondiales.
Encore faut-il que les pays en développement puissent en tirer pleinement
profit. « Une économie qui exporte principalement des matières premières
brutes, tout en important des produits manufacturés à forte valeur ajoutée,
risque de rester dans une situation de dépendance », a-t-il souligné.
Il
a ajouté qu’afin de sortir de cette logique il faut renforcer les capacités de
production et de transformation locales. L'investissement étranger ne peut
contribuer durablement au développement que s'il favorise la création
d'emplois, le transfert de technologies, l'acquisition de compétences et
l'essor des entreprises nationales.
La transformation locale comme priorité
«
Le véritable défi est de passer d'une économie qui exporte principalement ses
ressources à une économie qui les transforme, développe ses compétences, innove
et crée davantage de valeur sur son territoire », a déclaré Alassane Ouattara. Il
a rappelé qu'entre 2012 et 2025, la Côte d'Ivoire a enregistré une croissance
annuelle moyenne d'environ 7 %, qu'elle entend désormais convertir en
transformation industrielle. Pour la campagne 2024-2025, 41 % du cacao a été
transformé localement, tandis que la part de la noix de cajou transformée sur
place est passée de 2 % en 2012 à 43 % en 2025, avec un objectif de 80 % d'ici
à 2030.
L'investissement privé au cœur du plan 2026-2030
D’après
le Chef de l’Etat ivoirien, cette orientation doit se concrétiser dans le Plan
national de développement (PND) 2026-2030, présenté comme le principal
instrument de coordination des politiques économiques et sectorielles. La Côte
d'Ivoire prévoit que les investissements privés représentent plus de 70 % des
investissements mobilisés dans le cadre de ce programme.
L'agro-industrie,
la modernisation des infrastructures, le renforcement du capital humain, la
promotion de l'investissement privé et l'amélioration de la gouvernance
figurent parmi les priorités. L'objectif est de consolider les capacités
productives du pays tout en faisant de la croissance un levier de réduction de
la pauvreté et des inégalités.
Alassane
Ouattara a également mis en avant les résultats de l'évaluation des politiques et
des institutions nationales de la Banque mondiale pour 2025. Avec une note de 4
sur 6, la Côte d'Ivoire se classe au deuxième rang des pays africains évalués,
derrière le Rwanda, et en première position en Afrique de l'Ouest. Le président
a par ailleurs rappelé la mise en œuvre d'un programme économique et financier
avec le Fonds monétaire international (FMI), comprenant des réformes liées à la
soutenabilité climatique. Ces indicateurs, a-t-il fait valoir, doivent se
traduire par des résultats tangibles : une hausse des investissements
productifs, des entreprises plus compétitives, des transferts de technologie
effectifs et la création d'emplois décents. La qualité du cadre institutionnel
ne constitue donc pas une fin en soi, mais une condition de la transformation
économique.
Une mondialisation à repenser
Au-delà
du cas ivoirien, le chef de l'État a inscrit son propos dans le débat sur la «re-globalisation
», défendue par la DG de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala. Face au risque de
fragmentation des échanges, cette approche vise à repenser la mondialisation
plutôt qu'à y renoncer, en diversifiant les chaînes de valeur et en permettant
à davantage de pays de bénéficier des opportunités offertes par le commerce
international.
Pour
les économies en développement, l'enjeu est de ne plus se limiter à
l'exportation de produits primaires, mais de prendre une place accrue dans la
transformation industrielle, l'innovation et la commercialisation. Cette
évolution suppose des infrastructures adaptées, des compétences techniques, des
financements accessibles et des règles commerciales favorables à une
participation plus large aux échanges mondiaux.
L'intégration
régionale constitue, à cet égard, un levier déterminant, a souligné le
président ivoirien. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)
doit permettre aux entreprises du continent d'accéder à des marchés plus
vastes, de réaliser des économies d'échelle et de développer des chaînes de
valeur régionales. La Côte d'Ivoire entend consolider son rôle de plateforme de
production et de transformation, tout en facilitant l'accès au financement,
notamment pour les PME, et en investissant dans le numérique, la formation
professionnelle et les compétences technologiques.
Alassane
Ouattara a dit que la transition écologique ouvre, elle aussi, de nouvelles
perspectives. La sécurité alimentaire, les énergies renouvelables et
l'adaptation au changement climatique représentent autant de défis que de
possibilités d'investissement et d'innovation, a estimé le président ivoirien.
Dans
un contexte international marqué par les incertitudes, le président a ainsi
plaidé pour une stratégie de diversification et de résilience plutôt que pour
un repli sur soi. Le commerce doit ouvrir les marchés, l'investissement
renforcer les capacités productives et les politiques publiques assurer la
cohérence de l'ensemble. Le président ivoirien a déclaré qu’il fallait faire en
sorte que les bénéfices de cette dynamique soient mieux répartis. Car la
transformation industrielle ne se mesure pas seulement à la progression des
volumes produits ou exportés, mais aussi à sa capacité à accroître les revenus,
à développer les compétences et à améliorer les conditions de vie.
Alassane Ouattara