La Nation Bénin...
Nouvelles
Dormant à la belle étoile, ces zémidjans sont loin de vivre décemment[/caption]
C’est parti pour quelques heures de repos, peut-être encore moins si un client venait à les réveiller. Ceux qui sont encore en éveil guettent la moindre silhouette qui s’avance pour ratisser large. « C’est ce à quoi ressemble notre vie. Ce n’est pas une activité que nous menons à cœur joie. Chaque soir, comme celui-ci, au repos, on sent qu’on a perdu une partie de nous-mêmes et qu’à ce rythme, notre vie se consume à feu doux », confie Marcel Houéton, la trentaine.
Cependant, il n’est pas question pour celui-ci de renoncer au maillot jaune. « A force de penser aux charges qui nous attendent en tant que chef de ménage, on poursuit l’aventure. Tout devient un jeu », martèle-t-il.
Après avoir abandonné les études en 6e, Marcel Houeton s’est lancé dans des aventures au Nigeria, le voisin de l’Est. Malgré tous les risques qu’il prenait en terre étrangère, il n’était point épanoui. C’est ainsi qu’il a trouvé l’échappatoire dans la conduite de taxi-moto, depuis 5 ans. La rentrée est dans quelques jours et, père de deux écoliers, Marcel Houeton travaille à fond. « Je suis tenu de m’efforcer davantage pour donner la chance à mes enfants d’aller à l’école pour qu’ils ne subissent pas mon sort. On ne gagne rien. Parfois, vous n’avez pas de moyens pour vous nourrir, mais dans le même temps, votre enfant a de la fièvre. Dans ce cas, on négocie, avec le centre de santé pour payer par tranches», précise-t-il.
En réalité, par milliers, les conducteurs de taxi-moto ou Zemidjan prennent, jour et nuit, d’assaut les routes de Cotonou et environs. Ils sont originaires en grande majorité du département du Zou, à une centaine de kilomètres de la capitale économique du Bénin. Leur accent renseigne très vite sur leur provenance. Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie, en 2013, l’indice de la pauvreté humaine (Iph) est plus élevé dans les communes de Za-Kpota (52,8 %) et d’Agbangnizoun (50,9 %).
La baisse des rendements agricoles et la paupérisation ambiante poussent fréquemment ces jeunes à l’exode rural. C’est le cas de Séraphin Houadatodé, rencontré au Carrefour Toyota et qui totalise déjà 9 ans dans cette activité. Ce natif de Za-Kpota a dû, dit-il, accepter ainsi son destin et s’efforce de s’y adapter. « Même étant à Cotonou, je n’ai pas abandonné les activités agricoles. Je cherche les moyens par le taxi-moto, puis j’arrive à payer les ouvriers qui sont dans mes exploitations agricoles. Je retourne par moments au village pour m’assurer que tout va bien. Ce n’est pas une activité de paresseux, mais pour celui qui veut garder sa dignité, malgré sa pauvreté», déclare-t-il.
S’investir à fond pour se vider à plat
Les engins ne leur appartiennent pas, pour la plupart. Certains payent mensuellement 40 000 FCfa pendant 15 mois en vue d’en devenir les propriétaires, soit 600 000 FCfa. Mais il n’est pas aisé pour ces maillots jaunes de respecter cet engagement. « Le contrat est rompu si le propriétaire n’est pas compréhensif. Il arrive que vous n’ayez pas les moyens. Si votre femme ou votre enfant a des soucis de santé, la priorité change. On répond d’abord à l’urgence », explique Séraphin Houadatodé.
Ancien directeur général de l’Environnement, Dr Césaire Paul Gnanglè dit avoir été longtemps préoccupé par la situation de ces acteurs, au point de décider de mener récemment une étude sur le sujet. Les travaux révèlent que la quasi-totalité a choisi cette activité du fait du chômage et du manque de soutien. Selon ce chercheur, le bénéfice moyen mensuel d’un Zémidjan propriétaire de la moto qu’il utilise est de 49 000 FCfa à Abomey-Calavi et de 74 350 FCfa à Cotonou.
