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De la jarre à la décoration : à Sè, l’argile change de vie

Culture
Pendant longtemps, sa production était essentiellement destinée aux besoins domestiques et aux cérémonies. Jarres à eau, récipients pour les préparations traditionnelles et marmites constituaient l’essentiel de son activité Pendant longtemps, sa production était essentiellement destinée aux besoins domestiques et aux cérémonies. Jarres à eau, récipients pour les préparations traditionnelles et marmites constituaient l’essentiel de son activité

À Sè, dans le département du Mono, l’argile n’a pas dit son dernier mot. Longtemps associée aux jarres, marmites, canaris et autres récipients du quotidien, la poterie béninoise se réinvente au fil des usages et des tendances. Désormais, les objets en terre cuite s’invitent dans les restaurants, les hôtels, les maisons et les espaces touristiques. Une manière pour les potières de préserver un savoir-faire ancestral tout en conquérant de nouveaux marchés.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 26 sept. 2026 à 19h14 Durée 4 min.
#la poterie sort de la cuisine

Entre les mains des potières de Sè, un simple morceau d’argile se transforme tour à tour en jarre, assiette, marmite, vase ou objet décoratif. La matière est d’abord concassée, puis mélangée à l’eau avant d’être soigneusement façonnée. Viennent ensuite le séchage et la cuisson, des étapes qui exigent patience, précision et maîtrise du geste.

Ce savoir-faire, Véronique Daga l’a reçu de sa mère.

 

« Ce travail, je l’ai hérité de ma défunte mère, originaire de Sè, car c’était leur métier. Elle fabriquait des marmites et des vases en terre cuite », témoigne-t-elle.

Pendant longtemps, sa production était essentiellement destinée aux besoins domestiques et aux cérémonies. Jarres à eau, récipients pour les préparations traditionnelles et marmites constituaient l’essentiel de son activité. Mais avec l’évolution des habitudes, la clientèle change et les usages se diversifient.

Quand la poterie sort de la cuisine

 

Aujourd’hui, les mains de Véronique façonnent également des sculptures et diverses créations artisanales destinées notamment aux visiteurs et aux touristes. Pour élargir son savoir-faire, la potière a participé à des formations consacrées à la création d’œuvres artisanales.

 

Cette évolution traduit une demande qui dépasse désormais les seuls besoins domestiques.



À Sè, les pièces exposées le long des routes attirent les regards et témoignent de la vitalité d’une activité profondément liée à l’identité de la localité.

Pour Calixte Adankpo, responsable financier de l’ONG Art et Développement du Bénin, la poterie demeure ainsi l’un des marqueurs de Sè. Si les productions traditionnelles continuent d’occuper une place importante, les artisanes explorent progressivement de nouveaux débouchés.

La poterie quitte donc peu à peu les seules cuisines pour investir d’autres espaces.

 

À Cotonou, Brigitte Fabiyi, restauratrice, utilise des plats et des marmites en terre cuite. Elle apprécie leur aspect naturel et authentique, mais aussi ce qu’ils représentent : « une façon de mettre en valeur le savoir-faire local », le « Made in Benin » jusque dans la présentation des mets.

L’argile devient ainsi un élément de décoration à part entière. Dans les restaurants, les hôtels, les maisons ou encore les espaces touristiques, ses formes, ses couleurs et ses finitions artisanales apportent une identité particulière aux lieux.

De l’objet quotidien au patrimoine culturel

 

Cette évolution ne signifie pas pour autant l’abandon des pratiques anciennes. Au contraire, les potières continuent de transmettre leurs gestes aux plus jeunes. Véronique Daga accueille ainsi des apprenties qui viennent se former à ses côtés.

Pour les acteurs culturels, cette transmission demeure essentielle. Eric Thompson, acteur culturel et promoteur du festival Adjra, rappelle que l’importance de l’argile à Sè dépasse la simple fabrication d’objets.

« Le tam-tam Adjra, façonné à partir d’argile » par les femmes potières de Sè, en constitue une illustration. La matière devient alors un support d’expression culturelle et participe à la vie sociale, économique et communautaire de la localité.

De la jarre à la sculpture, de la marmite au plat de restaurant, l’argile change de forme, mais pas d’âme. À Sè, les potières conjuguent désormais héritage et créativité, donnant une nouvelle vie à une matière qui accompagne les générations depuis des décennies. La poterie apparaît ainsi non seulement comme un métier, mais aussi comme un patrimoine vivant, capable de s’adapter aux goûts d’aujourd’hui sans perdre la mémoire d’hier.