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Architecte burkinabè et lauréat du prix Pritzker, Francis Kéré défend une approche de la construction adaptée aux réalités africaines. À travers son intervention, à l’ouverture du Forum international du cadre de vie (Fic 2026) organisé du 8 au 10 octobre dernier, il a appelé les décideurs, les architectes et les communautés d'Afrique à rompre avec les modèles importés pour privilégier les matériaux locaux, la maîtrise des coûts et le respect du climat.
Repenser l’habitat africain suppose de revoir les choix architecturaux qui orientent encore de nombreux projets de construction. Pour Francis Kéré, l’enjeu ne consiste pas à reproduire les formes venues d’ailleurs, mais à concevoir des bâtiments qui répondent aux conditions climatiques, aux ressources disponibles et aux besoins des populations. Intervenant par visioconférence à l’ouverture du Forum international du cadre de vie (Fic) 2026, l’architecte burkinabè a plaidé pour une conception de l’architecture qui associe sobriété, ancrage territorial et participation communautaire.
L’un des principaux obstacles au développement d’une architecture adaptée au continent réside, selon Francis Kéré, dans la reproduction de modèles conçus pour d’autres environnements. Il rappelle que l’architecture occidentale s’est notamment développée pour répondre aux contraintes du froid. Transposer ces conceptions dans les pays africains, où les températures et les conditions climatiques sont différentes, peut conduire à des bâtiments inadaptés à leur milieu.
À cette difficulté s’ajoute la question des moyens financiers. Les systèmes de climatisation et les équipements techniques nécessaires au confort thermique représentent des dépenses importantes. Or, les ressources disponibles dans de nombreux pays africains ne permettent pas toujours de supporter durablement de tels coûts. Pour l’architecte, il est donc nécessaire de privilégier des solutions qui tiennent compte des réalités économiques et environnementales du continent.
Cette orientation rejoint son principe de travail, construire mieux avec moins. L’objectif est de réduire les dépenses sans sacrifier la solidité, le confort ni la qualité esthétique des ouvrages. Une démarche qui implique de repenser les matériaux utilisés, mais également la conception des bâtiments et leur rapport à l’environnement.
La terre, une ressource d’avenir
Pour illustrer cette approche, Francis Kéré revient sur son propre parcours. Lorsqu’il était étudiant, il souhaitait construire une école dans son village, où les possibilités de scolarisation étaient limitées. Ne disposant pas des moyens financiers nécessaires, il a cherché une solution dans les ressources de son territoire. La terre, abondante et accessible, lui est alors apparue comme une alternative pour bâtir à moindre coût, à condition d’en améliorer les propriétés.
Cette expérience a contribué à façonner sa vision de l’architecture. La terre, le bois et la pierre figurent parmi les matériaux que les concepteurs africains peuvent davantage mobiliser, en fonction des caractéristiques de chaque territoire. Leur utilisation peut réduire la dépendance à certains matériaux industriels et limiter les besoins énergétiques des bâtiments, lorsque leur mise en œuvre est adaptée.
L’architecte entend surtout combattre l’image de la terre comme matériau réservé aux populations démunies. Cette perception constitue, à ses yeux, un frein à son adoption dans les constructions contemporaines. Pour la dépasser, il faut démontrer ses possibilités techniques, son intérêt économique et sa capacité à répondre aux exigences actuelles.
Le recours aux ressources locales ne relève donc pas seulement d’un choix de matériaux. Il ouvre aussi la possibilité de développer des compétences, de soutenir les savoir-faire du territoire et de créer une activité économique autour de la construction. A l’en croire, la valorisation de ces ressources peut participer à une plus grande autonomie des filières locales.
L’esthétique, condition de l’adhésion
Si l’économie et l’environnement constituent des priorités, ils ne doivent pas reléguer la beauté au second plan. Francis Kéré estime que les constructions réalisées avec des matériaux alternatifs doivent aussi séduire par leur esthétique. En Afrique, souligne-t-il, la recherche de la beauté fait partie des attentes des populations.
Un bâtiment économique et adapté à son environnement doit également inspirer confiance et donner envie d’être habité. Cet enjeu est particulièrement important pour les familles qui consacrent une grande partie de leurs économies à la construction d’un logement. L’architecture en terre doit donc démontrer qu’elle peut produire des réalisations à la fois fonctionnelles, durables et attrayantes.
Pour y parvenir, il invite les architectes et les urbanistes à explorer les formes, les textures et les possibilités offertes par les ressources disponibles dans leurs territoires. L’innovation ne consiste pas nécessairement à importer des matériaux ou des techniques, mais aussi à révéler le potentiel de ce qui existe déjà.
Francis Kéré reconnaît que les décideurs publics sont confrontés à des exigences multiples, notamment en matière de logements, d’équipements collectifs et d’infrastructures. Il les invite néanmoins à intégrer davantage les impératifs environnementaux dans leurs choix. Le secteur de la construction, rappelle-t-il, contribue fortement aux émissions de carbone, ce qui rend nécessaire la recherche de solutions moins polluantes. Pour lui, les dirigeants africains doivent promouvoir l’utilisation des ressources locales dans la réalisation des écoles, des hôpitaux, des édifices et des autres infrastructures publiques. Ils doivent également mobiliser les populations autour de cette orientation et soutenir les initiatives capables de faire évoluer les pratiques du secteur.
Francis Kéré