En revanche, le Zémidjan non-propriétaire de sa moto a un bénéfice moyen mensuel de
6 150 FCfa à Abomey-Calavi et de 17 400 FCfa à Cotonou. La principale réalisation est l’achat de motos et de parcelles. Mais plus de la moitié des zemidjan dit n’avoir pu rien réaliser. «Les revenus sont faibles et ça cause des problèmes dans leurs ménages. Certains perdent même la virilité. Ils prennent des produits comme du Tramadol. Le gouvernement doit y penser parce que ce secteur est délaissé », déplore-t-il.
Bien avant, une thèse de doctorat soutenue en 2017 par Gbetoton Nadège Adèle Djossou a dévoilé la même précarité. « Les revenus issus de l’activité, en moyenne 5 144 FCfa par jour, sont insuffisants pour couvrir les risques y afférents. Cependant, pour ne pas rester au chômage, les individus choisissent de l’exercer en dépit de ces risques», renseigne le document de 164 pages. Compte tenu de cette faiblesse des revenus, les maillots jaunes sont obligés de louer à trois, quatre, voire à dix une même chambre. C’est une promiscuité risquée en période de Covid-19, mais ils disent faire attention. « Chez moi à Akassato, nous sommes huit. Ça nous permet de réduire la charge de la location, même si c’est 15 000 Fcfa. On a d’autres dépenses. J’ai ma petite famille et ma mère. Les frais de scolarité sont là. Il faut assurer la maintenance de la moto. Certains dorment même au bord de la rue tout un mois pour que cette somme serve à payer du maïs pour nourrir la famille », ajoute-t-il.
Accidents, insécurité, défaut d’assurance…
Sans permis de conduire, les Zémidjan sont perçus par les Cotonois comme des dangers ambulants. Aux problèmes de santé déjà fréquents viennent se greffer des risques d’accidents et d’insécurité. Marcel Houéton a déjà manqué plus d’une fois de se faire braquer. « Une semaine après l’achat de cette moto que je conduis, j’ai été braqué à Etoile Rouge. Le client que j’ai pris a sorti une arme artisanale. Un complice l’attendait là. Heureusement, une patrouille de la Police était de passage. Ils ont fui, et la Police au début pensait que j’étais avec eux alors que je suis une victime », témoigne-t-il. S’il dit avoir eu la chance de sa vie, d’autres en revanche se font arracher leurs engins comme de petits pains, y perdant parfois même la vie.
Par conséquent, Dr Césaire Paul Gnanglè propose une réorganisation complète de l’activité. « Les Zem à Cotonou, c’est un corps de métier qu’on ne peut supprimer. On ne peut que les organiser pour régler de nombreux problèmes. On peut mettre en place dans leurs zones d’origine des activités génératrices de revenus. On peut développer des exploitations de néré, de karité, et d’autres cultures à leur profit. Le chef de l’Etat prépare un programme de grandes cultures, c’est une opportunité », pense le chercheur.
L’ancien directeur général de l’Environnement y croit après avoir vu une initiative pareille au Rwanda. « A Kigali, ils ont une mutuelle qui est élue par leurs pairs pour une durée de trois ans, un conseil d’administration qui s’occupe de la gestion issue des cotisations faites par les acteurs. Les activités génératrices de revenus menées sont confiées à un bureau d’études rémunéré par ces derniers. Ils cotisent 150 F rwandais par jour et par individu et cela leur permet de disposer d’un fonds de démarrage qui permet aux banques d’investissement de leur faire des prêts », explique Dr Césaire Paul Gnanglè.
L’assurance est indispensable. Les travaux de Nadège Djossou montrent combien ces acteurs en ont besoin : « L’estimateur de Turnbull nous a permis d’estimer le Consentement à payer (Cap) moyen (Cap) à environ 1 600 F Cfa par mois pour les questions à simple choix dichotomique et à environ 2 000 F Cfa par mois ». Les maillots jaunes, ce sont des dizaines de milliers de citoyens qui espèrent, chaque jour un mieux-vivre. Et dont les vies s’arrêtent froidement, dans le silence.
