La Nation Bénin...
Les réformes engagées depuis 2016 ont progressivement amélioré l’attractivité économique du Bénin. Les indicateurs internationaux saluent des avancées notables, tandis que les opérateurs économiques reconnaissent une amélioration globale du climat des affaires. Derrière ces progrès demeurent toutesfois des défis.
En dix ans, le Bénin a profondément transformé son environnement des affaires. Dématérialisation des formalités administratives, modernisation des services fiscaux et douaniers, réforme de la justice commerciale, restructuration de la Chambre de commerce et d’industrie (Cci-Bénin) : le pays a engagé une mutation progressive de son cadre économique et institutionnel.
Lorsqu’en 2016 le gouvernement béninois a engagé une vaste série de réformes économiques et institutionnelles, le pays traîne encore une réputation d’économie peu compétitive, marquée par les lourdeurs administratives, les difficultés d’accès aux services publics, la lenteur judiciaire et une forte dépendance au commerce informel régional. Le défi est alors immense : restaurer la confiance des investisseurs, améliorer la gouvernance économique et créer un environnement plus favorable à l’investissement privé.
Entre 2016 et 2025, le Bénin gagne plusieurs places dans les classements internationaux sur la qualité de l’environnement des affaires. Le pays figure notamment parmi les économies les plus réformatrices dans le rapport Doing Business 2020 de la Banque mondiale, grâce aux réformes engagées dans la création d’entreprise, le transfert de propriété, l’exécution des contrats et le commerce transfrontalier.
Les indicateurs traduisent une évolution sensible de la perception du climat des affaires. Selon le Rapport annuel sur l’environnement de compétitivité des entreprises (Raee 2025) publié par la direction générale de l’Economie (Dge), l’indice global de perception du climat des affaires ressort à 55,3 points sur 100, traduisant un environnement jugé « assez favorable » par les entreprises. Le rapport souligne notamment une appréciation positive de la performance des activités économiques, évaluée à 66,7 %, ainsi que des conditions de financement, notées à 65,5 %.
Cette évolution tranche avec les constats dressés quelques années plus tôt. Le Raee 2017 faisait état d’une activité économique « relativement bonne », avec un solde d’opinion à peine positif de 0,01. À l’époque, les entreprises subissaient encore fortement les effets de la crise économique nigériane et de la dépréciation du naira, qui avaient lourdement affecté les échanges commerciaux et fragilisé la survie de nombreuses entreprises béninoises.
Des performances qui renforcent l’attractivité
L’amélioration du climat des affaires s’est accompagnée d’une dynamique macroéconomique relativement solide. Malgré les chocs internationaux liés à la pandémie de Covid-19, à la guerre en Ukraine et aux tensions sécuritaires régionales, le Bénin a maintenu des taux de croissance parmi les plus élevés de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).
Après une croissance ralentie à 3,8 % en 2020 sous l’effet de la pandémie, l’économie béninoise a rapidement rebondi avec des taux estimés à plus de 6 % entre 2021 et 2025, selon le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale.
Le déficit budgétaire, fortement creusé pendant la crise sanitaire, a progressivement été réduit grâce à une meilleure mobilisation des recettes publiques et à une maîtrise plus rigoureuse des dépenses de l’État.
Le Fmi, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (Bad) saluent régulièrement les progrès réalisés en matière de gouvernance budgétaire, de mobilisation des recettes publiques et de stabilité macroéconomique. Les partenaires techniques et financiers soulignent les avancées enregistrées dans les réformes structurelles, notamment dans les infrastructures, la digitalisation et l’amélioration des services publics économiques.
Cette crédibilité croissante a permis au Bénin d’accéder plus facilement aux financements internationaux. Le pays a notamment renforcé sa présence sur les marchés financiers internationaux à travers plusieurs émissions d’eurobonds et opérations de financement structurées, saluées par les partenaires techniques et financiers.
