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Recensements généraux de la population et de l’habitat: L’Afrique de l’Ouest veut harmoniser ses méthodes

Société
Validation du guide pratique pour les recensements généraux de  la population et de l’habitation (Rgph) en Afrique de l'ouest Validation du guide pratique pour les recensements généraux de la population et de l’habitation (Rgph) en Afrique de l'ouest

Les pays d’Afrique de l’Ouest veulent disposer de données démographiques plus fiables, comparables et rapidement exploitables pour mieux orienter leurs politiques publiques. C’est l’enjeu de l’atelier régional de validation technique du Guide pratique pour les recensements généraux de la population et de l’habitat (Rgph), qui réunit à Cotonou, depuis hier 15 septembre, des experts des Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), des institutions régionales et des partenaires techniques et financiers.

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 16 sept. 2026 à 17h12 Durée 3 min.
#Recensements généraux de la population et de l’habitat

Connaître précisément sa population pour mieux préparer son avenir. C’est autour de cette exigence que s’articulent les travaux de l’atelier régional de validation du guide pratique pour les recensements généraux de la population et de l’habitation (Rgph) en Afrique de l'ouest. Experts de la thématique, partenaires et bailleurs s’y penchent depuis mardi 15 septembre à Cotonou. Pour Félix Fofana Nzue, représentant de la Cedeao, les statistiques constituent bien plus qu’un ensemble de chiffres. Elles représentent « le langage » permettant aux Etats de comprendre les réalités de leurs populations, d’anticiper les défis et d’orienter les politiques publiques. Un Etat ne peut planifier efficacement son développement sans maîtriser la taille, la structure, la répartition et les dynamiques de sa population. L’élaboration d’un guide harmonisé répond donc à une nécessité stratégique pour l’ensemble de l’espace communautaire. Le document soumis à validation au cours des travaux de Cotonou est présenté comme l’un des principaux résultats du projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Il ambitionne de fournir un cadre commun pour conduire les différentes étapes d’un recensement. Félicien Accrombessi, économiste statisticien principal représentant la Banque mondiale dira que l’objectif est de mettre à la disposition de la région des données démographiques de qualité, comparables et effectivement utilisées dans la prise de décision. Une exigence d’autant plus importante que l’Afrique de l’Ouest connaît une croissance démographique soutenue, une urbanisation rapide, une mobilité accrue des populations et une forte proportion de jeunes. Le Rgph constitue, à cet égard, un instrument central de planification. Il fournit une photographie détaillée de la population et de ses conditions de vie, alimente les enquêtes statistiques et les projections démographiques et contribue au suivi des engagements internationaux, notamment les Objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le défi de la modernisation numérique


Si les pays ont enregistré des progrès au cours du cycle 2020 des recensements, plusieurs difficultés persistent. Elles concernent notamment le respect des calendriers, la couverture des zones difficiles d’accès, les délais de traitement et de diffusion des résultats, ainsi que la transition vers des méthodes entièrement numériques. La cartographie numérique, les tablettes de collecte, le suivi en temps réel des opérations, l’imagerie satellitaire à haute résolution et l’analyse géospatiale offrent de nouvelles possibilités pour améliorer la couverture et accélérer la disponibilité des résultats. La Banque mondiale insiste également sur la nécessité d’investir dans les ressources humaines, de renforcer la gouvernance statistique, d’assurer un contrôle rigoureux de la qualité et de garantir un financement prévisible et durable.

Représentant résident du Système des Nations Unies, Aminatou Sar relève les avancées réalisées au cours du cycle 2020. Sur les quatorze pays représentés à la rencontre, douze ont achevé leur dénombrement général pour la période 2015-2024. Onze de ces douze pays l’ont fait dans les délais prévus. Le Bénin, qui prépare son cinquième Recensement général de la population et de l’habitat, se trouve ainsi au cœur de cette dynamique régionale. Le Nigeria explore pour sa part des approches fondées sur la modélisation spatiale à haute résolution, tandis que la Sierra Leone a déjà engagé le cycle 2030 des recensements. Pour l’Unfpa, qui accompagne les instituts nationaux de statistique et les structures chargées des recensements, les prochains défis consistent notamment à assurer la pérennité du financement, achever la transition numérique, maintenir les opérations dans les zones affectées par l’insécurité et réduire les délais entre la collecte, l’analyse et la diffusion des résultats.

Au nom du ministre de l’Economie et des Finances, Alban Bienvenu Bessan souligne l’importance accordée par le Bénin aux données statistiques dans la gouvernance et la planification économique. Depuis 2016, relève-t-il, le pays a engagé des réformes visant à renforcer son système statistique national et à placer davantage les données chiffrées au cœur de la décision publique. La tenue de cet atelier intervient, selon lui, à un moment particulièrement important pour le Bénin qui poursuit les préparatifs de son cinquième Rgph. « Le recensement reste la clé de toutes bonnes décisions », insiste-t-il, rappelant qu’aucune politique publique crédible ni aucun plan de développement ne peut être conçu sans une connaissance précise des populations et des territoires. L’enjeu est également financier. Le Rgph est considéré comme l’une des opérations statistiques et logistiques les plus lourdes et les plus coûteuses qu’un Etat puisse entreprendre. D’où la nécessité, selon le représentant du ministre, de rationaliser les coûts.

Structuré en dix chapitres, le guide soumis à l’examen des experts couvre l’ensemble du cycle de production censitaire. Il aborde notamment la cartographie numérique, la collecte, les enquêtes post-censitaires de couverture et la diffusion des données en libre accès. Les travaux devront également permettre d’intégrer les innovations technologiques et les approches adaptées aux contextes fragiles, notamment l’imagerie satellitaire et les outils géospatiaux