La Nation Bénin...

Poursuivie pour coups mortels (16e dossier):Nicole Gnonhossou condamnée à cinq ans de travaux forcés, retourne en prison pour un mois (16e dossier)

Société
Par   LANATION, le 30 mars 2015 à 05h58

Elle s’appelle Nicole Gnonhossou, jeune dame au teint bronzé, allure résignée et regard absent. C’est elle, 32 ans aujourd’hui et coiffeuse de son état, qui a comparu devant la Cour d’assises de la cour d’appel de Cotonou, dans le cadre du 16e dossier inscrit au rôle de cette première session de l’année 2015 le jeudi 26 mars dernier. Elle est accusée de coups mortels et est, depuis le 27 mai 2010, en détention préventive. Sa cause est défendue par Me Arthur Ballé devant la cour de céans présidée par Michèle Carrena Adossou. Autour d’elle comme assesseurs, Célestine Bakpé et Joseph Kploca ainsi que les jurés Dotou Désiré Gbèdinhessi, Oladakpô Allabi, Alain Pascal Adjiwanou et Hounsa Joseph Azankpo. Badirou O. Lawani est l’avocat général et Me Angéline Tossa Soarez le greffier de service.

C’est encore un drame familial qui est au cœur de l’affaire soumise à la cour. Les faits se sont déroulés à Malanhoui en 2010, commune d’Adjarra.
En effet, renseigne la cour, dame Elise Avohou, mère d’un enfant né de son union libre avec Ghislain Sindji, vit là avec sa belle-mère Pascaline Azocli. Son concubin vit à Cotonou et a l’habitude de lui envoyer de l’argent par l’entremise de sa mère. Cette dernière s’abstient de le lui remettre ou met du temps à le faire, ce qui entraîne fréquemment la discorde entre elles. C’est ainsi que le lundi 24 mai 2010, pour les mêmes raisons, une bagarre oppose Elise à sa belle-mère. Informée, Nicole Gnonhossou, qui n’habitait plus cette maison, décide de s’y rendre pour en savoir plus et calmer les protagonistes. Elle y passe la nuit. Dans la matinée du mardi 25 mai, alors que dame Pascaline Azocli était allée à l’église, une dispute éclate entre sa fille Nicole et sa bru Elise, dispute qui très tôt dégénère en bagarre puisque la première aurait été piétinée, giflée et finalement blessée à l’aide d’une paire de ciseaux par la seconde. Enervée, Nicole réussit à arracher à Elise la paire de ciseaux et la poignarde en retour. Mortellement atteinte, cette dernière s’écroule et rend aussitôt l’âme.
Nicole Gnonhossou reconnaît les faits de coups mortels mis à sa charge à toutes les étapes de la procédure. L’enquête de moralité lui est favorable. Les conclusions de l’expertise psychologique et psychiatrique révèlent qu’elle était en possession de toutes ses facultés mentales au moment des faits.

Un accident !

A la barre, Nicole Gnonhossou, coiffée à ras, parle posément, avec assurance et détache bien ses mots. Elle explique que partie assister sa mère malade la veille, et faisant la toilette à son enfant le lendemain matin, elle est prise à partie par la victime qui, sortant de chambre, la piétine sans s’excuser. Réagissant à cette attitude, elle est agressée par la victime. La bagarre éclate. La victime se saisit d’une paire de ciseaux, la poignarde, jette les ciseaux avant de se mettre à courir. Piquée au vif, Nicole ramasse les ciseaux, pourchasse la victime, la rattrape à l’entrée du local qui sert d’habitation et la poignarde à son tour. Ce coup sera fatal à Elise qui s’écroule sur le champ. Celle-ci n’a-t-elle pas souvent eu des prises de bec avec sa belle-mère, la mère de Nicole, à propos d’argent que son mari, frère de Nicole, lui envoie par le truchement de sa mère auprès de qui il l’a laissée ? L’accusée répond qu’il n’en est rien. Que c’est sa mère et elle-même qui prenaient soin de la victime. Quand la cour lui demande combien d’enfants elle a et combien la victime avait, c’est entre deux sanglots qu’elle renseigne qu’elle est mère de trois enfants alors que la victime en avait un en bas âge. Mais pourquoi, elle qui ne vit plus avec sa mère, a cru devoir se rendre chez elle la veille du drame pour y passer la nuit ? En posant cette question, l’avocat général veut percer le mystère de sa présence sur les lieux. Pour s’assurer si c’est vraiment pour assister sa mère malade ou si c’est pour essayer de régler le différend qui l’opposerait à sa bru. Elle assure que c’est bien pour assister sa mère. Et que c’est sur place qu’elle a été informée, par un voisin, que les deux femmes se disputent fréquemment.
Seul témoin appelé à la barre, Pascaline Azocli, mère de l’accusée, confirme la version de celle-ci relativement à sa maladie qui a motivé son déplacement. Et affirme que c’est bien elle qui s’occupe de sa bru, la nourrit. Que cette dernière l’a parfois menacée de la battre et l’a aussi violentée, mais qu’ayant fait venir sa mère, seul parent qu’elle lui connaît, elles ont conclu que c’est son jeune âge qui explique son écart comportemental. Aussi a-t-elle résolu de la considérer comme sa propre fille… Plus tard, survenu l’accident, c’est elle qui, rentrée précipitamment, l’a transportée, en taxi-moto, à l’hôpital. La cour cherche à comprendre si les gendarmes ne sont pas plutôt passés chercher le corps de la victime à la maison. Le témoin promet que non. Sa fille aussi. L’émotion l’étreint et elle va fondre en larmes lorsque la cour lui montre la photographie du corps d’Elise pour qu’elle reconnaisse éventuellement le lieu où elle a été prise. Michèle Carrena Adossou lui demande de se ressaisir…
A l’enquête préliminaire, les parents de la victime, divorcés, ont indiqué ne pas vouloir se constituer parties civiles et n’ont d’ailleurs pas fait le déplacement pour assister au procès. Chacun d’eux demandait que le corps lui soit remis pour être enterré dans sa famille. Le père précisait ne pas connaître le mari de la victime, qui est partie avec sa maman depuis la séparation.

