La Nation Bénin...
À l’occasion de la 60ᵉ Journée mondiale des communications sociales (Jmcs 2026), l’Association béninoise des communicateurs et journalistes catholiques a organisé, samedi 16 mai à Cotonou, une rencontre de réflexion consacrée aux enjeux de l’intelligence artificielle dans l’univers des médias. Thème de l’évènement: « préserver les voix et les visages humains ».
Entre promesses technologiques, vigilance éthique et responsabilité pastorale, les participants aux travaux organisés dans le cadre de la Journée mondiale des communications sociales (Jmcs) ont plaidé pour une utilisation raisonnée de l’intelligence artificielle, dans le respect de la dignité humaine et de la vérité. Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et aux mutations profondes qu’elle impose au secteur de la communication, l’Association béninoise des communicateurs et journalistes catholiques a choisi de faire entendre une voix à la fois ouverte au progrès et attachée aux valeurs humaines fondamentales. Réunis dans l’enceinte de la Conférence épiscopale du Bénin à Cotonou, journalistes, communicateurs, responsables religieux et fidèles catholiques ont partagé réflexions et expériences autour des défis que pose l’intelligence artificielle dans les métiers de l’information et de la communication.
Placée sous le signe de la responsabilité et du discernement, cette 60ᵉ édition de la Journée mondiale des communications sociales s’est ouverte par une célébration eucharistique présidée par le Père Anicet Gnanvi. Dans son homélie, le célébrant a rappelé que la parole publique ne saurait être dissociée de la responsabilité morale. «Une parole sans responsabilité devient un bruit », a-t-il déclaré, invitant les professionnels des médias à demeurer des artisans de vérité dans un environnement numérique marqué par la rapidité, la viralité et parfois la manipulation.
Dans la continuité de cette réflexion, le Père Didier Hounkpekpin a procédé à la lecture du message de Mgr Eugène Cyrille Houndékon, évêque du diocèse d’Abomey. Celui-ci a souligné que «Dieu a fait de la personne humaine un être raisonnable et social afin qu’il communique son existence». Selon lui, la communication demeure le socle de toute relation humaine, même à l’ère des technologies intelligentes. Il a insisté sur le fait que l’intelligence artificielle, aussi performante soit-elle, ne peut remplacer ni la conscience humaine ni les valeurs qui fondent la relation entre les hommes. Les participants se sont également appuyés sur les enseignements du pape Léon XIV, qui met en garde contre les dérives possibles d’un usage excessif de l’intelligence artificielle. Le souverain pontife alerte notamment sur les risques d’affaiblissement des capacités cognitives, de perte du sens critique et de déshumanisation progressive des rapports sociaux.
Pour l’Église catholique, l’intelligence artificielle doit demeurer un outil au service de l’homme et non un mécanisme capable d’aliéner sa liberté de penser.
Préserver la vérité et l’identité humaine
Le Père Anicet Gnanvi a insisté sur la mission profonde de la communication chrétienne. «La communication chrétienne ne travaille pas seulement pour être vue. Elle travaille pour faire grandir la vérité », a-t-il affirmé. Il a exhorté journalistes et communicateurs à exercer leur métier avec discernement, professionnalisme et sens élevé de l’éthique, même dans un contexte où les outils numériques bouleversent les pratiques traditionnelles de production et de diffusion de l’information. Le religieux a également attiré l’attention sur les paradoxes des nouvelles technologies. «Les technologies donnent de la voix, mais étouffent parfois la vérité intérieure. Nous sommes connectés à tout, mais déconnectés de l’essentiel », a-t-il déclaré devant une assistance attentive.
L’un des temps forts de la rencontre a été la présentation du message du pape Léon XIV sur l’intelligence artificielle. À travers cette communication, le Saint-Père invite les professionnels des médias à une vigilance accrue face aux usages de l’intelligence artificielle dans le journalisme et la communication institutionnelle. Le texte met particulièrement l’accent sur la nécessité de protéger l’identité humaine dans un contexte où les contenus générés artificiellement deviennent de plus en plus sophistiqués. « Le visage humain est le reflet de l’image de Dieu, et l’homme est créé à l’image de Dieu. La voix humaine également permet d’afficher l’identité d’une personne », a expliqué le père Anicet Gnanvi, insistant sur l’importance de préserver les voix et les visages humains face aux risques de manipulation, de clonage vocal ou de falsification numérique. En présentant le message du pape Léon XIV, il a rappelé que l’Église catholique ne s’oppose pas au progrès technologique, mais appelle plutôt à un usage responsable de ces innovations afin que la technologie ne prenne jamais le pas sur la dignité humaine.
Une formation pour mieux comprendre les enjeux
Au-delà des considérations spirituelles et éthiques, les organisateurs ont voulu donner à cette journée une dimension pratique et pédagogique. L’après-midi a ainsi été consacré à une session de formation en ligne animée depuis le Sénégal par Abraham Amavi, analyste en cybercriminalité et développeur logiciel. Dans une approche interactive et accessible, le formateur a présenté plusieurs outils d’intelligence artificielle déjà utilisés dans le monde des médias. Il a également montré comment reconnaître certaines formes de désinformation générées artificiellement, notamment les contenus truqués, les images manipulées ou encore les informations fabriquées par des systèmes automatisés. Les échanges, nourris par de nombreuses questions des participants, ont permis de mettre en évidence les défis auxquels les professionnels des médias sont désormais confrontés. Il s’agit entre autres de la vérification des sources, la protection de l’image et de la voix, la lutte contre les fausses informations, le respect des droits d’auteur et la préservation de la crédibilité journalistique.
Un engagement renouvelé des professionnels des médias
Pour les organisateurs, préserver les voix et les visages humains revient à défendre le droit à l’image, protéger l’identité des personnes et renforcer les capacités des professionnels à détecter et signaler les contenus artificiellement générés. Cela implique également de replacer la relation humaine au cœur de toute stratégie de communication. La présidente de l’Association béninoise des communicateurs et journalistes catholiques, Olga Kokodé Nounagnon, a reconnu que l’avènement de l’intelligence artificielle constitue une opportunité majeure pour le secteur des médias. Toutefois, elle a invité les professionnels à ne pas perdre de vue les facultés humaines qui demeurent irremplaçables. Entre autres, l’esprit critique, la créativité, le discernement et la capacité d’écoute. La journée s’est achevée dans une ambiance fraternelle ponctuée par une séance de remise d’attestations de participation et de distinctions honorifiques aux aînés des médias ainsi qu’aux différents participants. Un moment symbolique qui a permis de renouveler l’engagement collectif en faveur d’une communication respectueuse de la personne humaine et fidèle aux exigences de vérité. À travers cette célébration de la 60ᵉ Journée mondiale des communications sociales, l’Église catholique béninoise aura ainsi rappelé que, malgré les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, l’humain doit demeurer au centre de toute communication. Pour les participants, cette rencontre apparaît ainsi comme un véritable appel à replacer l’humain, la vérité et la responsabilité au centre des pratiques médiatiques.
Dorcas Mahougnon GANHOU, Salomon N. SRAKO, Juliette KOBA, Silnia KOULO, Wilmine DJAKPO, Gaïus Mahuklo AVOCE, Témitokpè Déborah H. DANSOU, Christian D'ALMEIDA, Thérèse TOSSOU, Maïssath ISSA