La Nation Bénin...
Si le Code du travail et la Constitution béninoise consacrent l’égalité salariale et interdisent toute discrimination fondée sur le genre lors des recrutements, la pratique du terrain reste souvent émaillée de questions intrusives. Retour sur un principe légal fondamental et sur la posture idéale à adopter en entretien.
Imaginez la scène lors d’un entretien d’embauche à Cotonou. Deux candidats au profil identique se présentent. À ma gauche, un jeune homme plein d’assurance. À ma droite, une jeune femme tout aussi qualifiée. Après les questions d’usage sur le parcours et les compétences, le recruteur se penche vers la candidate avec un petit sourire complice : « Et sinon, côté vie privée, comptez-vous vous marier ou avoir des enfants d’ici la fin de l’année ? »
Ce genre de question, posée en toute décontraction sous couvert de bienveillance ou de gestion RH, n’est pas une simple preuve de curiosité professionnelle : c’est un dérapage juridique.
Au Bénin, la loi n° 98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail fixe des règles claires. Son article 4 interdit formellement à tout employeur de prendre en compte le sexe du travailleur pour arrêter ses décisions concernant l’embauche. De plus, l’article 26 nouveau de la Constitution béninoise, telle que modifiée et complétée par la loi n° 2019-40 du 7 novembre 2019, proclame que l’homme et la femme sont égaux en droit. Conditionner une embauche ou une grille salariale à la situation matrimoniale ou aux projets familiaux d’une femme constitue une violation directe de la réglementation.
Même constat concernant la fiche de paie. L’article 208 du Code du travail consacre un principe fondamental : « À travail de valeur égale, le salaire est égal pour tous les travailleurs quels que soient leur origine, leur sexe, leur âge, leur statut et leur confession ». La maternité ou la vie privée ne constitue aucunement un motif légal de décote salariale ou de pénalisation de carrière.
Face à ces dérives, quelle posture adopter ? Pour la candidate, inutile de brandir un article de loi en plein entretien au risque de se voir injustement disqualifiée. La meilleure arme reste la diplomatie ferme. Une formule pratique à retenir face à une question intime : « Je vous rassure, mon organisation personnelle est parfaitement rodée pour me permettre d’être pleinement engagée et opérationnelle sur ce poste. »
Quant aux recruteurs, il est temps de mettre à jour leurs pratiques : évaluer un talent sur sa valeur réelle et son potentiel n’est pas seulement une règle de bon sens managérial, c’est avant tout le respect strict de la loi béninoise.