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À peine le nouveau-né venu au monde, les formalités d’état civil sont déjà enclenchées. Dans les maternités pilotes du Bénin, les parents ne repartent plus seulement avec leur bébé, mais également avec son acte de naissance. Depuis août 2025, le Guichet unique d’enregistrement des naissances révolutionne la déclaration des naissances en rapprochant les services d’état civil des structures sanitaires. Une organisation inédite, fondée sur la collaboration entre agents de santé et officiers d’état civil, qui garantit à chaque enfant une identité légale dès les premiers instants de sa vie.
« Regardez, c’est l’acte de naissance de mon bébé ! ». Assise sur un banc de la maternité de l’hôpital de zone de Natitingou, Soufiath affiche un sourire difficile à dissimuler. Dans ses bras se trouve un nouveau-né âgé de quelques jours seulement. Dans sa main, un document qu’elle ne s’attendait pas à obtenir aussi rapidement. Il s’agit de l’acte de naissance de son enfant. « Je pensais qu’il fallait encore aller à la mairie, faire plusieurs déplacements et revenir plusieurs fois. Finalement, tout a été fait ici. C’est un grand soulagement », confie-t-elle. À quelques mètres de là, Florent Kouagou attend son tour devant le guichet de l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip). Son épouse a accouché trois jours plus tôt. « Quand je suis arrivé, on m’a expliqué les démarches. J’ai fourni les informations demandées et on m’a indiqué le jour que je vais revenir pour récupérer le Numéro personnel d’identification de l’enfant. Franchement, c’est rapide et bien organisé », témoigne-t-il.
À plus de 80 kilomètres de Natitingou, dans l’enceinte de l’hôpital Ordre de Malte de Djougou, une autre scène attire l’attention. Rayinatou Amidou porte son enfant au dos en attente d’être reçue par les agents de l’Anip pour les formalités requises. Contrairement aux deux premiers parents, elle ne vient pas enregistrer un nouveau-né. Son enfant est né en 2021. Pendant plusieurs années, aucune démarche n’a été engagée.
« Je ne savais pas comment faire. Chez nous, personne ne nous avait vraiment expliqué les procédures. Aujourd’hui, j’ai appris que je pouvais venir ici pour régulariser la situation de mon enfant », explique-t-elle.
Ces témoignages illustrent les deux réalités qui coexistent aujourd’hui autour du guichet unique d’enregistrement des naissances. D’un côté, une réforme qui simplifie considérablement les démarches pour les nouveaux parents. De l’autre, des milliers d’enfants qui restent encore en marge du système, faute d’information ou de documents administratifs.
Innovations majeures
Lancé en août 2025 dans plusieurs formations sanitaires publiques du pays, le guichet unique d’enregistrement des naissances est présenté comme l’une des innovations majeures de la modernisation de l’état civil au Bénin. Son ambition est de permettre aux parents d’effectuer, directement à l’hôpital, toutes les démarches nécessaires pour enregistrer leur enfant et lui garantir une identité légale dès ses premiers jours de vie. Pendant de nombreuses années, l’enregistrement des naissances a constitué un véritable parcours du combattant pour de nombreuses familles béninoises. Après l’accouchement, les parents devaient souvent se rendre dans plusieurs services administratifs avant d’obtenir l’acte de naissance de leur enfant. Les distances à parcourir, les coûts de transport, les délais d’attente et parfois le manque d’information conduisaient certaines familles à abandonner les démarches. La conséquence est que des milliers d’enfants grandissaient sans identité légale. Or, l’acte de naissance constitue le premier document administratif d’un individu. Sans cette pièce, l’accès à certains droits fondamentaux peut devenir compliqué comme l’inscription à l’école, la participation aux examens nationaux, l’établissement de documents d’identité ou encore l’accès à certains services publics. Face à cette situation, l’Anip, avec l’appui du projet Wuri et de l’Unicef, a engagé une réforme visant à rapprocher les services d’état civil des lieux de naissance. Dix formations sanitaires publiques ont ainsi été retenues pour expérimenter le dispositif, parmi lesquelles le Chu-Mel de Cotonou (Ex-maternité Lagune), le Cnhu, le Chu d’Abomey-Calavi, les hôpitaux départementaux du Borgou-Alibori, du Mono, de l’Ouémé, du Zou-Collines, l’hôpital de zone de Natitingou, l’hôpital de zone de Suru-Léré et l’hôpital Ordre de Malte de Djougou.
