La Nation Bénin...

Guèlèdè : Une société qui place la femme au cœur de sa pérennité

Culture
Guèlèdè Guèlèdè

Au Bénin comme au Nigéria, la société Guèlèdè est une organisation communautaire et spirituelle des peuples Yoruba-Nago. Elle rend hommage au pouvoir mystique et social de la femme.



Par   Fortuné SOSSA (Coll.), le 27 sept. 2026 à 17h23 Durée 3 min.
#Guèlèdè

Originaire du village d'Ilobi, dans la région d'Abeokuta, le Guèlèdè est un masque qui danse pour honorer la femme, cette "marmite qui cuit la vie". Ousmane Alédji, acteur culturel dont les grands-parents comptaient parmi les dignitaires du palais Akaba Idéna de Kétou, en rappelle les origines. "La légende raconte qu'un chasseur a passé un long moment en forêt sans trouver le moindre gibier. Revenant de la chasse bredouille, il bénéficia de la générosité d'un serpent transformé en une très belle femme qui lui indiqua où trouver du gibier", relate-t-il.


Une autre version fait du Guèlèdè une société secrète créée par les hommes pour demander pardon aux femmes qu'ils auraient offensées. Selon cette tradition, c'était la lignée de la femme qui donnait le nom à l'enfant à la naissance. Se sentant marginalisés, les hommes se réunirent et décidèrent de mettre fin à ce qu'ils considéraient comme une féodalité matrimoniale. Offensées, les femmes auraient alors jeté des malédictions sur le village d'Ilobi et ses habitants. À la consultation du Fâ, la porte-parole des femmes, celle qui deviendra "Iyalashè", recommanda d'organiser une manifestation publique de danse. Elle exigea que les hommes seuls dansent, les pieds chargés de grelots et le visage couvert de masques. Dès lors, cette danse changea le regard des hommes sur les femmes


Iyalashè 


D'une légende à l'autre, la femme se retrouve au cœur de l'action et occupe désormais les plus hautes fonctions dans la société Guèlèdè. Iyalashè est la plus importante des femmes dans la hiérarchie. Ce titre signifie "mère supérieure". "Elle est la détentrice des pouvoirs, notamment le pouvoir protecteur de celui qui porte le masque", précise Ousmane Alédji. Son rôle est d'assurer la sécurité dans l'antichambre de cette société secrète.

C'est elle qui organise la sortie des masques et protège les danseurs contre d'éventuels mauvais sorts qui pourraient leur être jetés au cours d'une prestation. Sous son autorité, lors des sorties, elle fait former un premier cercle constitué exclusivement de femmes autour des tam-tams pour signifier leur supériorité. Le cercle des hommes ne vient qu'en seconde position.

Pour autant, le choix de l'Iyalashè ne relève pas du hasard. Il obéit à des critères précis. Elle doit être une femme ménopausée, disponible, accueillante, dynamique et ouverte d'esprit. Une fois désignée, une série de rituels initiatiques est organisée pour la "cuire" spirituellement, car par essence, elle est elle-même cette "marmite qui cuit la vie".