La Nation Bénin...
Les
pays d’Afrique de l’Ouest veulent disposer de données démographiques plus
fiables, comparables et rapidement exploitables pour mieux orienter leurs
politiques publiques. C’est l’enjeu de l’atelier régional de validation
technique du Guide pratique pour les recensements généraux de la population et
de l’habitat (Rgph), qui réunit à Cotonou, depuis hier 15 septembre, des
experts des Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de
l’Ouest (Cedeao), des institutions régionales et des partenaires techniques et
financiers.
Connaître
précisément sa population pour mieux préparer son avenir. C’est autour de cette
exigence que s’articulent les travaux de l’atelier régional de validation du
guide pratique pour les recensements généraux de la population et de
l’habitation (Rgph) en Afrique de l'ouest. Experts de la thématique,
partenaires et bailleurs s’y penchent depuis mardi 15 septembre à Cotonou. Pour
Félix Fofana Nzue, représentant de la Cedeao, les statistiques constituent bien
plus qu’un ensemble de chiffres. Elles représentent « le langage » permettant
aux Etats de comprendre les réalités de leurs populations, d’anticiper les
défis et d’orienter les politiques publiques. Un Etat ne peut planifier
efficacement son développement sans maîtriser la taille, la structure, la
répartition et les dynamiques de sa population. L’élaboration d’un guide
harmonisé répond donc à une nécessité stratégique pour l’ensemble de l’espace
communautaire. Le document soumis à validation au cours des travaux de Cotonou
est présenté comme l’un des principaux résultats du projet d’harmonisation et
d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Il
ambitionne de fournir un cadre commun pour conduire les différentes étapes d’un
recensement. Félicien Accrombessi, économiste statisticien principal
représentant la Banque mondiale dira que l’objectif est de mettre à la disposition
de la région des données démographiques de qualité, comparables et
effectivement utilisées dans la prise de décision. Une exigence d’autant plus
importante que l’Afrique de l’Ouest connaît une croissance démographique
soutenue, une urbanisation rapide, une mobilité accrue des populations et une
forte proportion de jeunes. Le Rgph constitue, à cet égard, un instrument
central de planification. Il fournit une photographie détaillée de la
population et de ses conditions de vie, alimente les enquêtes statistiques et
les projections démographiques et contribue au suivi des engagements
internationaux, notamment les Objectifs de développement durable et l’Agenda
2063 de l’Union africaine.
Le
défi de la modernisation numérique
Si
les pays ont enregistré des progrès au cours du cycle 2020 des recensements,
plusieurs difficultés persistent. Elles concernent notamment le respect des
calendriers, la couverture des zones difficiles d’accès, les délais de
traitement et de diffusion des résultats, ainsi que la transition vers des
méthodes entièrement numériques. La cartographie numérique, les tablettes de
collecte, le suivi en temps réel des opérations, l’imagerie satellitaire à
haute résolution et l’analyse géospatiale offrent de nouvelles possibilités pour
améliorer la couverture et accélérer la disponibilité des résultats. La Banque
mondiale insiste également sur la nécessité d’investir dans les ressources
humaines, de renforcer la gouvernance statistique, d’assurer un contrôle
rigoureux de la qualité et de garantir un financement prévisible et durable.
Représentant
résident du Système des Nations Unies, Aminatou Sar relève les avancées
réalisées au cours du cycle 2020. Sur les quatorze pays représentés à la
rencontre, douze ont achevé leur dénombrement général pour la période
2015-2024. Onze de ces douze pays l’ont fait dans les délais prévus. Le Bénin,
qui prépare son cinquième Recensement général de la population et de l’habitat,
se trouve ainsi au cœur de cette dynamique régionale. Le Nigeria explore pour
sa part des approches fondées sur la modélisation spatiale à haute résolution,
tandis que la Sierra Leone a déjà engagé le cycle 2030 des recensements. Pour
l’Unfpa, qui accompagne les instituts nationaux de statistique et les
structures chargées des recensements, les prochains défis consistent notamment
à assurer la pérennité du financement, achever la transition numérique,
maintenir les opérations dans les zones affectées par l’insécurité et réduire
les délais entre la collecte, l’analyse et la diffusion des résultats.
Au
nom du ministre de l’Economie et des Finances, Alban Bienvenu Bessan souligne
l’importance accordée par le Bénin aux données statistiques dans la gouvernance
et la planification économique. Depuis 2016, relève-t-il, le pays a engagé des
réformes visant à renforcer son système statistique national et à placer
davantage les données chiffrées au cœur de la décision publique. La tenue de
cet atelier intervient, selon lui, à un moment particulièrement important pour
le Bénin qui poursuit les préparatifs de son cinquième Rgph. « Le recensement
reste la clé de toutes bonnes décisions », insiste-t-il, rappelant qu’aucune
politique publique crédible ni aucun plan de développement ne peut être conçu
sans une connaissance précise des populations et des territoires. L’enjeu est
également financier. Le Rgph est considéré comme l’une des opérations
statistiques et logistiques les plus lourdes et les plus coûteuses qu’un Etat
puisse entreprendre. D’où la nécessité, selon le représentant du ministre, de
rationaliser les coûts.
Structuré
en dix chapitres, le guide soumis à l’examen des experts couvre l’ensemble du
cycle de production censitaire. Il aborde notamment la cartographie numérique,
la collecte, les enquêtes post-censitaires de couverture et la diffusion des
données en libre accès. Les travaux devront également permettre d’intégrer les
innovations technologiques et les approches adaptées aux contextes fragiles,
notamment l’imagerie satellitaire et les outils géospatiaux
Validation du guide pratique pour les recensements généraux de la population et de l’habitation (Rgph) en Afrique de l'ouest