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Organisation mondiale du commerce : à Genève, Alassane Ouattara défend une mondialisation tournée vers la transformation industrielle

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Alassane Ouattara Alassane Ouattara

Invité à la neuvième conférence présidentielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a exposé les leviers de la croissance de son pays et défendu une mondialisation plus inclusive. Son intervention, organisée en marge du Bilan mondial 2026 de l’Aide pour le commerce, a pris place dans un contexte marqué par les tensions commerciales et le risque de fragmentation de l’économie mondiale. Il a plaidé pour un modèle de développement fondé sur l’investissement productif, la transformation locale des matières premières et un meilleur accès aux marchés régionaux et internationaux. L’expérience ivoirienne illustre, selon lui, le potentiel des réformes économiques, des investissements dans les infrastructures et des politiques industrielles pour renforcer la place des économies en développement dans les échanges mondiaux.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 30 oct. 2026 à 13h08 Durée 5 min.
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La conférence présidentielle s’est déroulée en marge du Bilan 2026 de l’Aide pour le commerce (2026 Aid for Trade) organisé au siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève. Cette rencontre internationale rassemblait des acteurs du commerce et du développement, notamment des ministres, des dirigeants d’organisations internationales et des experts, venus examiner les résultats des initiatives en faveur du développement des échanges, analyser l’évolution des besoins des économies en développement et renforcer les partenariats destinés à leur permettre, en particulier aux pays les moins avancés (PMA), de mieux exploiter leur potentiel commercial.

En présentant le chef de l’État ivoirien, la directrice générale de l’OMC, la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, a rappelé le parcours d’Alassane Ouattara et souligné la dynamique économique de la Côte d’Ivoire figurant parmi les économies les plus dynamiques du continent africain au cours de la dernière décennie.

Le commerce international, levier de transformation économique



Pour Alassane Ouattara, le commerce international constitue un moteur de croissance, en ouvrant de nouveaux marchés, en facilitant la diffusion des technologies et en favorisant l'intégration des entreprises aux chaînes de valeur mondiales. Encore faut-il que les pays en développement puissent en tirer pleinement profit. « Une économie qui exporte principalement des matières premières brutes, tout en important des produits manufacturés à forte valeur ajoutée, risque de rester dans une situation de dépendance », a-t-il souligné.

Il a ajouté qu’afin de sortir de cette logique il faut renforcer les capacités de production et de transformation locales. L'investissement étranger ne peut contribuer durablement au développement que s'il favorise la création d'emplois, le transfert de technologies, l'acquisition de compétences et l'essor des entreprises nationales.

La transformation locale comme priorité



« Le véritable défi est de passer d'une économie qui exporte principalement ses ressources à une économie qui les transforme, développe ses compétences, innove et crée davantage de valeur sur son territoire », a déclaré Alassane Ouattara. Il a rappelé qu'entre 2012 et 2025, la Côte d'Ivoire a enregistré une croissance annuelle moyenne d'environ 7 %, qu'elle entend désormais convertir en transformation industrielle. Pour la campagne 2024-2025, 41 % du cacao a été transformé localement, tandis que la part de la noix de cajou transformée sur place est passée de 2 % en 2012 à 43 % en 2025, avec un objectif de 80 % d'ici à 2030.

L'investissement privé au cœur du plan 2026-2030



D’après le Chef de l’Etat ivoirien, cette orientation doit se concrétiser dans le Plan national de développement (PND) 2026-2030, présenté comme le principal instrument de coordination des politiques économiques et sectorielles. La Côte d'Ivoire prévoit que les investissements privés représentent plus de 70 % des investissements mobilisés dans le cadre de ce programme.

L'agro-industrie, la modernisation des infrastructures, le renforcement du capital humain, la promotion de l'investissement privé et l'amélioration de la gouvernance figurent parmi les priorités. L'objectif est de consolider les capacités productives du pays tout en faisant de la croissance un levier de réduction de la pauvreté et des inégalités.

Alassane Ouattara a également mis en avant les résultats de l'évaluation des politiques et des institutions nationales de la Banque mondiale pour 2025. Avec une note de 4 sur 6, la Côte d'Ivoire se classe au deuxième rang des pays africains évalués, derrière le Rwanda, et en première position en Afrique de l'Ouest. Le président a par ailleurs rappelé la mise en œuvre d'un programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI), comprenant des réformes liées à la soutenabilité climatique. Ces indicateurs, a-t-il fait valoir, doivent se traduire par des résultats tangibles : une hausse des investissements productifs, des entreprises plus compétitives, des transferts de technologie effectifs et la création d'emplois décents. La qualité du cadre institutionnel ne constitue donc pas une fin en soi, mais une condition de la transformation économique.

Une mondialisation à repenser



Au-delà du cas ivoirien, le chef de l'État a inscrit son propos dans le débat sur la «re-globalisation », défendue par la DG de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala. Face au risque de fragmentation des échanges, cette approche vise à repenser la mondialisation plutôt qu'à y renoncer, en diversifiant les chaînes de valeur et en permettant à davantage de pays de bénéficier des opportunités offertes par le commerce international.

Pour les économies en développement, l'enjeu est de ne plus se limiter à l'exportation de produits primaires, mais de prendre une place accrue dans la transformation industrielle, l'innovation et la commercialisation. Cette évolution suppose des infrastructures adaptées, des compétences techniques, des financements accessibles et des règles commerciales favorables à une participation plus large aux échanges mondiaux.

L'intégration régionale constitue, à cet égard, un levier déterminant, a souligné le président ivoirien. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit permettre aux entreprises du continent d'accéder à des marchés plus vastes, de réaliser des économies d'échelle et de développer des chaînes de valeur régionales. La Côte d'Ivoire entend consolider son rôle de plateforme de production et de transformation, tout en facilitant l'accès au financement, notamment pour les PME, et en investissant dans le numérique, la formation professionnelle et les compétences technologiques.

Alassane Ouattara a dit que la transition écologique ouvre, elle aussi, de nouvelles perspectives. La sécurité alimentaire, les énergies renouvelables et l'adaptation au changement climatique représentent autant de défis que de possibilités d'investissement et d'innovation, a estimé le président ivoirien.

Dans un contexte international marqué par les incertitudes, le président a ainsi plaidé pour une stratégie de diversification et de résilience plutôt que pour un repli sur soi. Le commerce doit ouvrir les marchés, l'investissement renforcer les capacités productives et les politiques publiques assurer la cohérence de l'ensemble. Le président ivoirien a déclaré qu’il fallait faire en sorte que les bénéfices de cette dynamique soient mieux répartis. Car la transformation industrielle ne se mesure pas seulement à la progression des volumes produits ou exportés, mais aussi à sa capacité à accroître les revenus, à développer les compétences et à améliorer les conditions de vie.