La Nation Bénin...
Réalisée dans neuf pays africains auprès de plus de 9 400 personnes, une enquête d’Ipsos Bva, apporte un éclairage sur la perception de la France en Afrique. L’étude révèle une image globalement positive, particulièrement chez les jeunes, tout en mettant en évidence des attentes fortes en matière d’investissements, de transparence et de coopération équilibrée.
Les relations entre l’Afrique et la France continuent d’alimenter débats, controverses et perceptions parfois contradictoires. Pourtant, une vaste enquête d’opinion réalisée dans neuf pays africains vient apporter une lecture plus nuancée de cette relation souvent présentée comme uniformément dégradée. L’étude menée par Ipsos Bva auprès de 9 466 personnes dans neuf pays africains met en évidence une réalité plus complexe que les représentations dominantes diffusées sur les réseaux sociaux et dans certains débats médiatiques. L’enquête a été réalisée en Afrique du Sud, en Angola, en Côte d’Ivoire, au Kenya, à Madagascar, au Maroc, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Chaque échantillon national comptait au moins 1 000 répondants âgés de 18 ans et plus. Le premier enseignement est que la France bénéficie encore d’une image globalement positive dans les pays africains sondés. Selon l’étude, 74 % des personnes interrogées déclarent avoir une bonne image de la France. Contrairement à certaines idées largement répandues, cette perception favorable apparaît particulièrement forte dans plusieurs pays non francophones. Le Kenya affiche par exemple un taux de bonne image de 93 %, tandis que l’Afrique du Sud atteint 87 % et la République démocratique du Congo 90 %. L’étude montre également que les jeunes générations portent un regard plus positif sur la France que leurs aînés. Les moins de 35 ans apparaissent comme les plus nombreux à exprimer une perception favorable du pays. Autre résultat significatif, plus de la moitié des personnes interrogées déclarent se sentir culturellement proches de la France. Cette proximité culturelle atteint 55 % au niveau global. Sur le plan international, la France continue également d’être perçue comme une puissance influente. Près de trois quarts des répondants, soit 77 %, estiment qu’elle joue un rôle important à l’échelle mondiale. L’enquête révèle toutefois des perceptions beaucoup plus partagées lorsqu’il s’agit du rôle concret de la France dans le développement de l’Afrique. Seulement 45 % des personnes interrogées considèrent que la France contribue à améliorer les conditions de vie sur le continent.
Ambivalence
Les avis divergent fortement selon les pays. Le Kenya affiche ainsi une opinion très favorable sur cette question d’amélioration des conditions de vie sur le continent, avec 83 % de réponses positives, tandis que les taux sont beaucoup plus faibles au Maroc ou en République démocratique du Congo. L’étude met aussi en lumière une attente forte des populations africaines en faveur d’un partenariat davantage tourné vers l’investissement et l’emploi. Parmi les secteurs jugés prioritaires pour recevoir des financements étrangers figurent l’emploi et la formation professionnelle, le système de santé, l’éducation ainsi que le développement économique. Les répondants souhaitent avant tout voir émerger des projets concrets capables d’avoir un impact direct sur les conditions de vie des populations. À ce titre, 57 % des personnes interrogées considèrent que la création d’emplois devrait constituer la priorité majeure du sommet Africa Forward, devant les annonces d’investissements en Afrique. L’enquête s’intéresse également au traitement médiatique de la France dans les pays africains. Plus de la moitié des sondés estiment que la France est fréquemment évoquée dans les médias et sur les réseaux sociaux. Les sujets les plus souvent associés à la France concernent la politique étrangère, les investissements, le commerce, les relations bilatérales ou encore l’histoire coloniale. Malgré les tensions régulièrement observées dans l’espace médiatique, seuls deux répondants sur dix considèrent que le traitement de la France dans les médias est majoritairement négatif. Une majorité évoque au contraire un traitement plutôt positif ou neutre. L’étude met toutefois en évidence un climat informationnel marqué par la méfiance et la désinformation. Plus de la moitié des personnes interrogées pensent que certaines puissances étrangères diffusent volontairement de fausses informations au sujet de la France. Par ailleurs, parmi les personnes exprimant une défiance envers les communications officielles françaises, la principale raison évoquée reste l’idée selon laquelle la France chercherait avant tout à défendre ses propres intérêts sans réellement se préoccuper de l’Afrique. Ces résultats traduisent ainsi une relation ambivalente, faite à la fois de proximité culturelle, d’attentes économiques fortes et de persistances historiques parfois sensibles.