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Landry Padonou : « Le Guinness est une fierté, mais mon plus grand rêve serait de laisser une génération de jeunes clarinettistes »

Culture
Chacun doit jouer sa partition : l’État pour soutenir, les écoles pour former, les acteurs culturels pour créer des opportunités et le privé pour investir. Chacun doit jouer sa partition : l’État pour soutenir, les écoles pour former, les acteurs culturels pour créer des opportunités et le privé pour investir.

Clarinettiste professionnel et enseignant, Landry Padonou pratique son instrument depuis 17 ans. Le 30 août 2026, à Châtellerault, en France, il a participé à l’établissement d’un Guinness World Records avec le plus grand ensemble de clarinettes au monde. Quelques jours après cette expérience, il revient sur les effets de cette visibilité nouvelle, la place de la clarinette au Bénin et son ambition de contribuer à la formation d’une nouvelle génération de musiciens.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 15 sept. 2026 à 13h57 Durée 5 min.
#Landry Padonou #Le Guinness est une fierté

La Nation : Quelques jours après votre participation à ce Guinness World Records, qu’est-ce qui a changé dans votre quotidien de musicien ?

 

Landry Padonou : Beaucoup de choses ont changé surtout dans la manière dont mon travail est perçu. Avant, j’étais simplement un musicien et clarinettiste qui travaillait dans l’ombre et cherchait constamment à progresser. Aujourd’hui, je reçois beaucoup plus de sollicitations, de messages, d’interviews et de propositions.

Depuis le Guinness, je reçois également davantage de sollicitations pour des collaborations et de nouveaux projets artistiques. C’est une belle ouverture pour la suite.

 

La Nation : Avant cette reconnaissance, il y a 17 années consacrées à la clarinette. Pourquoi cet instrument ?

 

Landry Padonou : Je pratique la clarinette depuis 17 années. C’est un instrument qui est entré dans ma vie presque comme une évidence, mais au départ, je ne mesurais pas encore l’importance qu’il allait prendre dans mon parcours.

Ce qui m’a attiré vers la clarinette, c’est avant tout la beauté et la profondeur de son timbre et surtout sa capacité à transmettre des émotions.

Mon parcours a été fait de beaucoup de travail, de rencontres et de persévérance. Une personne importante a été mon ami Codjia Jean-Paul, ainsi que mes deux professeurs, Oguin Norbert, pour la clarinette, et Yehouenou Théodore, pour le solfège et la théorie musicale. Ils m’ont transmis les bases et surtout l’amour de cet instrument. Depuis, chaque expérience, chaque scène et chaque rencontre ont contribué à construire le clarinettiste que je suis aujourd’hui.

 

La Nation : Quelle place la clarinette occupe-t-elle aujourd’hui dans votre vie ?

 

Landry Padonou : Aujourd’hui, la clarinette occupe une place centrale dans ma vie. C’est mon moyen d’expression, mon métier et un véritable outil pour porter la musique béninoise au-delà de nos frontières. Mes projets professionnels tournent donc naturellement autour d’elle.

Je suis également enseignant de clarinette. Mon quotidien est partagé entre la famille, l’enseignement, les répétitions, les concerts et la préparation de mes projets.

 

La Nation : Au Bénin, l’instrument reste pourtant peu visible dans le paysage musical. Comment l’expliquez-vous ?

Landry Padonou : Je pense que c’est surtout un manque de promotion et de visibilité. La clarinette est encore peu présente dans nos formations et nos scènes musicales, alors qu’elle a énormément de potentiel.

Le principal obstacle reste aussi l’accès à un bon accompagnement et à des instruments de qualité. Il faut beaucoup de patience et de discipline pour progresser.

La Nation : Peut-on malgré tout vivre professionnellement de la clarinette au Bénin ?

 

Landry Padonou : Oui, c’est possible, mais cela demande de diversifier ses activités : concerts, enseignements, collaborations et prestations. Il faut surtout créer son propre marché.

Pour un jeune musicien, il faut de la formation, de la discipline, du matériel adapté et surtout des opportunités. Le talent ouvre la porte, mais le travail et la persévérance construisent la carrière.

 

La Nation : Vous évoquez les jeunes. Que souhaitez-vous concrètement leur transmettre ?

 

Landry Padonou : J’aimerais créer des ateliers et des programmes d’initiation accessibles aux jeunes pour leur faire découvrir la clarinette et leur donner envie d’en faire un véritable métier.

Mon parcours s’est construit progressivement entre formation, pratique musicale, rencontres et beaucoup de travail. Aujourd’hui, la musique est à la fois ma passion, mon métier et un moyen de représenter fièrement le Bénin à travers la clarinette.

 

La Nation : Votre expérience à Châtellerault a-t-elle changé votre regard sur le potentiel des musiciens béninois ?

 

Landry Padonou : Oui, énormément. Cette expérience m’a permis de mesurer le potentiel de nos musiciens béninois et surtout de voir qu’avec plus de structures et d’opportunités, nous pouvons aller très loin.

 

La Nation : Dans cette perspective, quel rôle doivent jouer l’État, les écoles, les acteurs culturels et le secteur privé ?

 

Landry Padonou : Chacun doit jouer sa partition : l’État pour soutenir, les écoles pour former, les acteurs culturels pour créer des opportunités et le privé pour investir. C’est ensemble qu’on peut professionnaliser le secteur.

La Nation : Le Guinness vous donne aujourd’hui une visibilité internationale. Comment faire pour que cette lumière ne retombe pas ?

 

Landry Padonou : Le Bénin doit capitaliser sur cette visibilité en accompagnant davantage ses talents, en créant des opportunités et en valorisant nos artistes à l’international. La lumière doit devenir un véritable tremplin.

 

La Nation : Dans dix ans, aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous comme du clarinettiste béninois qui a participé à un Guinness World Records, ou comme de celui qui aura contribué à faire naître une véritable génération de clarinettistes au Bénin ?

 

Landry Padonou : La deuxième option, sans hésiter. Le Guinness est une fierté, mais mon plus grand rêve serait de laisser une génération de jeunes clarinettistes derrière moi. Ce serait mon véritable héritage.