La Nation Bénin...
L'atelier scientifique sur la réalité de la médecine endogène s'est achevé sur une note d'espoir, vendredi 17 juillet à la Faculté des sciences de la santé (Fss) de Cotonou. Les organisateurs ont réaffirmé leur volonté de renforcer le dialogue entre médecine traditionnelle et médecine moderne, tout en annonçant un projet de formation universitaire destiné à professionnaliser et valoriser les savoirs thérapeutiques endogènes.
Après deux jours d'échanges, de débats et de partage d'expériences entre chercheurs, médecins, tradipraticiens et étudiants, l'atelier scientifique consacré à la réalité de la médecine endogène a refermé ses portes, vendredi 17 juillet, à la Faculté des sciences de la santé (Fss) de l'Université d'Abomey-Calavi. Réunissant près de 200 participants, les travaux ont porté sur plusieurs thématiques, notamment la complémentarité entre médecine traditionnelle et médecine moderne, les traitements endogènes contre le cancer de la prostate, les molécules anticancéreuses issues des plantes alimentaires locales ou encore la valorisation des savoirs ancestraux dans la recherche scientifique. Au terme de ces assises, un appel unanime à poursuivre les échanges engagés afin de construire des passerelles durables entre les deux systèmes thérapeutiques a été lancé. Basile Dadjito, président des associations nationales des acteurs de la médecine traditionnelle, a salué une initiative qu'il juge porteuse d'espoir pour l'avenir du système sanitaire béninois. Selon lui, ces deux journées ont permis de jeter les bases d'une collaboration longtemps attendue entre les praticiens des deux médecines.
« Si cette initiative est renouvelée, elle permettra à la médecine traditionnelle et à la médecine moderne d'emprunter le pont que le président de l'Autorité de régulation du secteur de la santé est en train de construire. Au final, c'est la population béninoise qui sera la grande gagnante », a-t-il déclaré. Pour le représentant des tradipraticiens, cette collaboration devra désormais se traduire par des mécanismes de référencement entre professionnels de santé, à l'image de ce qui se pratique dans plusieurs pays où les praticiens orientent les patients vers des confrères lorsque leurs compétences atteignent leurs limites. Il a également plaidé pour la pérennisation de ce type de rencontres afin que les jeunes générations puissent s'approprier les savoirs hérités des anciens et éviter leur disparition.
Au terme des travaux, le professeur Josué Avakoudjo, doyen de la Faculté des sciences de la santé, a exprimé sa satisfaction quant à la qualité des échanges, parfois passionnés, qui ont meublé les deux journées. « Il y a eu des débats houleux, mais nous pensons que c'est du dialogue que naît la lumière», a-t-il déclaré, remerciant l'ensemble des communicateurs et des participants pour leur engagement. Au-delà du bilan, le professeur Avakoudjo a dévoilé l'une des principales perspectives à savoir la création à la Fss, d'une filière de formation diplômante consacrée à la médecine traditionnelle. A l’en croire, l'université entend désormais structurer cet enseignement en élaborant un curriculum adapté, tout en s'appuyant sur l'expertise des praticiens reconnus. « Nous avons besoin d'un référent, d'un interlocuteur capable de nous indiquer les personnes ressources qui viendront enseigner ces savoirs à l'université », a-t-il expliqué, estimant indispensable la mise en place d'un cadre de référence regroupant des praticiens validés par les autorités compétentes. Le doyen a rappelé que cette future filière ne se limitera pas à la transmission des connaissances. Elle s'inscrira également dans la mission de recherche de la faculté. Il a cité plusieurs travaux déjà réalisés par les enseignants-chercheurs de la Fss à partir de recettes issues de la pharmacopée béninoise, ayant conduit à la mise au point de savons dermatologiques et d'autres produits thérapeutiques. « Nous ne voulons pas confisquer les savoirs des tradipraticiens. Nous voulons les aider à leur donner un label scientifique», a-t-il insisté. Son ambition est de faire en sorte que les traitements naturels développés au Bénin acquièrent une visibilité internationale et soient identifiés comme des références scientifiques.
Pour concrétiser ce projet, la Faculté des sciences de la santé entend s'appuyer sur des partenariats déjà engagés avec des institutions étrangères, notamment au Japon et en Inde, où l'enseignement universitaire de la médecine traditionnelle est solidement implanté depuis plusieurs siècles. « Ils sont prêts à nous accompagner, mais nous ne pouvons pas avancer sans des enseignants béninois issus de la médecine traditionnelle », a précisé le professeur Avakoudjo, invitant les praticiens à participer prochainement à l'élaboration des programmes de formation. Le président de l'Autorité de régulation du secteur de la santé (Ars), le Dr Lucien Dossou-Gbété, a salué l'engagement des organisateurs et des communicateurs. Revenant sur la genèse de cette initiative, il a rappelé que son ambition, depuis plusieurs années, est de créer des « ponts » entre médecine traditionnelle et médecine moderne afin de favoriser leur intégration progressive au système national de santé. Pour lui, l'organisation de cet atelier démontre que les réticences s'estompent progressivement.
« Nos consciences s'éveillent et nos yeux s'ouvrent. Le chemin est désormais balisé pour faire de la création de ces ponts une réalité», a-t-il affirmé.
L'atelier scientifique sur la réalité de la médecine endogène s'est achevé avec pour ambition de renforcer le dialogue entre médecine traditionnelle et médecine moderne