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Parlons Géopolitique: Éviter le syndrome hollandais et la malédiction des ressources

Politique

La semaine dernière, nous évoquions quelques-unes des conséquences possibles après la découverte d’une ressource naturelle que le monde convoite. Si cette ressource est mal exploitée, tant les finances que l’économie du pays risquent de souffrir terriblement.

Par   Eric Tévoédjrè, Ph.D.*, le 12 juin 2023 à 03h51 Durée 4 min.

Nous avons aussi brièvement parlé de quatre remèdes nécessaires pour « guérir » du syndrome hollandais. Distinguons maintenant ce syndrome de la maladie des ressources (resource curse, en anglais).

La maladie des ressources

Si le syndrome hollandais peut affecter tous les pays, qu’ils soient démocratiques ou pas, la maladie des ressources est plus connue dans un environnement non démocratique. En effet, dans un pays touché par la maladie des ressources, l’essentiel de la population souffre durablement de l’exploitation de la ressource naturelle et une petite minorité du pays s’enrichit énormément grâce à cette ressource, même si cette dernière se vend parfois à un prix très inférieur au prix du marché. Le Congo est un des meilleurs exemples de cette triste réalité.
Ainsi, selon Ferdinand Malonga et Samir Saul, qui ont écrit «ELF-ERAP et le Congo : les vicissitudes d’un mariage de raison (1968-1978)»1, l’économie du Congo vit presque exclusivement du pétrole. Ces auteurs précisent que l’or noir « constitue 80 % des exportations et 70 % des ressources de l’État...Le pays est dominé par la monoproduction pétrolière, au détriment d’autres grandes ressources minières et agricoles. »
Le plus étrange est que certains dirigeants congolais de l’époque, comme le président Pascal Lissouba, avouent n’avoir jamais su ni la quantité exacte de pétrole que la société ELF pompait chaque jour, ni le prix réel auquel cette société commercialisait cette ressource, ni même quelle était la qualité réelle de ce pétrole. En conséquence de toute cette confusion, ELF réalisait d’extraordinaires bénéfices au Congo. Dans une vidéo librement disponible sur le site YouTube, des responsables de ELF admettent très clairement qu’ils avaient sciemment profité de la naïveté du peuple congolais. En effet, dans les années 1970, la capitale, Brazzaville, ou la ville de Pointe-Noire, centre de la région pétrolifère, ne disposaient même pas d’une « clinique convenable où l’on puisse se faire opérer de l’appendicite, ...malgré les 14 millions de tonnes de pétrole produits chaque année », précise le reportage. Il n’est donc pas étonnant que ELF fut pendant longtemps considérée comme « la plus profitable entreprise française ». Par ailleurs, on sait que l’entourage du président congolais Denis Sassou Nguesso, surtout ses enfants, ont été poursuivis par la justice française « pour des faits présumés de blanchiment et de détournement de fonds publics »2. Denis Sassou Nguesso a été président du Congo de 1979 à 1992 et l’est encore depuis 1997.

Le Botswana : un miracle ?

Un autre pays africain a bien mieux géré une ressource naturelle de grande valeur : le Botswana.
Le Botswana est situé en Afrique australe. Ce qui le distingue du Congo et de plusieurs autres États du continent est, d’une part, qu’il est effectivement démocratique et que, d’autre part, la ressource qui a fait sa richesse, le diamant, est gérée de façon suffisamment transparente pour que l’on ne puisse pas soupçonner les dirigeants de ce pays de détournement ou d’enrichissement illicite.
En 1994, le Botswana a créé un fonds souverain, le « Pula Fund », cogéré par le gouvernement du Botswana et par la Banque centrale de ce pays. L’objet de ce fonds souverain est d’aider le pays à absorber les chocs financiers causés par exemple par une chute des cours du diamant sur les marchés mondiaux. Ce sont essentiellement les revenus de l’exportation de diamants qui alimentent ce fonds. À ce jour, la valeur du Pula Fund est d’environ $4,1 milliards.
Comme la valeur des matières premières fluctue énormément sur les marchés mondiaux, le fonds souverain sert donc de bouclier et protège une économie des chocs résultant de la baisse du cours d’une ressource dont elle dépend.
Le Koweït, État pétrolier de la Péninsule arabique, fut un des premiers pays à créer un fonds souverain. Celui-ci vaudrait aujourd’hui environ $738 milliards.
Le fonds souverain le plus riche au monde est celui de la Norvège, dont la valeur est de plus de mille milliards de dollars.

Les diamants du Botswana ne sont pas éternels

Selon certains experts3 les mines de diamant du Botswana ne seront plus productives à partir de 2030. L’économie du pays est en danger. Il s’agit donc d’investir les revenus du diamant de la façon la plus judicieuse possible et de diversifier l’économie.
C’est la raison pour laquelle le Botswana construit un centre d’innovation technologique dénommé « Icon Building », d’une valeur de $60 millions et situé à Gaborone, la capitale. Le gouvernement a donc décidé de développer ses ressources humaines en investissant dans l’éducation et la recherche. Il est prévu que cet immeuble soit bientôt accessible à toutes les start-up africaines qui travaillent dans le domaine de l’innovation technologique n

* Professeur : Geopolitics and Regional integration

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(Endnotes)

1 «ELF-ERAP et le Congo : les vicissitudes d’un mariage de raison (1968-1978)»
dans Histoire, Économie & Société, 2010/2 (29ème année)

2 TV5 Monde, «Biens mal acquis: la fille et le gendre du président Sassou Nguesso mis en examen», 28 juin 2017

3 Source : Investopedia.com