La Nation Bénin...
Premier producteur de coton en Afrique, le Bénin ne se contente plus d’exporter sa fibre brute. À la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), des usines transforment désormais l’or blanc en vêtements pour des enseignes internationales comme Kiabi, U.S. Polo Assn. ou Gemo. Une prouesse qui attire les regards de par le monde.
Produire ne suffit pas, il faut transformer pour ajouter de la valeur à l’économie nationale. Le Bénin l’a compris et a engagé sa révolution industrielle ces dernières années. Avec un volume de coton dépassant 600 000 tonnes par an, le pays est le premier producteur du continent et le neuvième mondial. Mais depuis quelques années, l’ambition a changé. Fini le temps où la fibre quittait le territoire pour être tissée ailleurs. Désormais, c’est au cœur de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), que le coton brut devient fil, ensuite tissu, puis vêtement. L’effervescence qui règne quotidiennement à la Gdiz ne laisse personne indifférent. Mais au-delà du spectacle impressionnant des chaînes de production, c’est surtout la fierté de voir cette dynamique industrielle s’ancrer au Bénin qui galvanise les équipes et les incite à se surpasser. Ainsi, des centaines de jeunes Béninois sont formés aux métiers du textile, dans un écosystème intégré qui va de la filature à la confection. Le pari est en train de payer. En septembre 2024, la Gdiz procédait à sa première exportation de vêtements « Made in Benin » pour la marque américaine U.S. Polo Assn., avec des volumes estimés à plus d’un million de pièces sur plusieurs années. Quelques mois plus tard, en mai 2025, c’est au tour de la marque française Gemo de rejoindre le club des enseignes internationales ayant choisi le Bénin comme base de production stratégique. Une première expédition de plus de 50 000 pièces a marqué le début d’un partenariat avec un million de pièces fin 2025 et une projection de trois millions pour 2026. «Cette première expédition pour Gemo confirme l’attractivité de la Gdiz comme plateforme industrielle de référence pour les grandes marques mondiales. Nous sommes fiers que des enseignes comme Kiabi, The Children’s Place, US Polo Assn et maintenant Gemo choisissent le Bénin pour produire durablement et compétitivement », s’est réjoui alors Létondji Beheton, directeur général de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie (Sipi-Bénin), en charge de la gestion de la zone industrielle. Un choix qui n’a rien d’anodin. En produisant au Bénin, ces marques font le choix d’une production de proximité qui leur offre un accès direct au marché européen, diminue leur impact environnemental et valorise un coton local parfaitement traçable et certifié.
Le Ghana tend la main au Bénin
Ce rayonnement attire bien au-delà des frontières. Récemment, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé que son pays importerait de la fibre de coton du Bénin afin de relancer Volta Star Textiles Limited, l’usine historique de Juapong, à l’arrêt depuis plusieurs années. Un protocole d’accord est en cours de préparation entre les deux pays. L’objectif est de sécuriser un approvisionnement régulier en matière première pour l’usine ghanéenne, en attendant que la filière cotonnière du Ghana atteigne sa pleine capacité. Le gouvernement ghanéen a d’ores et déjà sélectionné un investisseur stratégique chargé de moderniser Volta Star Textiles Limited, avec l’ambition de créer des emplois, de relancer l’économie locale de Juapong et de renforcer toute la chaîne de valeur textile du Ghana. Cette initiative s’inscrit dans le programme « 24-Hour Economy and Accelerated Export Development Programme » (24H+), la vitrine économique du président Mahama. Ce programme vise à faire tourner l’économie ghanéenne 24 heures sur 24, en stimulant la production, les exportations et l’emploi. Il repose sur l’intégration des chaînes de valeur et l’efficacité des systèmes productifs. Avec un coût estimé à 4 milliards de dollars, dont 300 à 400 millions apportés par l’État en capital d’amorçage, le 24H+ est conçu comme un cadre de transformation structurelle de l’économie ghanéenne.
Pour le Bénin, cette perspective est une nouvelle consécration. Déjà premier producteur de coton d’Afrique, le pays devient désormais un fournisseur stratégique pour un voisin en quête de relance industrielle. Si l’accord se concrétise, il scellera une nouvelle étape dans la coopération économique ouest-africaine. Le coton béninois, autrefois simple matière première exportée en vrac, sera demain la clé de voûte d’une industrie textile régionale en pleine renaissance. Une fierté pour le Bénin, dont l’or blanc brille désormais bien au-delà de ses propres frontières.
Le Bénin a su transformer son coton en levier d’industrialisation, attirant aussi bien les grandes marques internationales que ses voisins ouest-africains