Comment fonctionne le guichet
Dans les maternités pilotes, les agents travaillent dans un environnement entièrement numérisé. Ordinateurs, plateformes numériques et agents formés à l’enregistrement biométrique font désormais partie du quotidien des structures sanitaires sélectionnées. À première vue, le processus paraît simple. Après l’accouchement, les sages-femmes délivrent une fiche de déclaration de naissance aux parents. Ceux-ci doivent ensuite présenter les documents nécessaires à l’enregistrement de l’enfant. Selon Sylvère Salako Seidou, agent du guichet unique à l’hôpital de zone de Natitingou, les pièces exigées comprennent notamment la fiche de naissance, l’acte de reconnaissance de paternité ou le certificat de mariage ainsi que les documents d’identification des parents. « Une fois les pièces réunies, nous procédons à l’enregistrement de l’enfant dans le système. Après traitement, l’enfant obtient son Numéro personnel d’identification qui permettra ensuite l’établissement de son acte de naissance sécurisé », explique-t-il. À Djougou, Mohamed Gomina décrit un fonctionnement similaire. Selon lui, le délai de traitement varie généralement entre 48 et 72 heures. « Dans certains cas, le Npi peut être disponible très rapidement. Les parents n’ont plus besoin de faire plusieurs allers-retours entre différentes administrations », précise-t-il. Chaque jour, une vingtaine de dossiers sont enregistrés dans certaines structures sanitaires. Les agents de l’Anip assurent à la fois l’enregistrement, la vérification et la mise à jour des données. Sur le terrain, certains décrivent un rythme soutenu. « Nous travaillons avec des outils numériques en permanence. Il faut être précis et rapide pour éviter les erreurs », confie Sylvère Salako Seidou à Natitingou.
Si les agents de l’Anip apparaissent en première ligne dans le processus d’enregistrement, les sage-femmes jouent pourtant un rôle déterminant. À Natitingou, Lucienne Okassé explique que la sensibilisation commence bien avant la naissance. Lors des consultations prénatales, les futures mères sont informées de l’importance de préparer à l’avance les documents administratifs nécessaires. « Nous insistons beaucoup sur la reconnaissance de paternité et sur la nécessité de disposer des documents administratifs requis. Cela permet de gagner du temps après l’accouchement », explique-t-elle. Cette préparation en amont contribue largement au succès du dispositif. Les sage-femmes deviennent ainsi les premières interlocutrices des familles dans le processus d’accès à l’identité légale. Mais leur mission n’est pas toujours facile. Certaines femmes arrivent à la maternité sans aucun document administratif. D’autres ignorent totalement les procédures. « Il faut souvent expliquer plusieurs fois les démarches. Certaines personnes comprennent rapidement, d’autres beaucoup moins», reconnaît la professionnelle de santé.
