La Nation Bénin...
En rapprochant l'enregistrement des naissances des maternités, l'Agence nationale d'identification des personnes (Anip) entend mettre fin à l'une des principales causes du faible taux d'enregistrement des enfants au Bénin. Après six mois d'expérimentation dans dix formations sanitaires, le guichet unique d'enregistrement des naissances affiche des résultats jugés satisfaisants, avec un taux d'enregistrement supérieur à 76 %. Dans cet entretien, le directeur général de l'Anip, Aristide Adjinacou, revient sur les acquis de cette phase pilote, les difficultés rencontrées, les mesures correctives mises en œuvre et les ambitions de généralisation de ce dispositif destiné à garantir à chaque enfant une identité légale dès sa naissance.
La Nation : La phase pilote du guichet unique d'enregistrement des naissances a pris fin en février dernier. Quel bilan global faites-vous de cette expérimentation ?
Aristide Adjinacou : La première phase a effectivement pris fin en février, même si nous sommes aujourd'hui engagés dans une nouvelle étape du projet. Concernant cette phase pilote, le bilan est extrêmement positif. Il dépasse même nos attentes. Cette expérimentation démontre qu'il est possible de transformer profondément l'accès à l'état civil en rapprochant le service du citoyen au moment même où l'événement de vie se produit. En six mois, un peu plus de 17 000 naissances ont été déclarées, dont plus de 13 000 ont été effectivement enregistrées dans les dix guichets pilotes, soit un taux d'enregistrement supérieur à 76 %, contre un taux national d'environ 22 % observé en 2025. Au-delà des chiffres, cette expérience valide un principe simple qui indique que lorsque les démarches sont simplifiées et que le service est rapproché des citoyens, les familles adhèrent massivement. Le guichet unique permet non seulement de sécuriser l'identité légale de l'enfant, mais aussi d'améliorer la qualité du Registre national des personnes physiques grâce à une meilleure identification des parents. Cette expérimentation constitue donc une étape importante vers notre ambition qui est de faire en sorte que chaque enfant né au Bénin dispose, dès les premiers jours de sa vie, d'une identité légale reconnue par l'État.
Les résultats font état d'un taux d'enregistrement de 76, 56 %. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui ont favorisé cette progression significative ?
Le principal facteur est la suppression de la rupture qui existait entre la déclaration de naissance et l'enregistrement effectif de l'enfant. Auparavant, les parents devaient accomplir deux démarches distinctes dans deux lieux différents. Après la déclaration effectuée dans la formation sanitaire, ils devaient se rendre dans une unité de l'Anip afin de finaliser l'e nregistrement de leur enfant. Beaucoup ne réalisaient jamais cette seconde démarche. Avec le guichet unique, nous sommes passés à un parcours intégré. La déclaration et l'enregistrement sont réalisés au même endroit, dans le même processus, avant même la sortie de la maternité. Cette simplification explique l'essentiel des résultats obtenus. Elle a été renforcée par l'engagement des agents de santé, la mobilisation des équipes de l'Anip, l'utilisation d'outils numériques ainsi que l'excellente collaboration avec le ministère de la Santé, l'Unicef et le projet financé par la Banque mondiale.
Malgré ces résultats encourageants, quelles sont les difficultés rencontrées par vos collaborateurs sur le terrain ?
Comme toute innovation de cette ampleur, la phase pilote nous a permis d'identifier plusieurs défis opérationnels. Nous avons d'abord connu des ruptures de formulaires de déclaration de naissance, ce qui a occasionné des difficultés dans certaines formations sanitaires. Nous avons également observé des cas de doublons liés à l'utilisation de formulaires portant les mêmes numéros d'identification dans différentes maternités. Cela a créé quelques contraintes opérationnelles. Par ailleurs, certaines difficultés ont été relevées dans l'utilisation des téléphones servant à la déclaration des naissances. Nous avons aussi été confrontés à des situations où les parents ne disposaient pas encore de Numéro personnel d'identification (Npi). Malgré les avancées enregistrées, une partie de la population n'est pas encore enrôlée dans le Registre national des personnes physiques. L'intérêt de cette phase pilote était justement d'observer, d'identifier les problèmes et leurs causes profondes afin d'y apporter des solutions. C'est une démarche qui caractérise l'Anip. Des mesures correctives ont ainsi été rapidement mises en œuvre. De nouveaux formulaires ont été imprimés, les formulaires concernés par les anomalies ont été retirés, une cartographie plus précise des formations sanitaires a été réalisée avec l'appui du ministère de la Santé et de nouveaux terminaux ont été déployés. Nous avons également renforcé le dispositif d'enrôlement des parents et facilité l'utilisation du certificat de la carte "C'est moi" comme pièce justificative lors de l'enregistrement de l'enfant. Ces ajustements ont permis d'améliorer progressivement les performances du dispositif et de consolider le modèle avant sa généralisation.