Société
14 sept. 2021
BOURIANA-DAGUIA-AKADIRI[/caption]
Une combattante de la liberté et de la libération de la femme dans toute la plénitude du mot a tiré sa révérence. Une amazone contemporaine, une militante chevronnée, protectrice des enfants et de la femme s’en est allée. Que pouvons-nous face à l’œuvre de Dieu ? Nous résigner et accepter ce verdict qui attend chacun de nous. Ses bienfaits et surtout les œuvres accomplies selon la position de chaque personne resteront gravés dans nos mémoires qui parfois oublient les bienfaiteurs. Rosine Soglo s’en est allée. La roue de l’histoire tourne. L’essentiel est que son passage sur terre serve d’exemple pour les futures générations. Il faut savoir que seule l’audace pour défendre ses idéaux compte sur terre afin de mériter des hommages dignes du nom. Bonne mère, épouse fidèle très attachée aux valeurs de compassion et d’amour, nous te tirons un grand coup de chapeau. Que Dieu nous comble d’autres Rosine Soglo pour le bonheur du peuple béninois. Rosine, va te reposer en paix, immortel nom gravé dans la mémoire individuelle et collective.
[caption id="attachment_69538" align="alignright" width="288"]
Huguette Bokpè Gnacadja, secrétaire exécutive de l’Institut national de la femme[/caption]
Rosine Soglo est une dame qui valait son pesant d’or. Il lui arrivait d’être dans tous ses états pour la cause des femmes. Nos chemins se sont croisés quelques années avant que son mari devienne président de la République. J’ai été le témoin oculaire du genre de colère quelle pouvait piquer quand elle se retrouvait dans une situation où la femme était l’objet de discrimination, de rabaissement. Lors d’une réunion relative à l’amendement des statuts d’une association, le rédacteur du draft avait commis la maladresse de consacrer un paragraphe aux couches vulnérables à savoir les femmes. Quand elle a entendu ça, elle a piqué une colère royale en réagissant en ces termes: « Qui vous a dit que les femmes faisaient partie des couches vulnérables ? Qu’est-ce que vous appelez couche vulnérable? ». Le rédacteur a dû corriger cela rapidement. J’étais une spectatrice intriguée de la scène. C’est comme si elle avait eu une réaction allergique à la phrase. Je me suis demandé qui était cette dame dont la colère est à fleur de peau sur la question de la vulnérabilité des femmes. C’est comme si elle m’avait contaminée, en semant une graine en moi. C’est ainsi que ma relation avec elle a continué. Ce n’était pas des relations familières, mais chaque rencontre avec elle était particulière en ce sens qu’on partageait nos passions communes pour la défense des droits des femmes.
La deuxième chose qui m’a marquée, c’est que chaque rencontre avec elle était comme un rendez-vous de l’encouragement à travers ces termes : « Allez, ma petite, fonce ! Je t’encourage. Vas-y, c’est bien ». Nous avons eu ce genre de relation pendant des années. C’est en 2018 que nous nous sommes véritablement parlé à l’occasion d’un séminaire parlementaire sur la représentation des femmes au sein du parlement. Une fois de plus, elle était si désabusée que c’était compliqué au sein du parlement d’avoir un débat sur les mesures temporaires spéciales permettant aux femmes à compétence égale de pouvoir bénéficier des mêmes opportunités que les hommes. J’ai appris que quelqu’un écrit un livre sur elle. J’appelle de tous mes vœux la parution de ce chef-d’oeuvre. Que les belles choses qu’elle a faites soient gravées en lettres d’or, ainsi que les belles choses qu’elle a dites dans son langage cru, dans son intégrité à l’état brut, dans ses indignations spectaculaires, mais pleines d’enseignements.
[caption id="attachment_69539" align="alignright" width="345"]
Pauline Hountondji Salanon, professeure de biologie à la retraite[/caption]
Feue Rosine Soglo avait voulu créer un orphelinat au profit des enfants malnutris. A défaut, elle nous a aidées à mettre en place l’association des femmes veuves et démunies en 1994. Son soutien ne nous a pas manqué. Grâce à elle, et à feu Mgr Isidore de Souza, nous avons eu d’autres financements, qui malheureusement ont été détournés. Sans elle, personne ne connaîtra notre association. Plus tard, notre creuset s’est agrandi et est devenu ‘’Union des femmes actives pour le développement (Ufad)’’. Elle existe encore aujourd’hui et accorde de petits crédits aux femmes veuves. Paix à son âme !
