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République Démocratique du Congo: Catastrophe sanitaire annoncée

International
Doctoresse Adelheid Marschang, responsable principale des urgences de l'Organisation mondiale de la Santé Doctoresse Adelheid Marschang, responsable principale des urgences de l'Organisation mondiale de la Santé

Selon la responsable principale des urgences de l'Organisation mondiale de la Santé (Oms), la République Démocratique du Congo (Rdc) est le pays, au monde, qui a le nombre le plus élevé de personnes dans le besoin d’aide humanitaire, soit 25,4 millions de personnes. La crise humanitaire a atteint des proportions alarmantes surtout depuis l’intensification de la violence à l’est du pays et l’apparition de multiples épidémies. Cependant, malgré la détresse grandissante au fil des années, le financement du plan de Réponse humanitaire, évalué à près de 30 millions de dollars, demeure extrêmement faible (16 %).

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 16 juil. 2024 à 01h20 Durée 3 min.
#République Démocratique du Congo

Lors de sa rencontre avec le corps de presse accrédité auprès des Nations Unies à Genève (Suisse), la Doctoresse Adelheid Marschang, responsable principale des urgences de l'Organisation mondiale de la Santé (Oms) a décrit la situation humanitaire effroyable à laquelle on assiste en République Démocratique du Congo (Rdc). La responsable de l’Oms a expliqué que « depuis des décennies, les conflits dans l'est de la Rdc, riche en minerais, ont déclenché des niveaux alarmants de violence, des déplacements massifs, des maladies généralisées, des violences basées sur le genre et de graves traumatismes mentaux».

Plus de 7,4 millions de personnes ont été déplacées, dont 2,8 millions rien qu'au Nord-Kivu (région orientale). Le nombre de personnes déplacées de force a augmenté depuis que le mouvement séparatiste M23 a lancé une offensive majeure en 2022, provoquant des réponses militaires nationales et régionales qui ont du mal à contenir l'avancée de la milice. Ces déplacements massifs mettent à rude épreuve les systèmes d'eau et d'assainissement, déjà fragiles, et ajoutent une pression insoutenable sur les ressources locales limitées, a averti l'Oms.

Le pays fait également face simultanément à des épidémies de choléra, de rougeole, de méningite, de Mpox (variole du singe) et de peste. Celles-ci ont été exacerbées par les fortes pluies qui ont entraîné la montée des eaux du lac Tanganyika, la crue de rivières et des glissements de terrain sévères. En 2024, plus de 20 000 cas de choléra et près de 60 000 cas de rougeole ont été signalés, bien que les chiffres réels soient probablement plus élevés en raison de la surveillance limitée des maladies. Concernant le Mpox, la Doctoresse Marschang a dit que plus de 11 000 cas, dont 443 décès, ont été signalés cette année, « touchant principalement des enfants ». Le mois dernier, les scientifiques ont tiré la sonnette d'alarme au sujet d'une nouvelle souche dangereuse de Mpox au Sud-Kivu. Ils craignent qu'elle ne se propage dans les camps surpeuplés à l'intérieur et autour de la ville de Goma.

Insécurité

Les conflits armés et les déplacements massifs ont également exacerbé l'insécurité alimentaire. Selon le dernier rapport de l'Ipc sur l'insécurité alimentaire chronique, environ 40 % de la population, soit 40,8 millions de personnes, souffrent de graves pénuries alimentaires. Parmi elles, 15,7 millions font face à une insécurité alimentaire sévère, les exposant à un risque accru de malnutrition et de maladies infectieuses. Sans intervention immédiate, plus d'un million d'enfants pourraient souffrir de malnutrition aiguë.

Malgré ces défis colossaux, l'Oms reste résolument engagée à soutenir la population de la Rdc. Depuis janvier 2024, l'organisation a fourni des services de santé humanitaire à plus de 460 000 personnes, principalement dans les zones touchées par les conflits. De plus, les services de santé primaire intégrés et communautaires pour les populations déplacées et les populations hôtes dans neuf provinces continuent à être soutenus par l’agence onusienne.

Des fournitures médicales sont offertes aux établissements de soins primaires et secondaires pour les traumatismes, les services de santé d'urgence, ainsi que le traitement du choléra et de la rougeole.

Appel à l'action

Le Plan de réponse humanitaire 2024 qui a pour objectif d’aider 8,7 millions de personnes et nécessite 2,6 milliards de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 16 % au 6 mai 2024. En avril dernier, le coordonnateur humanitaire de l’Onu en République démocratique du Congo (Rdc), Bruno Lemarquis, avait déjà constaté avec regret, «sur les 10 dernières années, une tendance de sous-financement de l’action humanitaire en Rdc». De plus, l'accès humanitaire demeure sévèrement restreint en raison de la présence militaire, des obstacles bureaucratiques, et des barrages routiers qui entravent la livraison de l'aide là où elle est le plus nécessaire.

À la suite d’une demande de fermeture de la Mission de Stabilisation de l'Onu en Rdc (Monusco) par le gouvernement, la situation sécuritaire s’est détériorée dans le Sud-Kivu avec le retrait complet des troupes installées dans la région. La Représentante spéciale du Secrétaire général, Bintou Keita, a déclaré au Conseil de sécurité des Nations Unies que l'activité des rebelles du M23 présente un « risque très réel de provoquer un conflit régional plus large ». Selon un groupe d'experts de l'Onu, la milice est soutenue par le Rwanda et est responsable de meurtres illégaux, de viols et d'autres crimes de guerre apparents en Rdc depuis fin 2022.

Catherine Fiankan-Bokonga