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Le matelas traditionnel en herbes sèches, un savoir-faire qui résiste au temps

Société

Avant l’apparition des matelas en mousse et des couchages modernes, les matelas rembourrés d’herbes sèches berçaient les nuits de nombreuses générations. Aujourd’hui délaissé dans les villes au profit de modèles plus modernes, ce couchage traditionnel subsiste encore dans certains villages. Entre souvenirs d’enfance, savoir-faire ancestral et possibilités de modernisation, il témoigne d’une page du quotidien béninois.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 26 oct. 2026 à 10h08 Durée 3 min.
#Le matelas traditionnel en herbes sèches

« Aujourd’hui, les gens n’achètent plus beaucoup ces matelas », constate Inoussa Worou, fils d’un ancien fabricant de matelas traditionnels. À Parakou, la baisse de la demande, liée notamment à la popularité des matelas modernes, ne l’incite guère à se lancer dans cette activité. Toutefois, « dans les villages, de nombreuses personnes continuent d’utiliser ce couchage », affirme-t-il.
Son épouse, Sophie, évoque avec nostalgie les habitudes d’autrefois. « C’est sur ce matelas que nous avons élevé nos enfants. Mais les enfants d’aujourd’hui, surtout les filles, n’en veulent plus. Elles aiment ce qui vient des Blancs », affirme-t-elle avec un sourire, soulignant ainsi l’évolution des préférences en matière de couchage.


Un savoir-faire ingénieux
La fabrication repose sur des matières premières disponibles localement : herbes de savane, tiges de mil ou de sorgho, paille de maïs ou de riz. Après avoir été débarrassés de leurs impuretés et soigneusement séchés, les végétaux sont regroupés et tassés pour obtenir l’épaisseur souhaitée. Le rembourrage est ensuite enveloppé dans une natte ou un tissu, puis solidement cousu. Cette technique exige patience et savoir-faire.
Ce procédé permet de valoriser les ressources locales. Le matelas peut également être réparé en renouvelant son rembourrage lorsqu’il perd de son volume. Toutefois, les matières végétales doivent rester sèches et être conservées dans un endroit propre et bien aéré afin de limiter les risques liés à l’humidité, aux moisissures et à la prolifération des insectes.
Un couchage, des souvenirs
Aujourd’hui chef d’entreprise, Madjid Issifou se souvient de ses années d’études à Parakou, en 2017. « Fatigué de dormir sur une natte, j’ai dû me débrouiller pour acheter un matelas traditionnel afin de bénéficier d’un peu plus de confort », raconte-t-il.
Selon lui, de nombreuses personnalités aujourd’hui bien établies ont également utilisé ce type de couchage. « Le matelas d’hier ne détermine pas l’avenir d’une personne, et c’est mon cas », souligne-t-il.
À l’heure où le consommer local gagne du terrain, le Bénin pourrait-il s’appuyer sur sa production cotonnière pour moderniser le matelas traditionnel, créer des emplois et valoriser ce savoir-faire ancestral ?