Après cette phase pilote, quelles sont les prochaines étapes pour l'extension du guichet unique à toutes les formations sanitaires ?
Nous avons pris environ trois à quatre mois de retard sur le calendrier initial. Nous aurions normalement dû être déjà dans une phase de généralisation. Toutefois, nous avons choisi d'adopter une démarche rigoureuse et méthodique. Les enseignements tirés de la phase pilote nous ont conduits à ouvrir une phase de consolidation avant le passage à l'échelle. Nous travaillons actuellement avec le ministère de la Santé à la signature d'une convention qui encadrera le déploiement progressif du dispositif sur l'ensemble du territoire national. La nouvelle phase est déjà en cours dans les dix formations sanitaires concernées, avec une évolution majeure : les agents de santé utilisent désormais de nouveaux terminaux connectés à Internet mis à leur disposition pour les déclarations. Cette étape permettra de valider définitivement le modèle opérationnel avant son extension à l'ensemble des formations sanitaires publiques et privées. Notre ambition n'est pas simplement d'étendre un dispositif. Nous voulons faire de chaque maternité une véritable porte d'entrée vers l'identité légale. À terme, aucun enfant ne devrait quitter une formation sanitaire sans être enregistré et aucun parent ne devrait manquer l'opportunité d'intégrer le Registre national des personnes physiques lorsqu'il n'y figure pas encore.
Comment expliquez-vous la rupture qui existe encore entre la déclaration de naissance et son enregistrement effectif dans le système d'état civil ?
Pendant plusieurs années, le principal défi n'a jamais été la déclaration de naissance. Celle-ci relève de la responsabilité du ministère de la Santé et s'effectuait généralement correctement dans les formations sanitaires. La difficulté apparaissait après cette étape. Une fois rentrés chez eux, les parents étaient confrontés à leurs contraintes quotidiennes. Ils devaient effectuer un déplacement supplémentaire vers une unité de l'Anip, souvent située dans le chef-lieu de commune. L'Anip n'est pas présente dans tous les villages ni dans tous les arrondissements. Ce déplacement représentait donc un coût en temps, en ressources et parfois en opportunités économiques. Beaucoup de parents reportaient cette démarche ou ne l'accomplissaient jamais. C'est cette rupture dans le parcours de service qui explique qu'entre 2021 et 2025, environ 2,5 millions de naissances ont été déclarées, mais moins d'un million seulement ont été effectivement enregistrées. Le guichet unique supprime cette rupture en réunissant la déclaration et l'enregistrement dans un même parcours, au même endroit et au même moment.
Peut-on dire aujourd'hui que le guichet unique constitue une solution durable pour garantir que chaque enfant né au Bénin dispose d'un acte de naissance ?
Oui, les résultats obtenus le démontrent clairement. Le guichet unique constitue une solution durable et structurante pour améliorer la couverture de l'état civil au Bénin. Il répond directement à la principale cause du faible taux d'enregistrement observé jusqu'à présent : l'éloignement du service d'enregistrement par rapport au lieu où se produit la naissance. En intégrant la déclaration et l'enregistrement au sein même des formations sanitaires, nous rapprochons durablement le service du citoyen et sécurisons l'identité juridique de l'enfant dès ses premiers jours de vie. Le succès de cette réforme reposera naturellement sur sa généralisation progressive, la poursuite de l'excellente collaboration avec le ministère de la Santé, le renforcement des capacités des agents de santé et la disponibilité permanente des équipements. À l'Anip, nous analysons nos actions selon quatre dimensions que nous appelons les « 4 M » : les ressources humaines, les machines ou systèmes d'information, les méthodes et procédures, puis le matériel ou les équipements. Lorsque ces quatre composantes sont réunies, nous pouvons garantir la durabilité du service. Notre ambition est que chaque enfant né au Bénin dispose, dès les premiers jours de sa vie, d'un Numéro personnel d'identification et d'un acte de naissance sécurisé. Plus largement, nous voulons faire de la naissance la première porte d'entrée vers l'identité légale, les droits fondamentaux et les services publics tout au long de la vie. Si je devais résumer l'esprit du guichet unique en une formule, je dirais: « Une naissance, un lieu, une démarche, plusieurs droits garantis pour l'enfant et pour ses parents ».
Aristide Adjinacou