La Nation Bénin...
Un tournant historique pour les commerçantes ouest-africaines. Le ministère du Commerce et de l’Industrie a donné le coup d’envoi d’un ambitieux programme régional destiné à lever les barrières qui freinent les femmes dans les échanges transfrontaliers, mardi 24 février dernier à Cotonou. Piloté par le Centre d’études et de coopération internationale (Céci), le projet « Faire du commerce un levier pour les femmes en Afrique de l’Ouest » se veut une réponse forte, structurée et durable aux inégalités qui minent encore le secteur commercial.
Les femmes commerçantes peuvent entrevoir un nouvel horizon. Harcèlement aux frontières, tracasseries administratives, violences sexistes, accès limité aux financements et aux formations: ces réalités bien connues entravent depuis trop longtemps leur essor. Face à ces obstacles systémiques, l’initiative lancée à Cotonou ambitionne d’apporter des solutions concrètes et mesurables. Dénommé «Faire du commerce un levier pour les femmes en Afrique de l’Ouest», le projet vise à réduire les disparités économiques et sociales en promouvant des pratiques commerciales durables et inclusives. L’accent est clairement mis sur l’autonomisation des femmes, considérées non plus comme des actrices périphériques, mais comme des piliers de l’intégration régionale. Pour Esther Djeigo, représentante pays du Céci, «l’initiative n’est que le point de départ d’une dynamique appelée à transformer durablement l’écosystème commercial ». Une vision partagée par Koumba Anouma, directrice Afrique du Céci, qui affiche une ambition claire: « Permettre aux femmes de passer d’une logique de survie économique à une véritable trajectoire de croissance.» Selon elle, aucune intégration régionale ne saurait être efficace ni durable si elle n’inscrit pas les femmes au cœur de ses priorités. Et dans cette dynamique, le Bénin occupe une place stratégique.
Le programme sera déployé le long de corridors commerciaux majeurs traversant le Burkina Faso, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Il prévoit une série d’actions structurantes: renforcement des capacités des commerçantes, amélioration de leur accès aux marchés, promotion de pratiques durables et sensibles au genre, sécurisation accrue des frontières et consolidation des associations féminines. Cette ambition régionale est portée par un partenariat solide réunissant le Céci, TradeMark Africa, le gouvernement du Canada et l’État béninois. Ensemble, ils entendent bâtir des chaînes de valeur inclusives et résilientes, capables d’intégrer pleinement les femmes dans les dynamiques économiques sous-régionales. Les objectifs affichés à l’horizon 2030 sont éloquents : une augmentation de 50 % du nombre de femmes commerçantes adoptant des pratiques durables ; une hausse de 40 % des revenus des bénéficiaires ; et une diffusion élargie des bonnes pratiques en matière de commerce, de durabilité environnementale et de lutte contre le changement climatique en Afrique et au Canada. Des cibles ambitieuses, mais assumées.
Le Bénin sera un partenaire actif et constant
Au cœur de cette mobilisation, l’engagement du gouvernement béninois se veut total. Représentant la ministre du Commerce, le directeur général du Commerce extérieur, Fousséni Gomina Mama, a procédé au lancement officiel avec un message ferme.
Au nom de la ministre, il a réaffirmé la disponibilité entière du gouvernement à accompagner toutes les parties prenantes jusqu’à l’aboutissement de l’initiative. Pour les autorités, ce projet s’inscrit pleinement dans le Programme d’action du gouvernement et dans la nouvelle vision nationale de promotion du genre. «C’est une initiative en parfaite cohérence avec les réformes déjà engagées en matière de facilitation des échanges et d’implication des femmes dans le tissu économique », a-t-il martelé. Plus qu’un alignement stratégique, le gouvernement revendique une volonté politique affirmée: renforcer les mécanismes de facilitation aux frontières, améliorer la prise en compte du genre dans les politiques commerciales et créer un environnement propice à l’essor des femmes entrepreneures. L’État entend jouer son rôle de catalyseur en assurant la coordination, le suivi et la mise en œuvre effective des engagements pris.
À travers ce lancement, le Bénin envoie un message fort à la sous-région : l’autonomisation économique des femmes n’est plus un slogan, mais un chantier prioritaire. Ainsi, le commerce transfrontalier pourrait devenir, dans les prochaines années, l’un des plus puissants leviers de transformation sociale et économique en Afrique de l’Ouest.
Un projet pour lever les contraintes dans le commerce transfrontalier des femmes