La Nation Bénin...
Réunis à Cotonou depuis mardi 15 septembre, les représentants des administrations financières de 29 pays membres de l’Association internationale des services du Trésor (Aist) réfléchissent à l’adaptation des finances publiques face à l’urgence climatique. Pendant deux jours, le 17e colloque annuel de l’Aist explore les mécanismes permettant de faire du budget, de la fiscalité et des financements publics de véritables leviers de la transition écologique.
Longtemps cantonnée aux politiques environnementales, la transition écologique s’invite désormais au cœur des finances publiques. Responsables des administrations financières, experts et délégations de plusieurs continents se retrouvent pour confronter leurs expériences et rechercher des solutions permettant d’intégrer davantage les impératifs écologiques dans la gestion publique. La rencontre est placée sous le thème : « Les finances publiques au service de l'impératif environnemental ».
À l’ouverture des travaux, le directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique du Bénin, Oumara Karimou Assouma, a salué la tenue de ces assises, qu’il considère comme une nouvelle étape dans l’évolution des missions des services du Trésor. Selon lui, après deux décennies consacrées à la modernisation des finances publiques, notamment à travers la transformation numérique et l’intelligence artificielle, les administrations financières doivent désormais franchir un nouveau cap. « Il ne s’agit plus seulement de mobiliser, de gérer ou de comptabiliser avec rigueur. Il s’agit en plus de garantir la pérennité du monde après nous », a-t-il souligné. Cette nouvelle orientation doit notamment se traduire par le développement du budget vert, la commande publique responsable, la fiscalité environnementale et une meilleure traçabilité des financements consacrés à la transition écologique.
Pour Catherine Lemesle, secrétaire générale de l’Aist, l’urgence climatique impose aux administrations financières de revoir leurs pratiques. Elle a rappelé que les engagements internationaux, notamment ceux liés aux Objectifs de développement durable et à l’Accord de Paris, ne peuvent devenir réalité que s’ils trouvent une traduction concrète dans les budgets publics, les mécanismes de financement et les systèmes de gestion des États. « Les ambitions environnementales ne deviennent concrètes que lorsqu’elles trouvent leur traduction dans les budgets, les mécanismes de financement et les systèmes d’information de comptabilité publique », a-t-elle relevé. La secrétaire générale de l’Aist a identifié trois principales raisons d’espérer. La première réside dans la prise de conscience collective de l’interdépendance entre soutenabilité environnementale et soutenabilité économique. La deuxième tient aux progrès déjà accomplis par les États dans plusieurs domaines environnementaux. La troisième concerne le rôle stratégique des administrations financières, capables d’orienter les ressources, de mesurer les dépenses favorables à l’environnement et d’en assurer la traçabilité. Les travaux du colloque porteront ainsi sur l’intégration de la dimension environnementale dans le cycle budgétaire, la fiscalité verte et les financements innovants. Les ateliers techniques aborderont également la gouvernance, la traçabilité et le reporting des finances publiques vertes.
Pour une finance publique résiliente
Le représentant du ministre de l’Économie et des Finances, Charles Yehouénou, a invité les participants à aller au-delà des constats pour formuler des propositions concrètes. Il a estimé que les exigences traditionnelles de mobilisation des recettes, de discipline budgétaire, d’exactitude des comptes et de maîtrise des équilibres macroéconomiques demeurent la colonne vertébrale des administrations financières. Toutefois, dans un monde marqué par les dérèglements climatiques, ces exigences doivent désormais être complétées par une évaluation de l’impact économique, humain et environnemental de l’action publique. Dans cette nouvelle approche, il indique que les services du Trésor sont appelés à jouer un rôle déterminant. Il leur revient notamment de garantir la transparence des flux financiers, d’assurer la traçabilité des financements verts et de renforcer la qualité du reporting environnemental. Du marquage budgétaire des dépenses à la commande publique responsable, en passant par l’émission d’obligations durables et la fiscalité écologique, les instruments de la finance publique doivent être mobilisés au service de la transition.
Pour le représentant du ministre, cette orientation s’inscrit dans la vision de développement à long terme Bénin Alafia 2060. Charles Yehouénou a ainsi rappelé la volonté du pays de faire de la finance durable un moteur de sa transformation structurelle, notamment à travers la mobilisation de ressources en faveur des énergies renouvelables, des transports propres, de la préservation de la biodiversité et de la gestion résiliente des ressources. Le représentant du ministre a surtout appelé les participants à faire preuve d’audace dans leurs travaux. Le Bénin, a-t-il insisté, n’attend pas de ces assises un simple constat sur l’ampleur des défis environnementaux, mais une véritable moisson de solutions audacieuses et immédiatement applicables. Il souhaite notamment voir émerger des mécanismes de régulation adaptés, des outils précis de budgétisation et de traçabilité, ainsi que de nouveaux indicateurs permettant de mesurer la performance environnementale de l’action publique. Au-delà des échanges techniques, les participants sont donc appelés à poser les bases d’une nouvelle approche de la gestion publique, dans laquelle rigueur financière et protection de l’environnement ne s’opposent plus, mais se renforcent mutuellement.
Les participants réfléchissent à l’adaptation des finances publiques face à l’urgence climatique