C’est le fait de la colère et de la misère

C’est en embrayant sur les relations souvent tumultueuses entre belle-mère et bru que l’avocat général a démarré ses réquisitions. Badirou O. Lawani soutient que c’est pour venger sa mère que Nicole est intervenue. Il note qu’il est constant au dossier que les coups ont bien été volontairement portés par l’accusée, qu’ils ont occasionné la mort de la victime même si ce n’était pas le résultat recherché par Nicole. L’avocat général relève que l’accusée a bien reconnu tant à l’enquête préliminaire qu’à la barre, avoir porté les coups, en réaction au fait pour la victime de se saisir des ciseaux pour déchirer ses habits avant de la poignarder aux épaules ; pour établir le caractère volontaire de sa réaction. Mais le ton était sans doute provocateur et l’ambiance tendue entre les deux dames, observe-t-il, déplorant au passage que l’accusée n’eut pas préféré aller se plaindre plutôt que de faire usage de cette arme blanche. D’où il déduit que l’intention coupable est bien présente en l’espèce et que le décès d’Elise est bien consécutif aux coups de ciseaux reçus, le rapport d’expertise médicale ayant révélé que le coup a déchiré une partie du cœur, notamment au niveau du ventricule gauche. Toutefois, l’avocat général considère que l’accusée, au regard des circonstances du drame, n’avait pas l’intention d’ôter la vie à la victime. Qu’elle a entrepris de se réconcilier avec sa belle-mère, démarche qui aurait été mal perçue par la victime. Mais il invite la cour à ne pas suivre la défense si elle tentait de plaider la légitime défense, car il est probable que les ciseaux fussent siens, elle coiffeuse, et non à sa mère, et laissés là pour que la victime s’en saisît la première afin de l’agresser. C’est au bénéfice de ces observations que Badirou O. Lawani requiert de la cour qu’elle condamne l’accusée à 15 ans de travaux forcés après l’avoir déclarée coupable des faits de coups mortels.
Arthur Ballé n’est pas de cet avis. Il rappelle qu’il apparaît au dossier des violences qui ont entraîné la mort. Que sa cliente n’a d’ailleurs pas niées. Mais ce dossier met en relief la colère, la misère, le dépit, l’impuissance, fait-il observer. Convaincu que les faits déférés devant la cour méritent sanction, que qui tue en conscience doit être châtié, même si un certain colonel civil Dévi aura longtemps tué impunément au Bénin, en l’espèce, c’est bien de façon involontaire que Nicole a tué. Puis, insistant sur la colère qui se greffe à la misère, Arthur Ballé en déduit que cela ne peut générer que des excès. Puis, il va battre en brèche les informations véhiculées par l’enquête préliminaire faisant état de deux blessures faites par deux coups, en précisant qu’une paire de ciseaux, c’est bien deux lames, donc deux poignards en un. Et insister sur le caractère humain de la réaction, même si la justice ne l’admet pas toujours. Pour exhorter la cour à regarder ce dossier avec le cœur et le raisonnement humain ; non sans déplorer l’attitude des parents de la victime qui l’auront abandonnée à son sort parce que, probablement, ne partageant pas son option de vivre avec son homme. Mais aussi pour insister sur la démarche hautement filiale de Nicole, accourue au chevet de sa mère souffrante et non pour régler des comptes à sa belle-sœur. Et si l’on devrait même considérer que l’accusée n’a pas été effectivement piétinée ou giflée par la victime, il y a au moins la preuve sur son corps, de coups de ciseaux qu’elle a reçus, et l’enquête préliminaire même fait état de ses vêtements ensanglantés. C’est dire, à tout le moins, que dans ce dossier, il y a une excuse de provocation tenant des violences imputables à la victime, de leur gravité, de leur illicéité aussi, la réaction de l’accusée intervenant dans un temps très voisin de cette provocation.
Au total, Me Arthur Ballé appelle la cour à une douce application de la loi, en ne suivant pas l’avocat général dans ses réquisitions. Pour le bien de l’accusé qui, elle-même invitée à se prononcer la dernière, demande la clémence de la cour et étouffe un sanglot. Celle-ci l’a déclarée coupable de coups mortels et condamnée à la peine de cinq ans de travaux forcés. Elle remercie la cour. En détention préventive depuis le 27 mai 2010, elle retourne en prison d’où elle sortira libre dans un mois. Sa maman et elle-même remercient l’avocat…