La Nation Bénin...
À travers la photographie et la peinture, l’artiste en résidence à l’Espace culturel Le Centre explore les efforts, les pauses nécessaires et les grandes préoccupations de son époque. Une démarche à découvrir à travers une rencontre-discussion et un vernissage annoncés à Abomey-Calavi.
Le corps qui marche, qui travaille, qui s’arrête, qui dort. Le corps qui, malgré la volonté de poursuivre, finit par réclamer une pause. C’est autour de cette réalité ordinaire, mais souvent tue, que l’artiste Carlos Sodokpa en résidence à l’Espace culturel Le Centre de Lobozounkpa dans la commune d’Abomey Calavi construit une proposition artistique mêlant photographie et peinture. À travers une série d’autoportraits photographiques, l’artiste pose un regard singulier sur la fatigue et les exigences du quotidien. Dans la rue, à la maison, en mouvement ou allongé, Carlos Sodokpa se photographie dans différents moments de la vie. Il donne ainsi à voir un corps confronté à la pression permanente de « devoir faire» et à la nécessité, parfois imposée, de s’arrêter. Sa série photographique, intitulée « Entre deux efforts », constitue l’un des axes forts de cette démarche. «On est perpétuellement en quête de quelque chose. On fait des efforts pour quelque chose et, à un moment, entre ces deux efforts-là, il faut que nous nous reposions », explique l’artiste. Le propos est simple, mais touche à une expérience largement partagée, celle d’un quotidien où les obligations professionnelles, sociales et économiques laissent peu de place au repos. L’artiste transforme alors son propre corps en terrain d’expérimentation. Ses autoportraits deviennent le miroir d’une société où l’épuisement est parfois considéré comme le prix à payer pour avancer.
Pour Carlos Sodokpa, la photographie permet surtout de rendre le réel visible. « J’aime le réel, j’aime raconter ce que je vois », confie-t-il lors du « Work in progress » organisé par ledit centre en marge de son exposition à venir. Son travail ne cherche donc pas à imposer une lecture unique. Il propose des images, laisse le public les regarder, les interpréter et les assimiler selon sa propre sensibilité. À côté de la photographie, l’artiste présentera cinq œuvres picturales. Ici, le regard s’élargit aux grandes problématiques contemporaines comme la crise climatique, l’éducation, les enjeux sociaux et autres préoccupations qui traversent le monde. La peinture lui offre un autre langage. Certains sujets, estime-t-il, peuvent être abordés différemment lorsqu’ils passent par la couleur, la matière et la composition. « Je peux dire des choses différentes avec la peinture », résume-t-il. Les deux démarches se rejoignent pourtant autour des efforts que les individus consentent au quotidien et les réalités qui façonnent leur existence.
De Savalou à Dakar, une trajectoire construite au fil des images
Le parcours de Carlos Sodokpa s’est progressivement dessiné autour de la photographie. Alors qu’il était en formation en journalisme à Savalou, il s’intéresse à l’image et devient photographe de son école. En troisième année, sa bourse obtenue lui permet d’acquérir son premier appareil, un Nikon, et de commencer à couvrir notamment des soutenances. La photographie devient alors plus qu’une passion. Elle lui permet de gagner ses premiers revenus. Avec un groupe d’amis partageant la même ambition, il commence à voir plus loin. Après avoir achevé ses études universitaires en 2018, l’artiste poursuit son chemin. En 2019, une opportunité l’emmène à Dakar pour participer à un atelier photographique initialement réservé aux personnes vivant dans la capitale sénégalaise. Il y présente son travail et connaît une première expérience d’exposition au Musée de la Femme Henriette Bathily de Dakar.
Cette expérience agit comme un déclic. Il faut désormais aller plus loin, améliorer son matériel, produire davantage et surtout continuer à se faire connaître. Aujourd’hui, Carlos Sodokpa revendique une démarche où l’observation occupe une place centrale. Il photographie ce qu’il voit, ce qui l’interpelle et ce qui, selon lui, mérite d’être montré. En peinture comme en photographie, il préfère laisser les œuvres rencontrer le regard du public sans enfermer celui-ci dans une interprétation préétablie. Le vernissage de son exposition est annoncé pour le 11 septembre.
L’artiste Carlos Sodokpa expose photographie et peinture pour mettre en scène l’épuisement du quotidien