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Père Eric Ahissou sur le carême chrétien: « Ce n’est pas un temps de deuil, de privation pour privation »

Société
Père Eric Ahissou Père Eric Ahissou

Les fidèles catholiques ont entamé le jeûne chrétien, qui prépare à la fête de Pâques. Père Eric Ahissou, curé de la paroisse Notre de la Visitation située à Gbèdagba dans la ville de Cotonou, explique le sens du temps de carême, ses piliers, et invite à un détachement des biens de ce monde et des plaisirs de la chair, pour une communion véritable avec Dieu.

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 16 févr. 2024 à 02h22 Durée 3 min.
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La Nation : Que retenir du carême en quelques points ?

Père Eric Ahissou : Le mot carême vient du latin quadragesima dies qui veut dire 40e jour avant Pâques. Donc, le carême est une période de 40 jours qui prépare spirituellement le peuple de Dieu à la fête de Pâques, qui constitue le cœur de la foi chrétienne. En termes de référentiel biblique, ça renvoie d’abord aux 40 jours que le Christ a passé en jeûnant dans le désert, et dans l’ancien testament, aux 40 années que le peuple d’Israël a pris pour cheminer de la maison de servitude à la terre de liberté. Le Pape François a envoyé un message de carême dont le titre est évocateur à savoir, à travers le désert du temps de carême, nous sommes guidés vers la liberté. Le temps de carême nous pousse à marcher tout doucement pour aller à la liberté véritable que le Seigneur veut pour tous ses enfants. Il faut se libérer des pesanteurs, du péché, de tout ce qui nous retient loin de Dieu. C’est l’essentiel de ce temps fort. Que chaque chrétien fasse l’effort de se détacher de ce qui est attachant. Or, nous savons que ce qui est attachant, ce sont les biens de ce monde, les plaisirs de la chair etc. 

Quels sont les piliers du carême ?

Pour arriver à ce détachement il y a trois piliers à savoir, la prière, le jeûne et l’aumône. Ces trois piliers ne sont pas à prendre de façon isolée. C’est un tout. C’est-à-dire se détacher d’abord de soi-même, et pour se détacher de soi-même, il faut s’attacher à Dieu par la prière, s’attacher au prochain par l’aumône, et le véritable détachement est de jeûner soit même pour pouvoir y arriver. Il faut que le Seigneur nous aide pendant ces jours-ci, à revenir à lui de tout notre cœur. Vivre le temps de carême, c’est s’appuyer sur ces trois béquilles en s’attachant d’abord à Dieu, au prochain, et en revenant au Seigneur de tout notre cœur. C’est lui qui nous appelle, il va nous fortifier, il va nous guider sur le chemin. 

Qu’est-ce que le carême n’est pas ?

Le carême n’est pas un temps de deuil. Ce n’est pas un temps de privation pour privation. Ce n’est pas un temps difficile, où il faut avoir une mine renfrognée. Le temps de carême est redouté par certaines personnes, qui pensent que c’est un temps de privation pour privation, un temps où il faut souffrir dans sa chair. Au contraire, c’est un temps spirituel fort, un temps de joie, parce que notre véritable joie se retrouve lorsque nous sommes en communion avec le seigneur. Le temps de carême nous ramène à l’essentiel qu’est le seigneur. Et pour mieux vivre cela, il faut que nous quittions ce qui nous distrait dans ce monde. C’est peut-être ça l’effort. Mais, l’objectif, la finalité n’est pas de nous voir tristes. L’essentiel est de revenir au Seigneur qui est la source de notre joie, et d’être heureux de sa joie.

Comment s’organise le temps de carême sur les paroisses ?

Nous essayons au plan spirituel d’être plus réveillé. C’est-à-dire qu’il y a des moments de récollection. Des temps où personnellement ou collectivement, l’on invite les fidèles à prier. Chaque groupe, chaque mouvement a un temps pour voir comment est-ce qu’il est en train de marcher, dans la mission qu’il a reçue au sein de la communauté, et comment faire mieux pour revenir vraiment à l’essentiel qui est Dieu. C’est un temps intense de prière. Il y a plus de prière, d’exhortation, de recommandations vis-à-vis des fidèles, et tout cela compte. Ce n’est pas comme les autres temps. Il y a une pression positive pour que le chrétien puisse se raviser et revenir à l’essentiel. 

Le chemin de croix est l’un des éléments du moment de carême. Pourquoi cette activité ?

Le carême débouche sur Pâques. Or, avant Pâques, il y a la passion. La mort de notre Seigneur Jésus Christ. Donc, il y a la croix. On ne peut pas parler du temps de carême sans voir en filigrane la croix. Ce n’est pas possible. Le chemin de croix est une dévotion qui nous rappelle ce que le Christ a enduré pour notre salut. Il est fortement recommandé-ce n’est pas une obligation-que pendant le carême, que le chemin de croix soit vécu, surtout les vendredis, et les fidèles s’y adonnent à cœur joie. L’objectif est que nous n’oublions jamais ce que le Christ Jésus a vécu pour nous, en souffrant pour nous, que nous communions à sa souffrance, et que cela nous aide vraiment à prendre conscience du prix qu’il a payé pour notre salut, et par voie de conséquence à fuir le péché. 

Quels sont les signes par lesquels le Chrétien peut savoir à la fin, s’il a bien vécu ce temps de carême ?

Ce sont des signes de conversion. C’est-à-dire qu’un chrétien qui a bien vécu le temps de carême, va constater qu’il s’est détaché vraiment de certains penchants mauvais, de certaines pesanteurs. Qu’il s’est peut-être détaché de la colère, de la gourmandise, de la rancune, qu’il a fait un effort pour se réconcilier avec son épouse, son époux, avec ses enfants, ses frères et sœurs, qu’il est allé visiter les pauvres, les malades, qu’il a donné aux pauvres etc. Lorsqu’on a fini le carême et que le vendredi saint, on fait le grand chemin de croix qui est la clôture de cette période avant de passer à la veillée pascale, on doit se sentir spirituellement plus léger. Le chrétien qui se sent plus léger, plus détaché des choses de ce monde, et qui vit une plus grande communion avec Dieu a réussi son carême. 

Un message aux chrétiens

Je leur souhaite un bon cheminement. Je nous exhorte à mettre à profit ce temps. Que ce ne soit pas un carême de plus, mais un carême qui apporte un plus. Que ce soit un temps où essentiellement, chacun dès aujourd’hui fasse son examen de conscience, fasse le point, et puisse voir dans quel état spirituel il est, et commencer avec l’aide de Dieu l’effort qu’il doit faire pour que tout doucement, les jours passant, nous puissions nous sentir de plus en plus légers, et disponibles totalement entre les mains de Dieu.