Une collaboration saluée sur le terrain
L’un des éléments qui revient systématiquement dans les témoignages recueillis est la qualité de la collaboration entre les structures sanitaires et l’Anip. Pour Judicaël Gbaguidi, délégué départemental d’identification des personnes dans l’Atacora, cette coopération constitue l’une des principales raisons du succès du projet. « Nous travaillons constamment avec les responsables des centres de santé. Les échanges sont réguliers et permettent de résoudre rapidement les difficultés rencontrées», affirme-t-il. Cette coordination facilite le suivi des dossiers et réduit considérablement les risques d’erreurs administratives. Dans la Donga, la directrice départementale de l’identification des personnes, Faoussatou Akpo Gandé, partage le même constat. Selon elle, la présence du guichet unique au sein des hôpitaux a profondément changé les habitudes des populations. « Les parents n’ont plus besoin de courir entre plusieurs services. Ils trouvent tout sur place. Cela réduit les dépenses liées aux déplacements et encourage davantage de familles à déclarer leurs enfants », explique-t-elle. Selon elle, les premiers résultats sont visibles. Même si les statistiques détaillées ne sont pas encore disponibles dans toutes les localités, les responsables rencontrés constatent une hausse significative des enregistrements. Dans plusieurs centres, les agents observent une fréquentation soutenue. Les parents viennent non seulement des maternités concernées, mais aussi des centres de santé périphériques qui orientent leurs usagers vers les guichets uniques. Pour les agents de terrain, l’impact est visible. Les longues files d’attente autrefois observées devant certaines administrations se réduisent progressivement. Le temps consacré aux démarches administratives diminue également. Surtout, de plus en plus d’enfants quittent les maternités avec une identité déjà sécurisée.
Une généralisation indispensable
Malgré ces avancées, l’enquête révèle que plusieurs difficultés continuent de freiner l’atteinte des objectifs. La première concerne l’absence de documents administratifs chez certains parents. Selon les agents de l’Anip, il n’est pas rare de recevoir des personnes qui ne possèdent ni acte de naissance ni document d’identification. Dans ces situations, les procédures deviennent plus longues. Il faut parfois engager des démarches judiciaires avant même de pouvoir enregistrer l’enfant.
« Lorsque les parents eux-mêmes n’ont pas d’identité administrative, cela complique forcément le processus », reconnaît Judicaël Gbaguidi, délégué départemental d’identification des personnes dans l’Atacora, qui note que cette réalité touche particulièrement certaines populations rurales. L’autre obstacle majeur reste le manque d’information. Ce constat est partagé par plusieurs acteurs interrogés. Ils affirment que dans certaines localités, les populations ne connaissent pas encore les nouvelles procédures. Les campagnes de sensibilisation se mènent, mais elles peinent parfois à atteindre les villages les plus éloignés. Certaines familles continuent ainsi de considérer l’obtention d’un acte de naissance comme une démarche compliquée, coûteuse ou facultative.
Le fonctionnement du guichet unique repose largement sur les outils numériques. Tablettes, bases de données centralisées et plateformes d’identification constituent les principaux instruments de travail des agents. Selon Judicaël Gbaguidi, les équipements disponibles répondent aux besoins. Toutefois, certains soulignent que la qualité de la connexion internet reste un facteur essentiel pour maintenir la fluidité du système.
Face à ces difficultés, Amour Tchègnon Degnon et Assimi Tairou, tous agents d’enregistrement dans le département de la Donga, proposent plusieurs solutions. La première consiste à renforcer les campagnes de sensibilisation communautaire. Selon eux, il est essentiel d’impliquer davantage les leaders locaux, les relais communautaires et les associations pour diffuser l’information jusque dans les zones les plus reculées. La deuxième solution porte sur la simplification des procédures pour les parents dépourvus de documents. Ils suggèrent la mise en place de mécanismes d’identification simplifiée, encadrés juridiquement, afin d’éviter que des enfants restent sans enregistrement faute de pièces des parents. Une autre proposition concerne le renforcement des ressources humaines et techniques. L’augmentation du nombre d’agents formés et l’amélioration des infrastructures numériques permettraient d’accélérer le traitement des dossiers et de réduire les délais. Enfin, ils recommandent une extension progressive du dispositif à l’ensemble des formations sanitaires du pays. Selon eux, la généralisation du guichet unique est indispensable pour atteindre un taux d’enregistrement universel des naissances.
Au-delà des nouveau-nés
Le Guichet unique d’enregistrement des naissances révolutionne la déclaration des naissances en rapprochant les services d’état civil des structures sanitaires