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Collectivités territoriales: Les communes face au défi des marchés financiers

Economie

Après plus de vingt ans de financement essentiellement assuré par les transferts de l'État, les collectivités territoriales béninoises s'apprêtent à entrer dans une nouvelle ère. Avec la création du Fonds d'investissement communal (Fic), le gouvernement ambitionne de doter les communes d'un outil capable de mobiliser des ressources plus importantes, y compris sur les marchés financiers. 

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 16 juil. 2026 à 09h39 Durée 3 min.
#marchés financiers #financement local

Le financement des collectivités territoriales est en pleine mutation au Bénin. Longtemps soutenues par le Fonds d'appui au développement des communes (FADeC), les communes sont désormais appelées à évoluer vers un modèle où elles devront progressivement convaincre les investisseurs de financer leurs projets. Institué par le décret n°2025-567 du 17 septembre 2025, le Fonds d'investissement communal (Fic) constitue la pierre angulaire de cette réforme. L'objectif est de diversifier les sources de financement des collectivités locales afin de répondre à des besoins d'investissements devenus beaucoup plus importants que les capacités budgétaires de l'État. Pour Yolande Agbessy, cadre au Trésor public et experte en gestion financière et bancaire, cette réforme traduit une véritable évolution de la décentralisation financière. « Face à l'insuffisance des ressources publiques et à l'ampleur des besoins d'investissement, la diversification des sources de financement apparaît aujourd'hui comme une nécessité », explique-t-elle dans le magazine d’information du Trésor de juin 2026, en rappelant que le Fic s'inscrit dans « une dynamique de transformation du modèle de financement local ».

Du modèle de subvention à la logique d'investissement

Pendant de nombreuses années, le FADeC a constitué le principal levier de financement des communes. Ce mécanisme a permis de centraliser les transferts de l'État, d'améliorer leur traçabilité et d'assurer le financement des compétences progressivement transférées aux collectivités territoriales. Mais l'évolution des besoins a fini par révéler les limites de ce système. « Son fonctionnement, essentiellement fondé sur des subventions, ne permet pas de mobiliser des volumes de financement suffisants pour soutenir des projets d'envergure », souligne Yolande Agbessy. « Il ne se limite pas à redistribuer des ressources, mais vise à mobiliser des financements diversifiés et à structurer des investissements à fort impact. Il intègre des instruments tels que les garanties, les mécanismes de bonification ou encore les facilités d'accès au crédit », précise l'experte. C’est dire que les communes ne seront plus uniquement bénéficiaires des dotations de l'État. Elles devront progressivement devenir des acteurs capables de construire leur propre stratégie de financement. Mais cette transformation n'est cependant pas sans conséquence.

En ouvrant la possibilité de recourir à l'endettement, le Fic introduit une nouvelle culture de gestion des finances locales.

« Le passage du FADeC au Fic suppose une amélioration de la qualité de l'information financière, une meilleure capacité de planification et une maîtrise des outils d'analyse financière », insiste Yolande Agbessy. A l’en croire, « les collectivités territoriales ne deviennent plus seulement des bénéficiaires de ressources ; elles sont progressivement appelées à devenir des acteurs de leur propre stratégie de financement ». Cette évolution implique également une responsabilité beaucoup plus forte des exécutifs communaux. Car accéder au marché financier signifie aussi savoir rembourser. A juste titre, l'experte met ainsi en garde contre plusieurs risques. « Le premier risque est celui du surendettement », prévient-elle, en soulignant qu'un recours excessif à l'emprunt pourrait compromettre la capacité de remboursement des collectivités. Elle évoque également « l'équilibre des finances locales » et « l'impact potentiel sur la stabilité globale des finances publiques » comme autant de défis qui imposent un encadrement rigoureux du recours aux marchés financiers.

La crédibilité financière avant tout

Pour séduire les investisseurs, les communes devront produire une information financière irréprochable. États financiers fiables, comptabilité rigoureuse, traçabilité des opérations, inventaire du patrimoine, amortissement des immobilisations ou encore apurement régulier des comptes deviennent des exigences incontournables. Selon Yolande Agbessy, « ces exigences ne relèvent pas uniquement d'une contrainte technique, mais constituent un levier essentiel de crédibilité et de confiance ». Elles conditionnent directement « la capacité des collectivités territoriales à mobiliser des financements dans des conditions soutenables et sécurisées ».

Des résultats invitent à la prudence

A partir d'une base de données couvrant 73 communes entre 2003 et 2024, Deo Gracias Fidèle Sedokoun, ingénieur statisticien-économètre et directeur des Affaires administratives et financières de la mairie de Houéyogbé, a cherché à déterminer si les communes béninoises étaient réellement prêtes à accéder au marché financier. L'étude révèle que 70 % des communes disposent d'une capacité d'autofinancement insuffisante, tandis que 20 % présentent au moins un exercice non certifié au cours des trois dernières années, un déficit de crédibilité qui constitue un obstacle majeur à toute levée de fonds.  Pour l'auteur, le Fic constitue certes une avancée importante, mais il ne saurait suffire à lui seul. « Le Fic ne crée pas l'éligibilité de toutes pièces ; il facilite son accession pour des communes déjà proches des seuils requis », conclut-il.  L'accès au marché repose, rappelle-t-il, sur trois piliers : « un cadre juridique clair, une solidité financière avérée et une gouvernance crédible ». Le Bénin rejoint ainsi une dynamique déjà engagée dans plusieurs pays de l'Uemoa, notamment le Mali et le Sénégal, où les fonds nationaux servent désormais de leviers pour faciliter l'accès des collectivités aux financements de long terme.

Ainsi, le Fic ne représente pas seulement un nouveau mécanisme budgétaire. Il constitue un changement de paradigme. Derrière cette réforme se dessine une ambition plus large à savoir faire des communes de véritables acteurs du développement économique local, capables de mobiliser l'épargne régionale pour financer leurs infrastructures, tout en respectant les exigences de transparence, de discipline budgétaire et de soutenabilité de la dette. Une ambition qui pourrait transformer durablement le financement des territoires, à condition que les collectivités réussissent leur propre mutation vers une gouvernance financière plus performante, plus transparente et plus crédible.