Derrière ces performances globales se cachent des mutations profondes qui redessinent progressivement le paysage économique béninois.
Les ressorts d’une mutation en profondeur
La décennie écoulée a marqué une transformation profonde du climat des affaires au Bénin. Au delà des réformes administratives, trois mutations majeures ont contribué à renforcer la confiance des investisseurs et à dynamiser le tissu entrepreneurial. La dématérialisation des procédures a révolutionné la création et la gestion des entreprises, réduisant délais et coûts tout en favorisant la formalisation. La modernisation de la justice commerciale, avec des délais de traitement désormais parmi les plus rapides de l’espace Uemoa, a consolidé la sécurité juridique et la protection des investisseurs. Enfin, la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin s’est réinventée en centre de services, en développant des outils numériques et un accompagnement ciblé pour les Mpme, colonne vertébrale de l’économie nationale.
Ces trois piliers - digitalisation, justice commerciale et mutation consulaire - illustrent la mutation profonde qui a redessiné le paysage économique béninois et posé les bases d’une compétitivité plus inclusive.
La révolution silencieuse de la dématérialisation
L’un des principaux moteurs de cette amélioration réside dans la modernisation administrative engagée depuis près d’une décennie. Le Bénin a progressivement numérisé une grande partie de ses procédures économiques. La création d’entreprise en ligne via la plateforme officielle MonEntreprise.bj a constitué l’un des symboles les plus visibles de cette transformation. Les formalités ont été considérablement allégées grâce à la suppression de plusieurs étapes administratives jugées contraignantes, notamment la vérification physique du nom commercial et certaines procédures de déclaration d’existence.
Selon les données de l’Agence de promotion des investissements et des exportations (Apiex), le délai moyen de création d’entreprise est passé de plusieurs semaines avant les réformes à quelques heures seulement aujourd’hui pour certaines procédures dématérialisées. Le coût de création d’entreprise a également été réduit, tandis que plusieurs formalités administratives ont été supprimées afin d’encourager la formalisation des activités économiques.
Parallèlement, les administrations fiscale et douanière ont connu une profonde mutation à travers la dématérialisation des déclarations, des paiements et des procédures de dédouanement. Les guichets uniques ont également permis de réduire les délais et les coûts administratifs pour les opérateurs économiques.
Les recettes fiscales ont progressé sous l’effet de cette digitalisation. Selon les données de la Direction générale des impôts (Dgi), le taux de pression fiscale du Bénin est passé d’environ
13 % du Produit intérieur brut (Pib) en 2016 à près de 15 % ces dernières années, traduisant une amélioration de la mobilisation des ressources publiques.
Les résultats ont été rapides. Selon l’Apiex, le nombre d’entreprises créées est passé d’environ 13 000 en 2015 à près de 40 000 en 2020. En 2025, plus de
55 000 nouvelles entreprises ont été enregistrées. Cette progression place le Bénin parmi les pays africains ayant connu les plus fortes accélérations en matière de formalisation des entreprises.
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) avait d’ailleurs classé le Bénin parmi les pays africains les plus rapides dans les procédures de création d’entreprise.
Une justice commerciale devenue un levier de confiance
Parmi les réformes les plus saluées par les investisseurs figure également la modernisation de la justice commerciale. Avant la création des tribunaux de commerce, les litiges commerciaux pouvaient durer plusieurs années. Cette lenteur judiciaire constituait un frein important aux investissements privés.
La mise en place du Tribunal de commerce de Cotonou a profondément corrigé cette situation. Selon les statistiques communiquées par la juridiction, le délai moyen de traitement des contentieux commerciaux est passé d’environ 750 jours en 2017 à seulement 57 jours en 2025.
Avec des délais de traitement fortement réduits, le Tribunal de commerce de Cotonou figure désormais parmi les juridictions commerciales les plus rapides de l’espace Uemoa. La Banque mondiale considérait déjà l’exécution des contrats comme l’un des indicateurs ayant le plus progressé au Bénin avant l’arrêt du Doing Business en 2021.
