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L’épidémie d’Ebola d’une ampleur préoccupante progresse en Afrique centrale, poussant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclencher son plus haut niveau d’alerte sanitaire après la déclaration d’une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). En République démocratique du Congo (RDC), épicentre de la crise, et en Ouganda voisin, les autorités sanitaires font face à une situation évolutive marquée par une transmission encore mal circonscrite.
Selon le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, près de 600 cas suspects ont été recensés, dont 139 décès potentiels, tandis que 51 infections ont été confirmées en RDC et deux en Ouganda, notamment dans la capitale Kampala. « Nous nous attendons à une augmentation des chiffres, compte tenu du temps durant lequel le virus a circulé avant d’être détecté », a-t-il déclaré à Genève, lors d’une conférence de presse organisée en marge de l’Assemblée mondiale de la santé.
L’épidémie est liée à la souche Bundibugyo du virus Ebola, une variante rare identifiée pour la dernière fois en 2007. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible, et les premières doses d’un candidat vaccin prometteur ne devraient pas être accessibles avant six à neuf mois. Dans l’intervalle, les équipes de l’OMS concentrent leurs efforts sur la surveillance, l’identification des cas et la sensibilisation des communautés.
La tâche s’annonce d’autant plus complexe que l’épidémie touche la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, une région fragilisée par des décennies de violences armées. L’insécurité persistante, les déplacements massifs de population, plus de deux millions de personnes déplacées internes selon le Haut-Commissariat des Réfugiés (HCR), et la faiblesse des infrastructures sanitaires entravent la détection précoce des cas et la riposte.
« Dans les zones reculées ou instables, il faut du temps pour identifier les infections », a souligné Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, présent à Genève. Le virus n’a été confirmé qu’après l’acheminement d’échantillons sur plus de 1 700 kilomètres jusqu’à Kinshasa. Les enquêtes épidémiologiques se poursuivent afin de déterminer l’origine exacte de la flambée, qui pourrait avoir débuté plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant son identification.
Sur le plan financier, la riposte reste pour l’heure limitée au regard de l’ampleur de la crise. Environ 3,9 millions de dollars ont été mobilisés à ce stade pour faire face à l’épidémie. Dans ce contexte, les États-Unis ont annoncé un engagement significatif, malgré leur retrait de l’OMS, en promettant de soutenir rapidement la lutte contre Ebola par le financement de jusqu’à 50 cliniques de traitement dans les zones affectées en RDC et en Ouganda. Ces structures, déployées en urgence, doivent permettre d’assurer le dépistage, le triage et l’isolement des patients, tout en établissant des périmètres de confinement autour des foyers de contamination. Washington entend également couvrir les coûts des opérations de première ligne, incluant la fourniture d’équipements de protection, de capacités diagnostiques et de soins essentiels. Ce soutien, qui transitera en grande partie par les mécanismes du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) des Nations unies, vise à accélérer la réponse humanitaire et sanitaire dès les premières phases critiques de l’épidémie, en coordination avec les principaux acteurs internationaux, dont les CDC américains.
Face à la gravité de la situation, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a pris la décision inhabituelle de déclarer une USPPI avant même la réunion du comité d’urgence, invoquant « l’ampleur et la rapidité » de la propagation. Réuni à Genève le 19 mai, ce comité a confirmé la qualification d’urgence internationale tout en écartant, à ce stade, celle de pandémie.
Les experts insistent toutefois sur les modes de transmission du virus, qui s’effectue uniquement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. « Il ne s’agit pas d’une maladie aéroportée », a rappelé en direct d’Afrique du Sud, la professeure Lucille Blumberg, présidente du comité, estimant qu’aucune restriction de voyage n’était justifiée au regard du Règlement sanitaire international.
Sur le terrain, les équipes de l’OMS poursuivent leurs opérations, notamment à Goma, malgré la présence de groupes armés comme le M23. « Nous n’avons jamais quitté la région malgré l’insécurité et nous continuerons à soutenir les populations », a affirmé la Dre Marie Roseline Belizaire, responsable des urgences par intérim à l’OMS Afrique.
Parallèlement, les autorités sanitaires explorent les options thérapeutiques et vaccinales disponibles, tout en envisageant le lancement rapide d’essais cliniques. « Je ne pense pas que cette épidémie sera terminée dans deux mois », avait averti le 19 mai Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, rappelant que certaines flambées passées avaient duré plusieurs années.
L’inquiétude dépasse désormais les frontières régionales. Les États-Unis ont relevé au niveau maximal leurs recommandations de voyage pour la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud, tandis que le Rwanda est placé en vigilance accrue. La propagation internationale, bien que limitée à ce stade, souligne la nécessité d’une mobilisation rapide et coordonnée.
Dans ce contexte, la communauté internationale est appelée à renforcer de toute urgence les moyens humains, financiers et logistiques afin de contenir une épidémie dont l’évolution reste incertaine, mais dont les conséquences pourraient s’avérer durables.
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