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Entreprises publiques: Intégration du climat dans les stratégies et planifications

Economie
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L’intégration des considérations climatiques dans les stratégies et planifications des entreprises publiques est aujourd’hui une évidence et les entreprises publiques s’y adaptent. L’enjeu est désormais d’institutionnaliser une gouvernance climatique structurée, alignée sur les engagements du Bénin au titre de l’Accord de Paris.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 20 févr. 2026 à 08h47 Durée 3 min.
#Entreprises publiques

L’économie verte s’impose désormais comme un impératif incontournable, au point qu’aucune institution, qu’elle soit chargée de préserver les ressources naturelles ou non, ne peut se permettre de rester en marge de cette transformation. Ainsi, l’intégration des enjeux climatiques dans la gestion des entreprises publiques apparaît comme une exigence. L’État entend faire de ses entreprises un levier central de la transition écologique. Signataire de l’Accord de Paris, le Bénin s’est engagé, à travers ses Contributions déterminées au niveau national (Cdn), à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à renforcer la résilience de son économie. Ces engagements ne concernent pas uniquement les politiques environnementales, ils impliquent également une transformation des modes de gouvernance et d’investissement des entreprises publiques, qui occupent une place stratégique dans des secteurs clés. Une analyse sectorielle menée par la Direction générale des participations de l’État et de la dénationalisation (Dgped) met en évidence une exposition différenciée selon les domaines d’activité. Les secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, de l’agriculture et des services urbains figurent parmi les plus concernés. Dans le secteur de l’énergie, des entreprises comme la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), la Société béninoise de production d’électricité (Sbpe) ou encore la Société nationale des hydrocarbures du Bénin (Snhb) sont à la fois contributrices aux émissions de gaz à effet de serre et vulnérables aux impacts climatiques. Vents violents provoquant la chute d’arbres sur les lignes électriques, inondations endommageant les postes de transformation ou baisse de performance des équipements sous l’effet de la chaleur illustrent cette double exposition. Le secteur de l’eau, à travers la Société nationale des eaux du Bénin (Soneb), subit directement les effets des variations pluviométriques, des sécheresses et de la dégradation des ressources hydriques. La planification des infrastructures doit désormais intégrer la raréfaction ou l’irrégularité des ressources.

Une intégration encore hétérogène

La Dgped souligne que dans les transports et la logistique, la Société des aéroports du Bénin (Sab) est confrontée aux risques d’inondations des pistes, aux vagues de chaleur affectant les équipements et aux brouillards réduisant la visibilité aérienne. Quant aux services urbains, la Société de gestion des déchets et de la salubrité (Sgds) doit gérer l’augmentation des volumes de déchets en période d’inondation et les émissions de méthane issues des sites d’enfouissement. L’agriculture, portée notamment par des structures comme la Société nationale pour la promotion agricole, demeure particulièrement vulnérable aux sécheresses, aux retards de pluies et aux inondations, avec des impacts directs sur les rendements et la sécurité alimentaire. Selon la Dgped, l’intégration des enjeux climatiques dans les documents stratégiques des entreprises publiques reste inégale. Certaines sociétés des secteurs à forte composante climatique ont franchi des étapes importantes. La Sab, par exemple, a intégré explicitement les enjeux climatiques dans sa politique qualité et s’inscrit dans un processus d’accréditation internationale de type Airport Carbon Accreditation. La Sbee prévoit des investissements pour renforcer la résilience de ses ouvrages et réduire les émissions. La Sgds mentionne les risques climatiques dans son plan stratégique et intègre les études d’impact environnemental dans ses projets. En revanche, plusieurs entreprises des secteurs industriels ou de services ne disposent pas encore de cadre formel intégrant des objectifs climatiques précis. Si certaines initiatives indirectes, comme la dématérialisation des services ou la numérisation des processus pour réduire l’usage du papier et les déplacements, existent, elles ne s’inscrivent pas toujours dans une stratégie climatique structurée. La question des indicateurs constitue d’ailleurs un point faible récurrent. Hormis quelques exceptions, comme la Sbpe qui affiche des objectifs chiffrés en matière de production solaire, la plupart des entreprises ne disposent pas d’indicateurs de performance climatique formalisés. Les documents stratégiques existants sont parfois jugés obsolètes et nécessitent une mise à jour intégrant les nouvelles exigences environnementales.

Gouvernance et planification opérationnelle

La Dgped met également en lumière une faiblesse des mécanismes de gouvernance dédiés au climat. Rares sont les entreprises ayant mis en place des comités spécialisés ou des points focaux chargés des questions climatiques. Le traitement du sujet demeure souvent transversal et peu institutionnalisé. La Dgped note toutefois que dans la planification opérationnelle, des progrès sont visibles. Les entreprises les plus exposées aux risques physiques intègrent progressivement les considérations climatiques dans leurs projets d’investissement. Des initiatives concrètes ont été recensées telles que la construction de centrales solaires, la protection des quais et berges portuaires, le reboisement des bassins versants, le recours à des techniques de construction routière plus résilientes. Néanmoins, la budgétisation spécifique des actions climatiques reste marginale. Peu d’entreprises disposent d’une ligne budgétaire clairement identifiée pour le climat, ce qui limite la traçabilité des efforts et l’évaluation de l’impact.

Pour la Dgped, l’enjeu des prochaines années sera de passer d’initiatives ponctuelles à une intégration systémique et mesurable des enjeux climatiques dans la gouvernance des entreprises publiques. Cela suppose la définition d’objectifs chiffrés, la mise en place d’indicateurs de performance, la création de mécanismes de gouvernance dédiés et une budgétisation transparente des actions climatiques. Les entreprises publiques apparaissent aujourd’hui comme des acteurs clés de la transformation structurelle, dans un contexte où le climat devient un facteur de risque économique majeur. Leur capacité à anticiper, à s’adapter et à innover conditionnera en grande partie la réussite des engagements climatiques du Bénin et la résilience de son économie.