La Nation Bénin...

Revenu et bien-être des ménages au Bénin: Des experts relèvent l’impact positif de la subvention des engrais

Actualités
Source : Calculs des auteurs basés sur les résultats de la simulation. Source : Calculs des auteurs basés sur les résultats de la simulation.

Les effets de la subvention des engrais sur l’agriculture et le bien-être des ménages au Bénin ont fait l’objet d’un travail scientifique. Les résultats font état d’une contribution significative au développement du secteur agricole et par ricochet du tissu socio-économique.

 

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 24 avr. 2024 à 01h23 Durée 3 min.
#subvention des engrais #Bénin

Au Bénin, le développement de l’agriculture est confronté à de multiples contraintes allant des perturbations climatiques à la baisse de la fertilité des sols, en passant par la faible utilisation d'engrais minéraux et des outils et pratiques agricoles inadaptés. Ainsi, soutenir l’approvisionnement en engrais contribue à la sécurité alimentaire et à l’amélioration des moyens de subsistance, selon une note politique rédigée par des experts, dans le cadre du projet “Renforcement des capacités et soutien avancé pour l'analyse des politiques à l'aide de modèles économiques au Bénin, au Kenya et en Namibie”, financé par la Giz. Globalement, ils indiquent que la subvention des engrais augmente la production agricole, améliore le bien-être des ménages et a un effet positif sur les indicateurs macroéconomiques. Une subvention des engrais pour les cultures vivrières a des effets positifs plus importants sur la production vivrière et entraîne des baisses plus fortes des prix des produits vivriers, améliorant ainsi davantage la sécurité alimentaire. En revanche, une subvention aux engrais pour toutes les cultures a des effets positifs plus importants sur le revenu et le bien-être des ménages pauvres, ainsi que des effets plus importants sur les exportations. Pour les experts, afin que les effets positifs d’une subvention des engrais se concrétisent, le système de distribution des engrais et les services de conseils agricoles doivent être efficaces en vue de garantir que les engrais atteignent les agriculteurs ciblés et que ces derniers aient la capacité d'utiliser les engrais de manière efficace.

 Respectueux des engagements

 En effet, la faim augmente dans presque tous les pays africains, avec une prévalence de la sous-alimentation de près de 20 % (Pnud, 2021). La nécessité d'améliorer la productivité agricole est donc réelle. La fertilité des sols et un apport suffisant en nutriments sont des ingrédients importants pour améliorer cette productivité.

Des stratégies ont été donc développées par les producteurs et les institutions de recherche-développement notamment des techniques améliorées de gestion de l'eau et des sols, et les techniques de fertilisation pour améliorer la productivité agricole. Or, notent les experts, dans le système agricole actuel, il est difficile d'augmenter les rendements sans accroître l'utilisation d'engrais, dont l’usage reste inférieur à l'objectif fixé dans la Déclaration de Malabo (juin 2014), c’est-à-dire “appliquer au moins 50 kg/ha d'éléments nutritifs sur les terres arables”. Les dirigeants africains se sont engagés dans cette déclaration à accélérer l'accès des agriculteurs à des engrais abordables et à augmenter le niveau d'utilisation des engrais. Au Bénin, la quantité moyenne d'éléments nutritifs appliquée par hectare était d'environ 45 kg en 2019 (Maep, 2020). Les prix des engrais livrés aux agriculteurs sont restés stables à environ 240 francs Cfa par kg pendant de nombreuses années. Un prix qui a été soutenu par une subvention gouvernementale de 33 % du prix du marché avant 2020. Plusieurs crises en 2008 (inflation mondiale), 2019 (Covid 19), et 2021 (invasion russe en Ukraine) ont conduit le gouvernement à augmenter les dépenses pour les subventions d'engrais.

 Implications politiques

 Selon les experts, relativement aux implications politiques de ces mesures, une subvention des engrais ciblant les cultures vivrières entraîne une forte augmentation de la production vivrière et une forte baisse des prix de ces produits, et par conséquent, une telle politique rendrait les produits vivriers plus accessibles et améliorerait la sécurité alimentaire. Ils indiquent que cela suggère que pour améliorer le niveau de sécurité alimentaire au Bénin, le gouvernement pourrait subventionner des engrais destinés aux cultures vivrières. Le ciblage de toutes les cultures par une subvention aux engrais se traduit par des effets plus importants sur les exportations, mais par des effets plus faibles sur la production vivrière. Cela suggère, selon les experts, que pour assurer des entrées plus importantes de devises étrangères dans le pays, le gouvernement pourrait cibler toutes les cultures. En outre, ce scénario est plus favorable aux effets de la subvention des engrais sur l'agriculture et le bien-être des ménages au Bénin.