Cette réduction spectaculaire des délais a renforcé la sécurité juridique des affaires et amélioré la confiance des investisseurs. Elle a également contribué à une meilleure protection des investisseurs minoritaires et à une amélioration de l’exécution des contrats commerciaux.
Les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et la Bad, considèrent aujourd’hui cette réforme comme l’un des acquis majeurs du Bénin en matière d’amélioration du climat des affaires.
Cci-Bénin : Une mutation au service des opérateurs
La Chambre de commerce et d’industrie du Bénin a elle aussi engagé sa propre transformation. L’institution consulaire a revu ses textes statutaires afin de renforcer la représentativité des opérateurs économiques et d’améliorer sa gouvernance interne. La restructuration du secrétariat général et la création de nouveaux départements spécialisés traduisent une volonté de faire évoluer la Chambre vers un véritable centre de services dédié aux entreprises.
Cette réorganisation a notamment permis de renforcer les activités d’accompagnement, de formation continue et d’appui technique aux opérateurs économiques.
Les micro, petites et moyennes entreprises (Mpme) représentent plus de 90 % du tissu entrepreneurial béninois et contribuent à plus de 40 % de la richesse nationale, selon les estimations relayées par la Cci-Bénin et plusieurs études publiques. L’enjeu pour l’institution consulaire est donc de renforcer la survie et la formalisation de milliers de petites unités économiques encore fragiles.
La Cci-Bénin a également développé de nouveaux services numériques. La plateforme Ahilido.bj, mise en place pour centraliser les informations économiques et les opportunités d’affaires, offre désormais un répertoire des entreprises, des statistiques sectorielles ainsi que des outils de mise en relation entre opérateurs.
L’objectif est de réduire le déficit d’information économique qui handicape encore de nombreuses petites entreprises béninoises.
La Gdiz, vitrine de la nouvelle ambition industrielle
L’amélioration du climat des affaires ne se limite plus aux seules réformes administratives. Depuis quelques années, le Bénin tente également de faire émerger une véritable base industrielle capable de transformer localement les matières premières et de réduire la dépendance aux exportations brutes.
Cette ambition s’est traduite par l’adoption d’une loi sur les Zones économiques spéciales (loi n°2017-07 du 17 juin 2017), destinée à offrir un cadre juridique, fiscal et douanier attractif aux investisseurs industriels.
La principale illustration de cette stratégie est la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), développée sur 1640 hectares (extensible jusqu'à 10 000 hectares) à cheval sur les communes d'Abomey-Calavi, Tori-Bossito et Zè. Présentée comme l’un des projets industriels les plus ambitieux de la sous-région, la Gdiz vise à transformer localement le coton, le cajou, le soja ou encore le karité.
Selon la Société d’investissement et de promotion de l’industrie (Sipi-Bénin International) qui gère cette zone, plusieurs dizaines d’unités industrielles y sont déjà opérationnelles ou en cours d’installation, avec des milliers d’emplois directs annoncés dans le textile, l’agro-industrie et la transformation manufacturière.
Le gouvernement béninois mise notamment sur la transformation locale du coton afin de réduire les exportations de fibre brute. Premier producteur africain de coton ces dernières années avec une production dépassant parfois 700 000 tonnes, le Bénin cherche désormais à capter davantage de valeur ajoutée sur place grâce au textile et à l’habillement.
La Gdiz bénéficie d’avantages fiscaux, douaniers et logistiques destinés à attirer les investisseurs internationaux. Pour les autorités béninoises, cette zone industrielle doit contribuer à accélérer l’industrialisation, renforcer les exportations et créer des emplois industriels durables.
Le succès durable de cette stratégie dépendra aussi de la capacité du pays à développer les compétences techniques, l’accès à l’énergie, la logistique et l’intégration des petites entreprises locales dans les chaînes de valeur industrielles.
Le Bénin présente une nouvelle image avec sa zone industrielle