La Nation Bénin...
Les violences conjugales demeurent un phénomène préoccupant à l'échelle mondiale. Comment reconnaître un partenaire violent ? Que faire après la première agression physique ? Pourquoi de nombreuses victimes abandonnent-elles leur plainte ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré Sènami Fleur Mekpoe, psychologue clinicienne, experte en violences basées sur le genre (Vbg) et en violences faites aux femmes et aux filles.
La Nation : Peut-on reconnaître un partenaire violent avant qu'il ne passe à l'acte ?
Sènami Fleur Mekpoe : Les premiers signes sont généralement très subtils. Avant d'être physique, la violence est souvent psychologique et verbale. Elle se manifeste par des humiliations répétées, des menaces, des tentatives de rabaisser l'autre, de le culpabiliser, de l'isoler ou encore de contrôler ses faits et gestes. Ces comportements fragilisent progressivement l'estime de soi de la victime et créent un terrain favorable au passage à la violence physique.
Que faut-il faire après la première violence physique ?
Il est essentiel de dire non dès le premier coup. Il ne faut surtout pas rester passif en espérant que la situation s'améliorera d'elle-même. L'auteur des violences interprète souvent le silence comme une forme d'acceptation ou d'impuissance. Au Bénin, plusieurs mécanismes existent. Les familles peuvent être réunies dans un premier temps afin d'engager une médiation et de sensibiliser l'auteur des faits. Lorsque cela est nécessaire, il est important de saisir les institutions compétentes, notamment le poste de police le plus proche, les Guichets uniques de protection sociale (GUPS) ou encore l'Institut National de la Femme. Une réaction rapide peut permettre de prévenir l'escalade de la violence.
Quelles sont les conséquences des violences physiques sur les victimes ?
Les conséquences sont multiples. Sur le plan psychologique, les victimes peuvent souffrir d'une perte d'estime de soi, d'un manque de confiance, de peur, de stress, de honte, de culpabilité, de colère ou encore d'un profond repli sur elles-mêmes. Les violences laissent également des séquelles physiques parfois durables. Il ne faut jamais considérer un coup comme un simple incident. Chaque violence traduit une rupture dans la relation ou une volonté de domination. Dans certains cas, les traumatismes peuvent même avoir des répercussions sur les générations suivantes. Après une agression, l'entourage joue un rôle déterminant. Les proches doivent offrir une écoute bienveillante, sans jugement, afin de permettre à la victime d'exprimer sa souffrance. Lorsque les troubles psychologiques sont importants, un accompagnement par un professionnel de la santé mentale est indispensable. Selon les données publiées par l’Onu, près de 840 millions de femmes, soit environ une femme sur trois, ont subi au cours de leur vie des violences physiques, sexuelles ou psychologiques de la part d'un partenaire intime. Ces chiffres rappellent l'urgence de prévenir ces violences et d'encourager les victimes à réagir dès les premiers signes.
Les femmes qui dénoncent les violences vont-elles généralement jusqu'au bout de la procédure judiciaire ?
Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Les pesanteurs socioculturelles, qui valorisent parfois la soumission de la femme, ainsi que la dépendance économique vis-à-vis du conjoint, conduisent de nombreuses victimes à abandonner leur plainte. Lorsque les procédures aboutissent, elles débouchent souvent sur une séparation du couple. Les victimes, parfois accompagnées de leurs enfants, peuvent être rejetées ou stigmatisées par leur belle-famille. Il est donc nécessaire de déconstruire les représentations sociales qui banalisent ou justifient les violences faites aux femmes.
Quel message adressez-vous aux femmes qui s'apprêtent à fonder un foyer ?
J'encourage les femmes à rechercher leur autonomie sur tous les plans : économique, psychologique et social. Elles doivent être prêtes à dire non dès les premiers signes, même lorsqu'ils semblent anodins, et ne pas hésiter à dénoncer les auteurs ainsi que les personnes qui encouragent ou cautionnent ces violences. J'estime également que les pouvoirs publics devraient renforcer les sanctions contre toutes les personnes qui participent, directement ou indirectement, au maintien de ces violences.