La Nation Bénin...
Entre 2016 et 2025, les recettes fiscales intérieures brutes du Bénin ont plus que triplé, atteignant 1 348,31 milliards de francs Cfa, soit une hausse globale de 253,8 %. Portée par la digitalisation des procédures, l’élargissement progressif de l’assiette fiscale et une meilleure organisation des services, cette dynamique a permis de renforcer durablement la mobilisation des ressources internes.
En une décennie, le Bénin a profondément transformé son administration fiscale. Selon le Rapport d’activités 2025 de la Direction générale des impôts (Dgi), les recettes fiscales brutes ont atteint 1 348,31 milliards de francs Cfa en 2025, contre 381,06 milliards en 2016. La progression représente une multiplication par 3,54 et une hausse cumulée de 253,83 % sur la période.
Sur les neuf dernières années, la croissance moyenne annuelle des recettes ressort à environ 15,4 %. Rien qu’en 2025, les recettes ont augmenté de 16,61 % par rapport à 2024, soit un gain supplémentaire d’environ 192 milliards de francs Cfa.
Cette progression reflète à la fois la vigueur de l’activité économique nationale et les effets des réformes engagées au sein de l’administration fiscale. Les performances du contrôle fiscal, la modernisation des procédures et l’amélioration du suivi des contribuables ont contribué à renforcer les capacités de mobilisation des recettes publiques.
La taxe sur la valeur ajoutée (Tva) demeure la première source de recettes fiscales, devant l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Cette diversification progressive des ressources traduit la volonté des autorités de réduire la dépendance à quelques catégories d’imposition et de mieux sécuriser les recettes de l’Etat.
Administration profondément modernisée
Première régie financière du pays, la Dgi a placé la modernisation au cœur de sa stratégie de transformation. La réforme de l’appareil fiscal s’est traduite par une réorganisation des structures administratives, avec notamment la création de nouvelles directions départementales, le renforcement des centres des impôts et la mise en place du Service des restes à recouvrer.
Le Plan d’orientation stratégique de l’administration fiscale (Posaf) 2023-2027 vise à faire de la Dgi « une administration fiscale moderne et performante au service de l’usager ». Les réformes engagées mettent « les contribuables-partenaires au cœur des réformes », selon le directeur général des Impôts, Nicolas Yenoussi, récemment promu ministre.
La digitalisation constitue l’un des principaux leviers de cette transformation. L’administration a progressivement étendu les téléprocédures aux Centres des impôts des petites entreprises (Cipe) d’Abomey-Calavi, Porto-Novo et Parakou. Les déclarations et paiements en ligne des impôts et taxes concernent désormais les contribuables de la Direction des grandes entreprises (Dge), des Centres des impôts des moyennes entreprises (Cime) et de plusieurs Cipe.
La dématérialisation des procédures d’enregistrement des actes, le dépôt numérique des états financiers, l’immatriculation fiscale en ligne ainsi que l’introduction des Machines électroniques certifiées de facturation (Mecef) et l’obligation des factures normalisées ont renforcé la traçabilité des opérations et réduit les contacts directs entre agents et contribuables.
En 2025, la Dgi a poursuivi le renforcement de ses dispositifs internes de contrôle et de maîtrise des risques, notamment à travers la Cellule de contrôle interne.
Confiance renforcée des contribuables
Les différentes réformes engagées semblent avoir amélioré la perception des usagers vis-à-vis de l’administration fiscale. L’Enquête de perception de l’intégrité des services de l’administration fiscale 2025 révèle que la perception globale des entreprises à l’égard de la Dgi atteint 95,8 %, contre 92,1 % en 2023 et 86 % en 2021.
Les meilleurs scores concernent la digitalisation des procédures (97,9 %), le dépôt en ligne des états financiers (97,5 %) et l’immatriculation en ligne (97,1 %).
Réalisée auprès de 986 entreprises réparties dans sept communes du pays, l’enquête montre également une amélioration du consentement à l’impôt et du niveau de confiance envers les services fiscaux.
La perception positive de la digitalisation confirme l’impact des réformes technologiques sur la transparence administrative et la réduction des risques de corruption. Selon la Dgi, la poursuite de la dématérialisation des procédures agit favorablement sur les comportements et les relations entre contribuables et administration fiscale.
Contrôle fiscal plus structuré
L’amélioration des performances fiscales repose également sur un renforcement du contrôle fiscal. En 2025, la Dgi comptait sept brigades de vérification réparties entre la Direction des grandes entreprises, les Centres des impôts des moyennes entreprises et les Brigades de vérification et d’intervention rapide.
Le Rapport de performance du contrôle fiscal 2025 indique que 456 contrôles ont été réalisés auprès des grandes entreprises, soit un taux de réalisation de 79 %, tandis que 3 394 contrôles ont concerné les moyennes entreprises, correspondant à un taux de réalisation de 70 %.
Les contrôles sur pièces affichent les meilleurs résultats, avec des taux de réalisation de 134 % pour les grandes entreprises et 115 % pour les moyennes entreprises. La Dgi explique cette performance par l’exploitation accrue des données de recoupement et l’analyse des entreprises à risque via le Service de l’immatriculation et de l’analyse-risque (Siar).
Le nombre total d’inspecteurs affectés au contrôle fiscal est passé de 166 agents en 2024 à 168 en 2025.
Des défis persistants
Malgré les progrès réalisés, plusieurs défis demeurent. La fiscalisation du secteur informel reste l’un des principaux enjeux pour la Dgi, dans un contexte où une part importante de l’activité économique échappe encore à l’impôt.
Le taux de couverture du contrôle fiscal demeure relativement faible : 29,1 % pour les grandes entreprises et 14,1 % pour les moyennes entreprises en 2025.
Par ailleurs, certains domaines comme le contentieux fiscal enregistrent encore des niveaux de perception moins favorables dans les enquêtes d’intégrité.
Pour consolider les acquis, la Dgi prévoit de poursuivre l’interconnexion des systèmes numériques, de renforcer les dispositifs de lutte contre la fraude et d’investir davantage dans la formation du personnel.
Après dix années de réformes, le Bénin dispose désormais d’une administration fiscale plus moderne, plus digitalisée et plus performante. Si les défis restent nombreux, notamment dans l’élargissement de l’assiette fiscale, les résultats obtenus témoignent d’une transformation profonde du système de mobilisation des ressources publiques.
Une pression fiscale encore en dessous des normes communautaires
La contribution de la Dgi à la pression fiscale nationale est passée de 4,1 % du produit intérieur brut (Pib) en 2016 à 9,26 % en 2025, traduisant une amélioration progressive de la mobilisation des ressources intérieures.
En intégrant les autres recettes fiscales, la pression fiscale globale du Bénin avoisine désormais 13,9 % du Pib. Malgré cette progression, le pays demeure encore en dessous du seuil communautaire de 20 % fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).
Les études régionales montrent toutefois que le Bénin fait partie des pays ayant enregistré les progrès les plus rapides en matière de mobilisation fiscale ces dernières années, grâce à la modernisation de son administration et à une meilleure discipline dans le recouvrement.