La Nation Bénin...
Dans plusieurs localités reculées du
Bénin, enseigner ne se limite plus uniquement qu'à transmettre des
connaissances. Face à l’absentéisme, aux travaux champêtres, au désintérêt de
certains élèves et aux réalités socioéconomiques des familles, les enseignants
doivent redoubler d’efforts pour maintenir les enfants sur les bancs. Une
mission qui s’exerce parfois dans des conditions difficiles.
Dans certaines communes du Bénin, l’enseignant est bien plus qu’un transmetteur de savoirs. Il devient accompagnateur, sensibilisateur et parfois même « chercheur d’élèves ». Dans des zones rurales et reculées, il n’est pas rare que des enseignants se rendent au domicile des absents pour comprendre les raisons de leur non-fréquentation et tenter de les ramener à l’école.
L’expérience de Hamed Adam Soule à l’École
primaire publique de Tokokondé, dans la commune de Tanguiéta, illustre cette
réalité. Enseignant depuis cinq ans, il y a passé une année. Selon lui, le
matériel pédagogique ne constituait pas le problème. « En ce qui concerne le
matériel de travail, tout y est. Le gouvernement a rendu le nécessaire
disponible », témoigne-t-il.
Le défi se situe davantage dans l’assiduité et le maintien des élèves à l’école. «Certains parents viennent solliciter les élèves en classe, pour les travaux champêtres ». D'autres sont orientés vers des activités jugées plus immédiatement rémunératrices. Dans certaines zones frontalières, des départs vers les pays voisins peuvent également éloigner durablement des enfants du système scolaire.
Pour lutter contre le décrochage, les enseignants multiplient les démarches auprès des familles. Une implication qui n’est toutefois pas sans risque. À Tokokondé, Hamed Adam-Soule raconte avoir été piqué par un scorpion alors qu’il était parti rechercher ses élèves absents.« Ce jour là, j'ai eu vraiment peur» raconte il. Une mésaventure qui l’a conduit à envisager, un moment, l’abandon de son métier, mais là vocation l'y a maintenu.
La sensibilisation des parents constitue
donc un autre maillon essentiel. Avec l’appui des centres sociaux et
d’organisations intervenant dans les communautés, les familles sont
progressivement encouragées à privilégier la scolarisation des enfants.
La cantine scolaire représente également un important facteur de maintien. Pour l'enseignant, «Les repas servis à l’école contribuent à attirer les élèves et à améliorer leur fréquentation.»
De l’Atacora au Borgou, de l’Alibori aux zones rurales du Zou ou des Collines, les réalités varient, mais le défi demeure similaire : maintenir les enfants à l’école malgré les contraintes du quotidien.
Dans ces territoires, la réussite scolaire
repose aussi sur l’engagement d’enseignants qui, au-delà de leurs obligations
professionnelles, consentent des efforts considérables pour empêcher le
décrochage.
Maintenir les enfants à l’école