La Nation Bénin...
À Manigri, dans la commune de
Bassila, département de la Donga, Okouta Guégué est bien plus qu’une curiosité
rocheuse. Associé à l’histoire des ancêtres et aux traditions spirituelles, ce
site conserve une place importante dans la mémoire des populations. Entre
patrimoine culturel, panorama remarquable et espoir de développement
touristique, les habitants souhaitent sa valorisation, sans renoncer à son
caractère sacré.
Une montagne chargée
d’histoire
Selon El-Hadji Akakpo Issa Gagalo, détenteur du savoir traditionnel, l’histoire du site commence par la migration d’ancêtres venus d’Ilé-Ifè, au Nigeria. Après leur passage par Aklamkpa et Atokolibé, au Bénin, ils rejoignent la région de Manigri, fuyant les guerres et les razzias esclavagistes.
« Dans cette grande forêt se trouvait une montagne extraordinaire qui avait un trou à l’intérieur. Nos ancêtres pouvaient s’y cacher pour ne pas être aperçus par les envahisseurs », raconte-t-il.
D’après son récit, les ancêtres baptisent la forêt Atouba Iré, signifiant « nous avons découvert le bonheur ». Le nom devient ensuite Katoubouré, tandis que la montagne prend celui d’Okouta Guégué. Ils y installent également le fétiche IGNIN, qu’ils transportaient pendant leurs déplacements.
El-Hadji Akakpo Issa Gagalo désigne les membres d’IGBERI KOUMAN de Manigri Ikani comme les fondateurs du site. Pour cette communauté, Okouta Guégué demeure un sanctuaire majeur, lié à la protection des ancêtres et à la transmission des traditions.
Aujourd’hui encore, des
fidèles s’y rendent pour solliciter la pluie, la santé, la fécondité, un emploi
ou le bonheur. La fréquentation obéit à des règles coutumières. « Avant toute
visite du site, le féticheur en charge du lieu de culte doit aller avertir le
fétiche OKOUTA GUÉGUÉ qu’il y aura des visiteurs », précise-t-il. Les
photographies et les vidéos nécessitent également une autorisation préalable.
Des récits ancestraux à
préserver
Selon les témoignages transmis oralement, la cavité rocheuse se refermait mystiquement pour protéger les ancêtres pendant les invasions. Les pythons, les guêpes et les chauves-souris auraient également contribué à leur protection.
« C’est pourquoi ceux qui sont
les fils du Békouma ne mangent pas de python. C’est leur totem, parce qu’il fut
un temps où c’étaient eux, nos sauveurs », poursuit le témoin.
« Les aïeux rentrent dans le
trou, qui, mystiquement, se ferme, et ils en sortent pour leurs besoins après
un signal sonore naturel leur indiquant qu’il n’y a pas de danger. Même si tu
viens là, tu ne sauras même pas qu’il y a des gens. Ils sont protégés contre
les colons », rapporte un témoin.
Certains fils de la communauté
reçoivent parfois la visite de groupes de chauves-souris, perçue comme une
simple salutation.
Un potentiel touristique à
valoriser
Au-delà de sa dimension spirituelle, Okouta Guégué offre un panorama sur Manigri et Bassila. Alagbé Sourou, président de la commission des affaires économiques et financières de la mairie de Bassila, souligne cet attrait : « Quand vous êtes sur cette colline-là, vous voyez la ville de Manigri et de Bassila. Dans la nuit, vous voyez les lumières, les lampes allumées de Manigri et Bassila ».
Le site ne figure toutefois pas encore parmi les sites touristiques officiellement retenus par la mairie. Selon Alagbé Sourou, le Schéma directeur d’aménagement communal et le Plan directeur d’urbanisme en cours d’élaboration permettront de mieux organiser les espaces de la commune.
Souradji Orou Gongon, fils de Manigri, plaide pour l’installation d’une clôture afin d’empêcher les bovins d’y pénétrer.
« Si on peut vraiment avoir une barrière, juste pour pouvoir empêcher ces bêtes d’y rentrer, ça nous fera vraiment beaucoup plaisir », explique-t-il.
Il propose également des paillotes pour abriter les visiteurs pendant la saison des pluies et des espaces de jeux. De son côté, El-Hadji Akakpo Issa Gagalo souhaite la construction de logements d’accueil ainsi que l’accès à l’eau potable et à l’électricité.
À l’heure où le Bénin mise sur
ses six pôles de développement, la valorisation d’Okouta Guégué ne serait-elle
pas une occasion de promouvoir le patrimoine de Manigri et de contribuer au
développement touristique et économique de toute la commune de Bassila ?
Patrimoine touristique à Bassila