La Nation Bénin...
Entre avancées sanitaires et insuffisances persistantes dans la protection des patients, les systèmes de santé africains restent confrontés à de nombreux défis. Dans son ouvrage « Politique de santé en Afrique et défis de la protection des personnes », officiellement lancé ce mardi 23 juin, Dr Benjamin Coovi Dako propose une réflexion approfondie sur les politiques publiques de santé en Afrique. Fruit de plusieurs années de recherches, le livre met en lumière les faiblesses des dispositifs de protection des usagers et esquisse des solutions pour construire des systèmes de santé plus justes, plus sûrs et plus humains.
Que devient le droit à la santé lorsque les patients demeurent insuffisamment protégés face aux défaillances du système de soins ? Cette interrogation est au cœur de l'ouvrage du Dr Benjamin Coovi Dako, lancé ce 23 juin devant un parterre d'acteurs du secteur sanitaire, d'universitaires et de décideurs publics. Préfacé par le ministre de la Santé, le professeur Benjamin Hounkpatin, et postfacé par le professeur Kamadoré Touré, spécialiste sénégalais de Santé publique, l'ouvrage s'intéresse particulièrement à la question de la protection des personnes dans les systèmes de santé africains, avec un regard approfondi sur le cas du Bénin.
Dans son intervention, l'auteur a expliqué que l'idée de cet ouvrage est née du constat des nombreuses difficultés auxquelles restent confrontés les systèmes de santé africains malgré les progrès enregistrés au cours des dernières décennies. Selon lui, les insuffisances de financement, les inégalités d'accès aux soins, la faiblesse des mécanismes de régulation, la pénurie de ressources humaines qualifiées, la persistance des évacuations sanitaires coûteuses et la circulation de médicaments de qualité douteuse constituent autant de défis qui compromettent la protection effective des populations. L'auteur précise que son travail s'inscrit dans une démarche de politique de santé comparée, mettant en perspective l'expérience béninoise avec d'autres systèmes de santé à travers le monde afin d'identifier des modèles pertinents de financement, de protection sociale et de gouvernance sanitaire.
Constats majeurs
Les recherches menées dans le cadre de cet ouvrage ont permis à l’auteur de faire six constats. Le premier révèle que les politiques sanitaires ne peuvent produire des résultats durables sans une stratégie holistique de protection des personnes. Pour lui, le patient n'est pas seulement un usager des services de santé, il est avant tout un citoyen détenteur de droits fondamentaux tels que le droit à la dignité, à l'information, à la sécurité des soins et au respect du secret médical. Le deuxième constat porte sur l'inobservance de certaines normes médico-techniques et sur l'état parfois inadapté des équipements sanitaires dans plusieurs établissements publics. Le troisième met en évidence l'absence, dans plusieurs pays africains, de dispositions pénales spécifiques permettant de mieux protéger les patients et d'encadrer la responsabilité des professionnels de santé. Le quatrième souligne le poids important des dépenses de santé supportées par les ménages, même si l'auteur reconnaît les progrès réalisés au Bénin grâce au programme Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) et à l'extension progressive de l'assurance maladie. Le cinquième constat concerne les violences physiques et psychologiques subies aussi bien par les patients que par les personnels de santé, avec des conséquences directes sur la qualité des soins. Enfin, le sixième rappelle que les politiques publiques de santé ne peuvent être efficaces sans une implication réelle de l'ensemble des acteurs du système sanitaire.
Face à ces constats, l'auteur propose plusieurs réformes structurantes. Il recommande notamment le renforcement des mécanismes juridiques de protection des usagers, la mise en place de systèmes de vigilance sanitaire ainsi que l'institution d'une violence-vigilance destinée à prévenir les violences en milieu hospitalier. L’auteur plaide également pour un nouveau modèle de financement de la santé fondé sur une meilleure rationalisation des dépenses publiques, la lutte contre le gaspillage et le développement d'un système d'assurance maladie universelle financé en partie par l'impôt. Il préconise par ailleurs une révision des curricula de formation des professionnels de santé afin d'y intégrer davantage les questions liées à la protection juridique, administrative, économique et médico-technique des patients.
Un ouvrage de référence
Intervenant depuis le Sénégal par visioconférence, le professeur Kamadoré Touré a salué la qualité scientifique de l'œuvre. Président du jury de thèse de l’auteur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, il a rappelé l'avoir encouragé l'auteur à transformer ses travaux académiques en ouvrage de référence. Selon lui, ce livre constitue un outil précieux non seulement pour la communauté scientifique, mais également pour les décideurs publics chargés de concevoir et de mettre en œuvre les politiques sanitaires en Afrique.
Parrain de l'événement et préfacier de l'ouvrage, le ministre de la Santé, le professeur Benjamin Hounkpatin, a qualifié le livre de « document de référence » pour la gouvernance sanitaire. Selon lui, l'ouvrage retrace avec rigueur l'évolution du système de santé béninois, depuis la période coloniale jusqu'aux réformes contemporaines. Le ministre a profité de l'occasion pour mettre en lumière plusieurs réformes engagées depuis 2016 dans le secteur sanitaire. Il a notamment évoqué l'adoption de la loi portant protection de la santé des personnes, les réformes du secteur privé de la santé, la fermeture de plus de 340 établissements sanitaires illégaux, la création du Centre hospitalier international de Calavi (Chic), l'amélioration du plateau technique hospitalier ainsi que le renforcement du système national de référence et de contre-référence. Benjamin Hounkpatin a également insisté sur les efforts déployés pour améliorer la couverture sanitaire universelle, lutter contre les médicaments de qualité inférieure et renforcer la sécurité des patients dans les établissements de santé. Tout en reconnaissant la persistance de défis tels que les inégalités d'accès aux soins, les mauvaises pratiques professionnelles ou encore les phénomènes de rançonnement dans certains centres de santé, il a réaffirmé l'engagement du gouvernement à poursuivre les réformes nécessaires pour garantir à chaque citoyen un accès équitable à des soins de qualité. La cérémonie s'est achevée par une vente à l'américaine de l'ouvrage, qui a permis de mobiliser une somme de trois millions de francs Cfa.
Le livre met en lumière les faiblesses des dispositifs de protection des usagers et esquisse des solutions pour construire des systèmes de santé plus équitables