La Nation Bénin...
Le professeur Oswald Padonou a procédé au lancement officiel de son ouvrage “Servir l'État en périphérie des Armées”. A travers cet essai de 218 pages, il livre une réflexion sur le rôle des acteurs civils dans la gouvernance de la défense et de la sécurité.
La réflexion sur la sécurité ne relève pas uniquement des militaires. Elle implique également les universitaires, les chercheurs, les administrateurs, les diplomates et tous ceux qui, souvent loin des projecteurs, contribuent au fonctionnement des institutions publiques. C'est cette conviction que défend le professeur Oswald Padonou dans son nouvel ouvrage Servir l'État en périphérie des Armées, présenté jeudi 23 juillet à Cotonou, en présence d'universitaires, d'officiers supérieurs, de partenaires techniques et d'acteurs du secteur de la sécurité. Publié aux Éditions du Panthéon à Paris, l'ouvrage de 218 pages, préfacé par le professeur Nassirou Bako Arifari et postfacé par le général de corps d'armée Fructueux Gbaguidi, chef d'état-major général des Forces armées béninoises, est présenté comme une réflexion sur les mécanismes de l'État à travers le parcours d'un haut fonctionnaire ayant consacré près de vingt années au service public. L'enseignant-chercheur Aziz Mossi, présentateur de l’ouvrage, a expliqué que l'auteur ne se limite pas à raconter son parcours personnel. Son itinéraire devient le fil conducteur d'une analyse plus large sur la construction de l'État africain, la citoyenneté, la gouvernance publique, la souveraineté et les mutations géopolitiques du continent.
L'ouvrage est structuré en deux grandes parties. La première retrace le parcours de l'auteur, depuis son enfance à Porto-Novo jusqu'à son engagement dans la haute administration, en passant par ses expériences en politique, dans la coopération internationale et au contact des institutions de défense. La seconde, intitulée Inspiration, rassemble des témoignages, des hommages ainsi que des réflexions sur la paix, les relations entre armées et société, la stratégie, le sport, la musique et les figures militaires qui ont privilégié le dialogue plutôt que les conflits. Pour Aziz Mossi, l'un des principaux intérêts de l'ouvrage réside dans le regard porté sur les questions de défense. « L'auteur ne parle pas des armées en tant que militaire, mais en tant que civil évoluant à leur proximité immédiate », a-t-il souligné. Cette posture lui permet, selon lui, d'apporter un regard analytique sur les relations civilo-militaires et de montrer que la sécurité nationale ne dépend pas uniquement des forces armées, mais aussi de la qualité des institutions, de la gouvernance, de la formation des décideurs et de la capacité des États à anticiper les crises. Aziz Mossi a également salué l'originalité d'une autobiographie qui dépasse le simple témoignage personnel pour devenir une réflexion sur les institutions publiques et les défis auxquels font face les États africains. Il estime que l'ouvrage constitue une contribution utile aux recherches sur les relations civilo-militaires, tout en restant accessible grâce à un style fluide et illustré d'expériences concrètes.
Une invitation à valoriser les acteurs de l'ombre
Oswald Padonou a expliqué que son livre repose sur quatre notions essentielles à savoir, le service, l'État, la périphérie et les armées. A l’en croire, le service public doit être perçu comme une vocation et non comme une quête de privilèges. « On attend souvent que chacun soit le premier ou le meilleur. Pourtant, derrière les premiers, il y a tous ceux qui construisent silencieusement les réponses de l'État », a-t-il déclaré. L'auteur insiste ainsi sur le rôle de tous les acteurs qui gravitent autour des institutions publiques : administrateurs, chercheurs, familles de militaires, partenaires internationaux ou encore personnels civils de la défense. Pour lui, ces femmes et ces hommes participent pleinement à la construction de l'action publique. Revenant sur le concept de « périphérie », qui donne son titre à l'ouvrage, Oswald Padonou a précisé qu'il ne fallait pas y voir une position marginale. « Les acteurs périphériques ne sont pas forcément des acteurs à la marge ; ils sont souvent au cœur de l'action », a-t-il affirmé. Selon lui, ce qui apparaît comme la périphérie d'une institution constitue souvent le centre d'une autre, traduisant ainsi l'interdépendance des différents acteurs de l'État.
L'auteur a également assumé la fascination qu'il nourrit depuis son enfance pour les armées. Sans avoir embrassé une carrière militaire, il estime avoir réalisé une partie de son rêve en contribuant à la formation de militaires et de diplomates au cours de sa carrière. Par cet ouvrage, il souhaite surtout rendre hommage à une institution qu'il juge parfois insuffisamment connue du grand public. Pour lui, les armées ne peuvent remplir efficacement leurs missions sans le soutien de la société civile, tout comme la société ne peut durablement assurer sa sécurité sans comprendre le rôle de ses forces de défense.
Cette approche a trouvé un écho favorable auprès des panélistes. La chercheure Jeannine Ella Abatan, de l'Institut d'études de sécurité, a rappelé que les menaces sécuritaires actuelles imposent une réponse globale intégrant les populations et les causes profondes des crises. Le colonel Hervé Samson Hounwanou a, quant à lui, insisté sur les liens étroits entre les institutions militaires et leur environnement social, tandis que le Dr Tobias Ruettershoff, directeur du Programme régional de sécurité de la Fondation Konrad Adenauer, a salué l'expérience de terrain de l'auteur et sa contribution au développement de la coopération internationale dans le domaine de la sécurité.
Le professeur Oswald Padonou présente son ouvrage “Servir l'État en périphérie des Armées”