Lamadokou Kossi, ministre togolais de la Culture et du Tourisme : « Ses œuvres, ses actions vont au-delà du territoire béninois… »
Nous avons été dépêchés par le président Faure Gnassingbé à la tête d’une délégation pour venir apporter le soutien, la solidarité, la compassion de l’ensemble du peuple togolais à notre distingué et grand neveu, le président Nicéphore Dieudonné Soglo dans cette épreuve.
Le sentiment qui nous anime est le même qu’au départ, celui du regret d’une si grande perte pour le Bénin et l’Afrique, parce que la personnalité de Mme Rosine Soglo est très connue de nous tous, et ses œuvres, ses actions vont au-delà du territoire béninois. J’invite le peuple béninois à la solidarité, à la cohésion nationale.
«C’est un jour inoubliable pour tout le Bénin… »
[caption id="attachment_69540" align="aligncenter" width="300"]
Nazaire Sado, député[/caption]
L’ancienne première dame, l’honorable Rosine Soglo est l’épouse de l’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo qui est de Bohicon et je suis un élu de la 23e circonscription. Je me dois d’être là aujourd’hui, un jour inoubliable pour tout le Bénin. Avec cette dame, j’ai passé 8 ans à l’Assemblée nationale. Elle a été présidente de mon groupe parlementaire pendant 8 ans. Je n’ai pas pu passer signer le livre de condoléances et j’ai donc tenu à venir lui rendre un dernier hommage. J’en suis très content. Et je voudrais demander à notre Dieu de nous donner d’avoir une aussi longue vie que l’honorable Rosine Vieyra Soglo.
« Rosine Vieyra Soglo, c’est la détermination, l’opiniâtreté, l’abnégation et l’engagement »
[caption id="attachment_69542" align="alignleft" width="398"]
Ganiou Soglo, fils de la défunte[/caption]
Ma mère, Rosine Vieyra Soglo, restera dans la mémoire collective comme une œuvre. Ce n’est pas un hasard que ce soit dans mes bras qu’elle a choisi de s’éteindre 25 juillet 2021, il était 15 h 43 min. Elle restera aux yeux de tous une femme de conviction avec un franc-parler, une éthique, une honnêteté, pratiquement sans égal dans le monde politique, aussi loin que mon esprit voyage dans notre passé commun.
Je revois cette femme hors-norme, intrépide et déterminée, ne sacrifiant rien ou presque à ses principes et valeurs. Parfois rude ou blessante, il est vrai, contre la simple vérité aux autres, mais aussi douce et câline au détour d’une phrase, d’un regard ou d’un geste, si espiègle et si plein d’humour. L’humilité, la dignité, le respect de l’autre, la générosité, l’amour du travail et l’excellence. Le caractère sacré de la famille et de l’amitié, tels sont les codes qui ont cimenté ses convictions profondes jusqu’à la fin, dans la maladie et la souffrance.
Quelle fierté, maman, d’être ton fils et entendre les éloges prononcés à ton égard sur toute l’étendue du territoire national et partout dans le monde. J’ai encore vivace à l’esprit cet hommage pour ton courage et bravoure du président Boni Yayi qui, malgré vos divergences politiques, n’a jamais oublié les liens qui vous unissaient : «Elle n’a raté personne et c’est ça qui est intéressant. Même son mari, elle l’a cogné. Elle a cogné le président Kérékou et dans un grand éclat de rire, il finira par dire : Elle m’a cogné, elle m’a cogné’ ». Rosine Vieyra Soglo, c’est la détermination, l’opiniâtreté, l’abnégation et l’engagement. Une amazone s’en est allée. Que dis-je ? Une reine.
Maman, tu es parti en paix avec un léger repas chez toi, comme tu l’avais toujours désiré et exigé, libre et légère comme un dimanche matin. Je te souhaite une traversée paisible dans ta nouvelle odyssée. Quant à moi, maman, je n’aurais pas été là aujourd’hui, si tu n’avais pris la bonne décision pour me faire évacuer à Paris, merci. Ne t’inquiète pas, papa est en de bonnes mains. Comme tu me l’as dit, je veillerai sur lui avec conviction, amour, nul ne lui fera de mal. Je serai à ses côtés, je veillerai sur ton prince.
Actualités
13 sept. 2021