La Nation Bénin...
Hier nous étions encore le quartier latin de l’Afrique en raison de notre longue tradition d’excellence, fournisseur entre autres que nous étions de professeurs et de fonctionnaires pour les autres pays de l’Afrique Occidentale française; puis les esprits éclairés s’en étaient allés. Aujourd’hui nous caracolons en tête des pays les mieux gérés et notre diplomatie fait montre de la sérénité qui force tout à la fois attention et respect. L’un dans l’autre, nous avons un défi à relever et une réputation qu’il nous appartient de maintenir et d’alimenter. Et c’est dans cet esprit que nous ramenons avec plus de détermination que jamais, une idée que nous avions exposée naguère, il y a quatre ans de cela déjà.
Il nous parait légitime que dans l’espace francophone, les locuteurs de la langue que véhicule le dictionnaire français créent de temps à autre des termes qui leur semblent mieux exprimer les réalités qu’ils vivent ou des idées qu’ils en font et qui ne trouvent pas de traduction suffisante dans le lexique existant. Ils les inventent et en font usage de manière empirique certes, mais tant et si bien que, des fois, les académiciens conscients de leur bien-fondé finissent par les intégrer dans le dictionnaire. Le terme essencerie n’y figure-t-il pas à ce titre quand bien même il serait précisé qu’il est en usage au Sénégal ? Il mérite bien sa place dans le dictionnaire français d’autant que le substantif ‘’station’’ dans l’expression station d’essence est un anglicisme. Il faut dire que dans ce cas de figure, il s’est agi du constat de la pratique constante d’un terme arrimé à une réalité concrète par un mot nouveau qui s’est finalement imposé d’autant plus aisément au dictionnaire français qu’elle ramène dans la langue de Molière une réalité qui s’exprimait en langue étrangère. Mais il y a plus et notre préoccupation de l’heure va au-delà.
Les mots que répertorie le dictionnaire correspondent à des matières ou à des idées. Mais force est de constater que les choses évoluent par les temps qui courent et que de nouvelles idées tirant leurs sources de la pratique effective des matières apparaissent sans pouvoir trouver leur répondant dans le lexique existant. Dans cet autre cas de figure, il ne s’agit point d’un mot déjà en usage que le dictionnaire entérine; il s’agit au contraire d’un mot que l’on crée de toutes pièces dans un cadre conceptuel.
quête d’un terme specifique pour la conduite des affaires interieures : implomatie
Tout esprit éclairé de même que celui encore dans les liens de ne pouvoir en cerner la substance a, au cours de son existence, entendu parler de diplomatie. Dans l’esprit commun, celle-ci est étroitement liée aux relations extérieures d’un pays. En effet, la diplomatie est perçue comme l’ensemble des relations entre Etats et la manière de les conduire. Le préfixe ‘’ di’’ marquant la dichotomie, signifie en l’occurrence l’implication de deux entités que sont les Etats, mais aussi d’Etats en lien avec des organisations internationales ; aussi parle-t-on de diplomatie bilatérale et de diplomatie multilatérale. Le but de cette matière, c’est la recherche du maintien des bonnes relations entre les Etats afin que rien de fâcheux ne vienne les perturber, mais aussi de les concilier en cas de divergence de points de vue sur un sujet déterminé et de conflits.
L’on parvient à ces objectifs par la négociation directe entre les Etats concernés, mais aussi par la médiation au cas où les parties en cause ne souhaiteraient pas avoir un contact direct a priori et que leurs positions respectives seraient si tranchées qu’elles nécessiteraient l’entremise d’une tierce personne acceptée des deux parties pour les rapprocher. Le médiateur procède alors à des consultations et fait la navette entre les deux parties jusqu’à ce qu’elles- mêmes parviennent à un compromis sur le sujet qui les oppose en se faisant des concessions mutuelles. Tout cela se passe entre Etats souverains ; aussi le terme diplomatie revêt-il d’office une connotation étrangère. Mais les affaires publiques ne comprennent pas que les affaires extérieures; et nous estimons qu’il convient de trouver également un terme approprié pour désigner la conduite des affaires intérieures. Nous suggérons implomatie qui devrait faire pendant à diplomatie. Notre suggestion repose sur le fait que toutes deux ont en commun la similitude des moyens de leur mise en œuvre.
justification du terme implomatie
Le terme est formé à partir du préfixe ‘’im’’,variante de ‘’in ‘’ exprimant l’idée d’intériorité et il est construit en parallèle avec diplomatie. Par ‘’implomatie’’ nous entendons alors les contacts à l’intérieur d’un pays visant à résoudre les problèmes de gestion des affaires publiques. Et l’on sait que c’est de la manière dont les affaires intérieures sont gérées que dépendent dans une grande mesure la notoriété et l’audience d’un pays sur l’échiquier international. Il y a donc en l’occurrence, un lien de cause à effet entre le national et l’international en matière de gestion des affaires publiques. Dès lors, il ne parait pas logique que l’on désigne par un substantif spécifique la conduite des relations internationales sans le faire pour la conduite des affaires intérieures dont la qualité conditionne l’audience internationale ainsi que nous venons de le mentionner. Cela d’autant que les techniques utilisées sont les mêmes.
similitude des moyens de mise en oeuvre
La conduite des affaires intérieures d’un pays démocratique requiert la négociation et, en cas de difficulté, elle fait recours à la médiation tout comme la diplomatie. A ce sujet, nous devrions nous rappeler que jadis, l’ossature gouvernementale de notre pays comprenait un ministère chargé des relations avec le parlement; le titulaire faisait la navette quand bien même ne porterait-il pas le titre de médiateur. Et, il faut dire que la gestion des affaires du secteur privé requiert elle aussi un médiateur si tant est qu’elle est sujette à des conflits. La preuve en a été administrée par la situation tendue qui prévalut entre les hommes d’affaires et le chef d’Etat en 2015 à l’occasion du débat relatif au partenariat public-privé. La tension était à son comble et il n’existait aucune instance nationale susceptible d’intermédier; notre médiateur n’étant pas compétent en pareille circonstance. Il avait fallu faire venir du Sénégal un médiateur homme d’affaires de son état, pour conduire une mission de bons offices auprès du chef de l’Etat et dégeler la situation.
La conduite des affaires intra-nation requérant ainsi les mêmes techniques que la diplomatie, à savoir la négociation, le dialogue, la médiation et la recherche de solutions acceptables par toutes les parties, il n’y a pas de raison que l’on ne lui confère pas un substantif qui désigne spécifiquement cette gestion interne. L’expression ‘’politique intérieure’’ ne suffit pas à le faire. Alors que cette dernière terminologie fait appel à ce qui se fait à l’interne; ‘’ Implomatie’’ désignerait ensemble ce qui se fait et la manière de le faire tout comme diplomatie. Au total, il est de notre opinion que les langues vivantes devraient évoluer avec les réalités. Lorsqu’une idée ne trouve pas de traduction suffisante dans le lexique existant ou lorsqu’une notion nouvelle apparait, la création d’un néologisme devient légitime et le dictionnaire devrait en tenir compte. Ce disant, nous faisons un clin d’œil à notre Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres que nous saisirons incessamment .. Nous le faisons également aux universitaires et aux chercheurs afin qu’ils partagent avec nous le bien-fondé de notre suggestion et aident à sa propagation?